00:00 Bienvenue dans les enquêtes du nouveau détective.
00:05 Le nouveau détective, premier magazine d'enquête sur les grands faits divers et Engel présente
00:10 Toulouse, 13 ans après, il avoue le meurtre de son voisin.
00:14 Une enquête de Vincent Sénécal.
00:17 En mai 2007, Henri Rosès avait 65 ans,
00:26 quand on l'a retrouvé mort chez lui à son domicile de Plaisance du Touche en Haute-Garonne,
00:30 poignardé à mort par un mystérieux agresseur.
00:33 Longtemps, sa famille a cru que son meurtre barbare resterait irrésolu
00:38 et que le dossier finirait dans un carton poussiéreux rempli de cold case oubliés.
00:43 Mais ce jeudi 24 mars, 17 ans après les faits,
00:48 l'assassin présumé est là, dans le box des accusés de la cour d'assises de Toulouse.
00:53 Céline et Nathalie, les deux filles du disparu,
00:57 sont également présentes dans la salle, venues entendre ce que l'accusé a à dire.
01:02 Elles vont en être quittes pour une sévère douche froide.
01:06 Car Patrick Cagné, 58 ans, qui se prétendait à l'époque l'ami de leur père,
01:11 n'entend pas se repentir pour les faits qui lui sont reprochés et qu'il reconnaît.
01:16 Entre pleurnicherie et fausses excuses,
01:19 les seules souffrances qu'il veut bien évoquer, ce sont les siennes.
01:23 Dès les premières minutes d'audience, le ton est donné.
01:29 - Monsieur Cagné, pouvez-vous vous lever s'il vous plaît ?
01:33 - Ah ! Aïe ! Putain, mon Dieu ! Oui, monsieur le président.
01:38 - Ça va, monsieur Cagné ? Votre avocat nous a prévenu que vous étiez souffrant.
01:43 - Oui, je souffre le martyr, monsieur le président.
01:46 Mon dos, vous savez, c'est un supplice quotidien.
01:50 - Monsieur le président, comme je vous l'ai dit, mon client a une santé fragile.
01:55 Il a été gravement blessé suite à un accident de moto en 2000
01:58 et depuis, il bénéficie d'un statut d'handicapé.
02:02 - Je vois. Nous essaierons d'en tenir compte.
02:05 Sur le banc des partis civils, les deux filles d'Henri Rosès ne le lâchent pas du regard,
02:12 déjà excédés par cette entrée en matière.
02:15 Ce petit numéro d'apitoiement ne prend pas avec elle.
02:19 Pas plus qu'avec les anciennes voisines de l'accusé, venues témoigner en nombre.
02:24 Toutes décrivent un homme hargneux qui en voulait à la terre entière
02:29 et pouvait se montrer imprévisible, surtout lorsqu'il avait bu.
02:33 C'est-à-dire tout le temps ou presque.
02:36 - Quand tu étais comme ça, on changeait de trottoir.
02:38 Résume l'une d'elles.
02:40 Une autre raconte que Cagné se promenait régulièrement dans son jardin en peignoir,
02:45 l'ouvrant pour s'exhiber devant elle.
02:47 Quant à Denise, 80 ans, sa santé fragile ne lui a pas permis de venir témoigner devant la cour,
02:53 mais elle a tout de même tenu à le faire par écrit.
02:56 - Je vais vous lire la lettre de madame Denise ***.
02:59 Son état de santé ne lui a pas permis de se rendre à l'audience.
03:03 Voilà donc son témoignage.
03:06 Au début, cela se passait bien. Il m'avait proposé de tondre ma pelouse.
03:11 Il m'avait dit qu'il avait de petits moyens.
03:13 Je lui avais prêté un peu d'argent, mais il ne me l'a pas rendu.
03:16 Alors, après, nos relations se sont envenimées.
03:19 Il est devenu insultant.
03:21 Il balançait de la merde de chiens dans mon jardin, de la viande et du fromage avarié aussi.
03:26 Un jour, il m'a même giflé.
03:29 Il m'a menacé de mort en me disant
03:31 "Un de ces jours, je vais te faire la même chose qu'à mon ancien voisin".
03:36 - Dans son box, Patrick Cagné fait nom de la tête à l'évocation de ces épisodes.
03:42 Mais son comportement agressif est ensuite confirmé par l'ancienne directrice du centre social
03:48 où il venait percevoir ses allocations handicapées.
03:51 - Selon lui, on n'en faisait jamais assez pour lui.
03:53 Il se plaignait tout le temps d'être victime de la société, de tout.
03:57 On avait eu vent d'un conflit avec sa voisine qui avait très peur de lui.
04:01 Convoqué, il a minimisé l'effet en disant "De toute façon, c'est toujours moi qu'on accuse".
04:06 C'est comme pour Henri, on m'avait accusé à tort.
04:08 - Une transition toute trouvée pour le président
04:11 qui demande maintenant à l'accusé d'évoquer sa relation avec Henri Rosès.
04:15 Le silence se fait dans la salle.
04:18 - J'ai connu Henri en 1999 au bar PEMU chez Paulette.
04:24 A cette époque, j'étais dans un foyer d'hébergement.
04:27 Et après, en 2005, le hasard a voulu qu'on se retrouve voisins dans la même résidence.
04:33 On s'entendait bien, on regardait souvent un film ou des matchs de rugby, on prenait l'apéro.
04:38 On pouvait se disputer pour des broutilles.
04:40 Je partais, je claquais la porte et le lendemain, on se reparlait et ça allait mieux.
04:45 Henri Rosès, émis plégique depuis un AVC, est lui aussi handicapé.
04:50 Mais au lieu de rapprocher les deux hommes,
04:53 leurs problèmes de santé respectifs alimentent leur conflit.
04:56 Car dans l'esprit de Cagné, le seul vrai malade, c'est lui.
05:01 Presque 20 ans plus tard, il n'en démord toujours pas.
05:07 - Henri m'énervait parce qu'il ne comprenait pas ma maladie.
05:10 Il se moquait et disait qu'il souffrait plus que moi.
05:13 - Comment passe-t-on d'une dispute de voisins à des coups de couteau ?
05:17 Lui demande le président.
05:19 - Je souffrais de plus en plus. Le voisinage se moquait de moi.
05:22 Henri disait que ce que j'avais, c'était moins grave que ce qu'il avait.
05:26 C'était vraiment devenu insupportable.
05:29 Pressentant que l'accusé est mûr pour de plus amples confessions,
05:33 le président l'interroge sur ce fameux soir du 20 mai 2007, où le pire est arrivé.
05:38 Sur leur banc, les deux filles du disparu se serrent d'instinct l'une contre l'autre.
05:44 - On s'est disputé avec Henri. J'étais en colère.
05:48 Je suis rentré chez moi, j'ai ouvert le tiroir, j'ai pris le couteau et je suis revenu chez lui.
05:55 Dans ma tête, il y avait les reproches, les critiques.
05:59 J'avais mal au dos, j'avais mal à la jambe.
06:02 C'est lui qui a pris pour tout le monde. Mais je ne voulais pas qu'il souffre.
06:06 Il a été surpris. Il ne s'y attendait pas.
06:09 J'avais le couteau caché derrière mon avant-bras.
06:12 Et là, très rapidement, je l'ai frappé au niveau de la poitrine.
06:17 Au 9e coup de couteau, je me suis retrouvé avec le manche dans la main et plus de lame.
06:21 Ensuite, j'ai refermé la clé derrière moi.
06:24 Et je suis parti le plus vite possible pour qu'on ne me voit pas.
06:27 Je suis allé jeter le manche, le couteau et les clés dans le douche. Et voilà.
06:32 Une confession expresse, balancée comme on se débarrasse d'une corvée trop longtemps repoussée.
06:39 Mais ce que Cagné oublie de raconter, c'est comment il a ensuite menti à tout le monde.
06:44 Voisin, ami, proche du défunt, enquêteur, pendant des années et des années.
06:49 En mai 2007, vous avez tenu 42h50 en garde à vue sans craquer devant les gendarmes.
06:55 Pourquoi ne pas vous être libéré de votre poids à ce moment-là ?
06:58 Parce que j'avais trop mal. Et qu'en prison, on ne se serait pas bien occupé de ma souffrance.
07:03 Finalement, vous êtes passé aux aveux en 2020, soit 13 ans après les faits.
07:08 Pourquoi pousser la porte de la gendarmerie après tout ce temps ?
07:12 J'en pouvais plus. J'étais trop sale. Je pensais à la famille de M. Rosès.
07:19 Ça me travaillait depuis un moment déjà. Je faisais du théâtre avec tout le monde.
07:25 Et voilà que prenant toute l'assistance de court, l'accusé présente ses excuses à la famille de la victime.
07:33 Mais tout de suite après, le voilà qui évoque à nouveau ses problèmes de santé,
07:38 allant jusqu'à accuser Henri Rosès d'avoir en quelque sorte manqué de psychologie.
07:44 Je n'aurais jamais dû m'en prendre à une personne vulnérable comme moi.
07:48 Tempérant ainsi les efforts de contrition déployés une seconde plus tôt.
07:53 Même son avocat est excédé. Les jurés ne mettront pas longtemps à sanctionner cette piètre prestation.
08:00 Vendredi 29 mars, après seulement deux heures de délibérés, Patrick Cagné a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle.
08:09 Au mur de sa cellule de supporter maintenant ses plaintes. Et ça risque de durer longtemps.
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08:30 Si l'affaire n'a pas encore été jugée ou venait à passer en appel, nous rappelons que les protagonistes bénéficient toujours de la présomption d'innocence.
08:37 Les noms et prénoms de certains personnages sont susceptibles d'avoir été modifiés.