00:00 La politique. Mathieu Croissando, Gabriel Attal, était donc l'invité de face à BFM hier soir, une journée d'ailleurs chargée pour le Premier ministre, en visite à Viri-Châtillon,
00:08 avec un long discours sur l'autorité avant donc de commenter, détailler ces mesures sur notre antenne.
00:14 Est-ce que vous pensez que c'est une opération réussie pour le chef du gouvernement ?
00:17 Alors tout dépend de l'objectif qui était recherché. Du point de vue du moment choisi de l'opinion publique, on va dire oui, ce discours était bienvenu.
00:25 Il faudra attendre de voir bien sûr comment les Français l'auront perçu, mais on sort d'une période, souvenez-vous, qui a été entamée à l'été dernier avec les émeutes urbaines,
00:32 qui ces derniers jours a été marquée par des faits divers particulièrement atroces qui ont horrifié les Français.
00:38 Et du coup, on se demandait s'il y avait une prise de conscience dans l'exécutif. On sait que l'opinion publique attend des mesures d'ordre.
00:47 Et bien là, pour le coup, on a vu un Premier ministre disant les choses, capable de s'exprimer clairement sur le sujet, ce qui n'était pas forcément évident
00:55 parce qu'Emmanuel Macron n'avait pas beaucoup parlé. Après les émeutes, il y avait des petites phrases distillées au détour des conseils des ministres,
00:59 une interview dans le point. Elisabeth Borne avait fait un discours, mais qui n'avait pas imprimé. Donc là, la réponse est oui.
01:03 Second point positif, il y a un cadre qui est fixé, huit semaines de concertation, un point d'étape au bout de quatre semaines.
01:08 Pour éviter que cela ne se transforme en foire à la saucisse, comme dirait le président, les sujets ont été balisés.
01:13 On marquera juste au passage que ça bouscule l'agenda de la priorité, parce que si la violence est à ce point endémique et systémique dans la société,
01:20 eh bien ça va être le sujet numéro un. Qu'est-ce que va devenir la transition écologique ? Que vont devenir les autres sujets ?
01:24 Et sur le fond, que pensez-vous des mesures ?
01:26 Là, c'est plus mitigé. On n'est pas dans la foire à la saucisse, mais on est plutôt dans la brocante, si j'ose dire.
01:31 Vous savez comment ça se passe. On prépare un discours, on demande à ses conseillers qu'est-ce qu'on pourrait dire,
01:34 qu'est-ce qu'il y a dans les tiroirs, des choses qui ont été faites, des choses qui n'ont jamais été faites, des choses qui ont été abandonnées.
01:39 Il y a du bon, il y a du moins bon, il y a des mesures qui existaient déjà, il y en a d'autres qui sont inapplicables en l'État pour des raisons juridiques ou constitutionnelles.
01:46 Je pense à tout le volet sur la justice des mineurs. Il y en a d'autres qui sont inapplicables en l'État pour des raisons de moyens.
01:50 Je pense faire rester les élèves de 8h à 18h au collège, très bien, mais avec qui, comment, pourquoi faire ?
01:55 Ça, c'est ce que n'ont pas manqué de souligner les syndicats. En fait, il y a une intention avec des grands principes,
02:00 et puis il y a des mesures très détaillées, mais il n'y a pas vraiment de projet digne de ce nom, c'est-à-dire quelque chose d'intermédiaire.
02:05 Ce n'est pas étrvenant, en fond, parce que le pouvoir n'a pas de doctrine en la matière. Il navigue un peu à vue.
02:10 Dans le premier quinquennat, le macronisme, c'était la lutte contre le chômage parce qu'on pensait que ça allait tout résoudre, et puis ça n'a pas tout résolu.
02:17 Dans le second quinquennat, la lutte contre la drogue parce qu'on pensait que ça allait tout résoudre.
02:20 En fait, le problème de la violence dans la société, il est plus compliqué. La seule certitude, c'est que le macronisme, il a commencé dans l'émancipation et il finit aujourd'hui dans la sanction.
02:27 Bon, tout ça donne évidemment du grain à moudre aux oppositions.
02:30 Oui, qui a réagi mal, évidemment, on s'en doutait. À gauche, on dénonce une logique purement répressive, reposant sur les épaules de fonctionnaires déjà débordés.
02:37 À droite, on dénonce une énième opération de communication. L'autorité va à Gabriel Attal comme un tablier et une vache, a même dit Marine Le Pen.
02:44 Mais la vérité, c'est que le RN et LR sont un peu coincés parce qu'un certain nombre de mesures figurent dans leurs programmes respectifs.
02:51 Ils passent leur temps à dénoncer l'ensauvagement de la société. Ils ont du mal à ne pas aller discuter avec le Premier ministre et peut-être même à ne pas voter les mesures.
02:58 Or, il ne vous a pas échappé que nous sommes à moins de deux mois du scrutin européen. La ficelle est un peu grosse de la part de Gabriel Attal, mais ça peut fonctionner.
03:06 Et dans la majorité ?
03:07 Alors, c'est là que ça devient intéressant parce que le Premier ministre a posé quand même un acte fort hier sur un sujet régalien, comme on dit,
03:12 et dans le bocal de pirania de la Macronie, ça commence à faire tousser.
03:15 À commencer par le Président de la République qui a tenté hier de lui couper l'herbe sous le pied, avant-hier, je veux dire, en réclamant une grande concertation, un grand Grenelle.
03:22 C'est drôle de voir qu'à chaque fois que le Premier ministre prend ses marques, le Président de la République essaie de ramasser la mise.
03:26 On l'avait vu sur le dossier agricole, ça s'était plutôt bordélisé qu'arrangé.
03:29 Mais le discours de Gabriel Attal, il va aussi bousculer les prétendants pour 2027.
03:33 Souvenez-vous, Edouard Philippe voulait ramener de l'ordre dans les comptes et de l'ordre dans la rue.
03:36 Si Gabriel Attal le fait, qu'est-ce qu'il lui reste ?
03:38 Et puis, ça passe aussi par la droite de Gérald Darmanin, j'allais dire, le premier flic de France.
03:42 Il est dépassé.
03:43 D'un point de vue personnel, en tout cas pour le Premier ministre, l'opération d'hier a plutôt fonctionné.
03:48 Merci Mathieu.
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