00:00 Et avec nous pour en parler, Céline Antonin, bonjour économiste à l'OFCE.
00:03 Je salue Francis Pouce qu'on voit à chaque mauvaise nouvelle sur les carburants,
00:06 le président de la branche distributeur du syndicat Mobiliance.
00:10 Oui, il a le sourire.
00:11 Benoît Ruiz, relevé de prix chez vous à Nice ce matin,
00:15 à combien sont les carburants dans la station où vous vous trouvez ?
00:18 Alors on est un peu radins, moi personnellement, donc on a choisi la station la moins chère,
00:24 1,84€ pour le Sanplon 95 E10,
00:28 1,88€ pour le Sanplon 95 E10 et 1,92€ pour le Sanplon 98 E10.
00:34 Une augmentation, les automobilistes s'en sont rendus compte.
00:37 Ça a augmenté durant les 13 dernières semaines et ce de façon consécutive,
00:41 et une dizaine de sentiments plus depuis le début de l'année.
00:44 Forcément, forcément, il râle.
00:47 Morceau choisi au micro de Christophe Erlom.
00:50 On la sent passer, c'est clair, au niveau du pouvoir d'achat, il diminue d'autant.
00:55 Éviter de trop consommer, essayer de faire une conduite économique, mais c'est tout.
00:59 On travaille avec l'essence, c'est pas avec le gasoil.
01:01 L'essence, 2€, c'est énorme.
01:03 Inadmissible, on fait les stations les moins chères, on cherche.
01:07 Essayer de rouler à l'économie, voilà, simplement, et faire du covoiturage si possible.
01:12 Alors ils font contre mauvaise fortune, bon cœur ces automobilistes,
01:15 les solutions, faire du covoiturage, éventuellement acheter électrique ou rouler moins.
01:20 En tout cas, la seule bonne nouvelle, on va dire pour eux,
01:23 c'est que pour l'instant, le diesel, lui, reste ici, en tout cas dans ces stations.
01:27 1,73€, mais il y a de sacrées différences, rien que sur cette route métropolitaine 202,
01:32 ici à l'ouest de Nice, je peux vous dire qu'il y a parfois près de 10 centimes d'écart entre les stations,
01:38 et forcément, on a des automobilistes qui tournent pour trouver la station la moins chère.
01:42 Mais cela dit, Benoît Ruz, vous avez trouvé le bon spot,
01:45 parce que les prix que vous nous avez donnés sont en dessous de la moyenne nationale,
01:48 avec les relevés de prix qui ont été fournis hier par le gouvernement.
01:52 Regardez, le samplon 95, il s'affichait à 1,92€ en moyenne dans toute la France,
01:57 et pour le gasoil, on est même monté à 1,82€ alors qu'on était à 1,72€ en janvier.
02:04 C'est ça d'abord la nouveauté, Francis Pouce, c'est que le gasoil augmente à son tour, lui aussi.
02:09 Comment expliquer la hausse du diesel ?
02:12 - Alors, ce qui s'est passé en fait depuis le début de l'année,
02:14 c'est tout simplement, malheureusement, qu'on avait en début d'année un baril aux alentours de 75$,
02:20 aujourd'hui 90$, et on a commun de dire que 1$ de plus, c'est à peu près 0,7 centimes de plus à la pompe.
02:28 Donc c'est malheureusement ce qui se vérifie aujourd'hui.
02:30 Le gasoil, quant à lui, était plus cher cet hiver,
02:34 parce qu'on avait un problème de tension sur l'approvisionnement.
02:38 Là, on est redevenu, j'allais dire, un circuit normal, c'est-à-dire un gasoil moins cher que le samplon,
02:44 puisque, rappelons-le, il y a une différence de 7 centimes de taxe sur l'essence par rapport au gasoil.
02:50 Donc en fait, on est plutôt dans un schéma normal,
02:52 schéma normal certes élevé, parce que 90$, ça fait quelques temps qu'on n'avait pas atteint ce prix,
02:58 et puis la double peine, c'est que notre euro n'est pas forcément très fort.
03:02 Or, comme on achète en dollars, si notre euro est faible, ça nous coûte plus cher.
03:07 - Alors, ce qui nous inquiète un petit peu, Francis Pouce, quand même,
03:09 c'est que, vous le disiez, on est à 90$ le baril,
03:12 il est déjà monté à 100, le litre est déjà cher,
03:15 si ça continue à monter comme ça, est-ce qu'on peut se retrouver avec des litres à 2,20€ dans ces ordres de grandeur ?
03:22 - Je ne peux pas vous dire le contraire, puisque, bien évidemment, vous l'avez compris,
03:25 l'étalon, c'est le prix du baril de pétrole.
03:30 Souhaitons qu'on soit plutôt sur un plateau, parce qu'on a aussi d'autres causes externes,
03:34 comme les problèmes dans le détroit d'Hormuz,
03:36 qui fait que beaucoup de pétroliers ne passent plus à travers le détroit d'Hormuz,
03:41 donc un temps de transport plus important, donc plus coûteux,
03:45 et potentiellement des tensions à un moment ou à un autre sur du produit fini,
03:50 parce qu'on transporte du pétrole à raffiner en Europe,
03:54 mais on transporte aussi des produits finis pour les amener en Europe.
03:57 - Donc vous, vous l'aviez vu venir, cette hausse, et du gasoil, et de l'essence ?
04:03 - On savait bien que le gasoil allait se rééquilibrer à la baisse,
04:07 et par conséquent, par différence, l'essence augmenterait de par ses tensions pendant l'hiver.
04:14 Après, je n'ai jamais eu de boule de cristal,
04:17 et je ne sais pas ce qui va se passer dans les mois qui viennent.
04:21 On espère qu'on est sur un plateau haut en ce moment,
04:25 parce qu'effectivement, et je le comprends pour tous les consommateurs,
04:28 c'est un vrai problème.
04:30 C'est d'autant plus un problème pour les stations que je représente,
04:33 que je rappelle que notre marge est nette de 1 à 2 centimes,
04:36 et fixe, quel que soit le prix de l'essence, qu'on soit à 1 euro ou à 2 euros.
04:41 Donc fatalement, les stations que je représente ont tendance à en vendre moins
04:44 quand des prix atteignent des montants comme ceux d'en ce moment.
04:49 - Donc ce n'est pas la peine d'insulter le pompiste,
04:51 ce n'est pas lui qui s'en met plein les poches en ce moment.
04:53 Céline Antonin, est-ce que les causes ne sont qu'externes ?
04:55 Est-ce que c'est simplement le prix du baril, le détroit d'Ormuz, les tensions proche-Orient ?
04:59 - Oui. - C'est que ça ?
05:01 - Ah, c'est que ça. - Il n'y a rien en France qui porte les prix du gasoil à la hausse ?
05:05 - Non, actuellement, ce qu'on voit, c'est qu'effectivement, entre début janvier et aujourd'hui,
05:09 on a à peu près, disons, 12 centimes de plus à la pompe,
05:12 et ils viennent exclusivement de l'augmentation du baril du pétrole.
05:15 Et en fait, ça a été bien dit, cette augmentation,
05:18 elle s'explique vraiment sur les tensions sur l'offre,
05:20 donc les tensions à la fois géopolitiques,
05:22 et le fait que l'OPEP+, donc l'Organisation des pays exportateurs de pétrole élargie,
05:27 qui comprend notamment l'Arabie Saoudite et la Russie,
05:30 ont décidé de façon concertée en fin d'année dernière
05:32 de prolonger les coupes de production,
05:34 parce qu'ils anticipaient un début d'année, un premier semestre en tout cas,
05:37 où en fait l'offre allait être trop abondante,
05:39 et du coup, on paye ces deux écueils de la géopolitique et de ces décisions de l'OPEP+.
05:43 - Ce qui fait mal au portefeuille, c'est que dans le même temps, en fait,
05:45 les grandes enseignes ont arrêté les opérations carburants à prix coûtant, terminées.
05:51 - Tout à fait. - Pour quelle raison ?
05:52 Parce que c'était redescendu, donc on s'en préoccupait plus ?
05:55 - Oui, d'une part, et puis parce que pour eux, effectivement,
05:57 c'est quand même un manque à gagner,
05:59 donc ils ne peuvent pas le faire de façon illimitée, ad vitam aeternam,
06:02 ce qui est un peu problématique avec le pétrole,
06:04 c'est que de manière structurelle, on a quand même un marché qui est orienté à la hausse.
06:08 Et donc, effectivement, on peut avoir ce genre d'opérations de façon ponctuelle,
06:11 mais c'est vrai que ça ne peut pas être poursuivi pendant très longtemps.
06:14 Et d'ailleurs, il faut aussi souligner qu'il y a la question du chèque aussi carburant,
06:17 qui avait été évoqué pour 2024, en disant, si on a un prix à la pompe qui est autour de 2,1,95 €,
06:25 à ce moment-là, on pourrait débloquer pour 6 millions de ménages,
06:28 justement, ces chèques carburants.
06:29 Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, on sait très bien qu'on est en période économique,
06:33 on cherche 10 milliards et donc, il n'est pas sûr que cette mesure soit très populaire auprès du gouvernement.
06:39 Le plafonnement à 1,99 €, il est garanti normalement pour 2024,
06:43 si le pétrole continue de monter.
06:44 Chez Total.
06:45 Pardon, chez Total, qui est le principal fournisseur.
06:47 Ça va commencer à leur coûter cher, cette histoire, si le pétrole continue à monter.
06:51 Tout à fait. Alors, pour l'instant, on n'est pas encore à ce niveau,
06:54 on n'est pas encore arrivé à ce seuil,
06:57 mais c'est vrai que si le pétrole continue à augmenter, on va voir ce qui va se passer.
07:00 Moi, en termes de prévision, je ne serai pas extrêmement pessimiste
07:03 parce qu'il faut quand même voir que le marché du pétrole, c'est une offre et une demande
07:06 et qu'il est vrai qu'en 2024, on attend plutôt une croissance assez faible au niveau mondial
07:10 et en particulier des grands consommateurs que sont, par exemple, la Chine,
07:14 donc des croissances plus basses que d'habitude.
07:16 Mais il est vrai que si on a un embrasement au Moyen-Orient, l'Iran, etc.,
07:19 bon, à ce moment-là, ça va coûter très cher.
07:21 Mais Francis Pouce, Bruno Le Maire, avait un peu tordu le bras à Total
07:24 pour qu'il poursuive ce plafonnement des carburants en dessous de 2 euros.
07:28 Est-ce que Total peut revenir sur cet engagement ?
07:32 Écoutez, je crois que M. Pouyanné était très clair.
07:36 Il a dit en début d'année, je vais continuer sur toute l'année 2024.
07:40 Donc, je ne pense pas que M. Pouyanné reviendra sur cet engagement.
07:44 Le problème, il est sur les autres marques que je représente
07:47 puisque aujourd'hui en France, vous n'avez plus qu'un seul pétrolier intégré
07:51 qui raffine et qui distribue.
07:54 Tous les autres, des ESSO, des BP, des Avia,
07:58 ce sont finalement des gros distributeurs qui n'ont plus rien à voir avec le pétrolier
08:03 et qui n'ont pas les moyens de se battre pour contrecarrer cette offre commerciale de Total.
08:10 Donc, si on est durablement en dessous de 2 euros,
08:12 on craint encore une fois, un peu comme on l'a vécu malheureusement
08:15 à l'instar des prix coûtants, que certaines stations aient du mal.
08:19 Je rappelle, l'an dernier, 124 stations ont disparu
08:23 contre à peu près 40 les années d'avant.
08:26 Donc, vous voyez que ces effets sont certes bénéfiques pour le consommateur,
08:31 mais traduisent une situation en zone rurale en particulier très difficile.
08:36 Et on aura encore besoin, plusieurs années, de pétrole, en particulier dans nos campagnes.
08:42 Donc, il y a un moment où il faut se méfier d'une désertification
08:45 des stations de service en zone rurale.
08:47 - Alors, cela dit, je ne sais pas si ça va consoler Francis Pouce,
08:50 mais il y a des relations qui risquent de se tendre dans les semaines qui viennent
08:53 entre le gouvernement et Total Energy,
08:55 à cause d'une nouvelle taxe que veut instaurer le gouvernement.
08:58 Et c'est une taxe à destination des énergéticiens,
09:00 donc Total Energy serait concerné.
09:02 C'est une taxe pour compenser les pertes de revenus liées au plafonnement des prix.
09:07 Non mais, pardon, il faut comprendre.
09:09 - Oui, oui. Non mais, et puis ce qui est complexe,
09:11 c'est que dans le cas de Total, effectivement, ça a été dit,
09:13 c'est une entreprise qui est intégrée.
09:14 Donc, ils peuvent effectivement se permettre de faire certaines économies
09:17 sur la production et les répercuter sur le consommateur.
09:20 Mais ce qui est compliqué, c'est que Total fait son bénéfice essentiellement à l'étranger.
09:23 Donc, c'est quand même ça qui pose aussi question.
09:26 Et ce que je voulais rappeler, c'est que de la part du gouvernement,
09:28 effectivement, il y a une mesure très simple qui consiste, par exemple,
09:30 à baisser la fiscalité.
09:31 Mais il y a deux problèmes, en fait.
09:32 Par exemple, sur le carburant, vous pourriez dire, après tout,
09:34 on peut baisser de quelques centimes.
09:36 Mais le problème, c'est que ça rapporte aussi de l'argent,
09:38 puisque à peu près un centime d'euro de moins sur le carburant,
09:42 ça fait 50 millions en moins pour les finances publiques.
09:45 Et on cherche des milliards.
09:46 Et en même temps, vous avez aussi toute la question de la transition écologique.
09:49 Et donc, voilà.
09:50 Avec ces deux paradoxes, c'est vrai qu'on est en plein paradoxe aujourd'hui.
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