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  • il y a 2 ans
Comment concilier impératifs économiques et climatiques, alors que l'Allemagne affiche une croissance en berne ? Robert Habeck, vice-chancelier allemand, est l'invité de The Global Conversation.

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Transcription
00:00 L'Allemagne, moteur économique de l'Europe, s'est engagée à atteindre la neutralité carbone d'ici à 2045.
00:07 Après une période de croissance à tonnes, le pays a réussi à juguler l'inflation,
00:12 mais peut-il concilier ses ambitions économiques et climatiques ?
00:15 Élément de réponse avec Robert Habeck, vice-chancelier allemand et ministre fédéral de la protection du climat et des affaires économiques.
00:29 Quels sont les enjeux des élections européennes de juin en Allemagne ?
00:34 Pour l'Allemagne, il est important que l'Europe s'engage à être européenne, que nous grandissions ensemble.
00:43 Le marché intérieur est extrêmement important pour l'économie allemande,
00:48 tout comme le marché intérieur de l'énergie qui a été instauré ces dernières années.
00:55 C'est le point de vue allemand, en tant que pays pour lequel l'économie et l'énergie sont des priorités en Europe.
01:01 En tant qu'européen, je dois dire qu'il est fondamental que l'Union devienne une entité politique tangible.
01:07 A l'heure actuelle, il y a des tensions internationales entre la Russie, les Etats-Unis et la Chine.
01:13 Si nous nous divisons, si nous n'agissons pas de manière unie, nous serons exclus des grandes décisions géopolitiques.
01:21 L'Europe étant foncièrement un continent de démocratie libérale,
01:26 les décisions prises iront à l'encontre de nos valeurs, ou elles seront du moins ignorées.
01:32 Par conséquent, les aspects économiques, les aspects liés à la politique énergétique,
01:37 les aspects liés à la politique climatique sont tous légitimes et importants.
01:42 Mais en fin de compte, il s'agit de faire en sorte que l'Europe, en tant qu'union de démocratie libérale,
01:48 reste forte au sein de l'ordre international.
01:51 L'avenir de la planète ne va pas se jouer dans le cadre d'un bras de fer entre l'Allemagne et la France,
01:56 ou entre le Danemark et les Pays-Bas, ou entre la Suède et la Finlande.
02:00 Il va se jouer dans une course qui opposera les Etats-Unis, la Chine et l'Europe, et potentiellement l'Inde et la Russie.
02:07 Les Etats-nations européens doivent reconnaître le rôle qui est le leur en Europe, et l'affirmer,
02:13 avec des règles européennes, des subventions, un encadrement des aides publiques, des procédures d'approbation,
02:19 une politique étrangère, ainsi que la capacité d'avoir une industrie européenne de l'armement.
02:25 Et même si c'est difficile à dire pour moi, nous devons effectuer cette prise de conscience.
02:31 Et si nous considérons l'Europe comme une alliance flexible de 27 Etats,
02:35 et que nous ne la dotons pas d'un caractère définitif en affirmant que l'intégration européenne doit se poursuivre,
02:40 alors nous ne serons pas compétitifs à l'échelle mondiale.
02:44 L'Allemagne est confrontée à une crise économique et le pouvoir d'achat des citoyens a diminué.
02:50 Comment s'extraire de cette situation ?
02:54 En ce qui concerne l'Allemagne, le pays a été particulièrement touché pour deux raisons.
03:00 Nous étions très dépendants de l'énergie russe, plus de 50% pour le gaz, 55% pour le charbon,
03:06 et nous avions aussi du pétrole qui venait de Russie.
03:10 Ce n'est donc pas une surprise que l'économie allemande ait été particulièrement touchée.
03:14 Il a fallu renégocier tous les contrats, en Espagne, au Royaume-Uni, au Danemark.
03:18 La situation est différente. L'Allemagne est un pays tourné vers l'exportation.
03:23 Nous dépendons donc du marché mondial et l'économie internationale est affaiblie.
03:27 La Chine connaît aussi des difficultés économiques. L'Allemagne est bien plus affectée que d'autres pays.
03:33 Mais nous nous battons. Pour nous en sortir, nous avons assuré la sécurité énergétique,
03:37 nous avons réduit les prix de l'énergie, l'inflation diminue, les taux d'intérêt vont bientôt baisser à nouveau
03:42 et les investissements vont repartir, de même que l'économie mondiale.
03:46 Le pays aura alors surmonté cette période d'Asténie.
03:50 Comment remédier à la pénurie de main-d'oeuvre en Allemagne ?
03:56 Tout d'abord, nous avons besoin de l'immigration. Cette idée n'est pas récente.
04:00 Pendant trop longtemps, les partis conservateurs ont dit "non, nous n'en avons pas besoin".
04:04 Deuxièmement, nous devons mieux intégrer les travailleurs potentiels, les personnes qui sont déjà ici,
04:09 sur le marché du travail. Cela concerne en particulier les jeunes qui n'ont pas de qualification professionnelle
04:15 ou auxquels ils manquent des compétences. Cela se joue au niveau du système éducatif et du système de formation continu.
04:23 Pour vous donner des chiffres, il y a 2,6 millions d'Allemands, chez les 20-35 ans, qui n'ont pas de qualification professionnelle.
04:30 Il s'agit d'un problème politique, pas d'un problème individuel, où il suffirait de dire "vous n'avez qu'à faire plus d'efforts".
04:36 Trop de gens passent à travers les mailles du filet parce qu'ils sont dyslexiques ou ont des difficultés en mathématiques.
04:42 Pourtant, ils peuvent devenir de bons artisans ou être doués pour les soins infirmiers.
04:46 Il en va de même pour la contribution des femmes au marché du travail.
04:49 Dans les pays germanophones, Suisse, Autriche, Allemagne, la situation est plus dégradée par rapport à la moyenne des Etats européens.
04:56 Nous sommes bien en dessous de la Scandinavie. Il faut faire mieux en matière de garde d'enfants.
05:03 Cela relève aussi de la politique. Et enfin, on doit aussi travailler plus longtemps.
05:09 Et ceux qui veulent le faire devraient y être autorisés.
05:13 Les dépenses militaires en Europe ont augmenté de manière significative. Quelles en sont les conséquences pour l'économie ?
05:21 Soit nous n'avons pas vu, soit nous n'avons pas voulu voir ce qu'était en train de faire Poutine, à quel point il renforce ses armées.
05:30 Cela ne me plaît pas particulièrement de dépenser en armes et en équipements militaires.
05:35 Je pense qu'il vaudrait mieux consacrer cet argent à l'éducation, à la recherche, à la formation continue, à la protection du climat, au développement durable.
05:43 Mais c'est une obligation. L'époque où nous pouvions nous y soustraire est révolue.
05:48 C'est pourquoi nous devons augmenter les dépenses militaires pour être en capacité de nous protéger.
05:53 Nous devons aussi être en mesure de nous doter de notre propre garantie de protection européenne.
05:58 Il ne faut pas considérer les Américains uniquement comme des garants, mais aussi devenir moins dépendants.
06:04 Les dépenses militaires ont augmenté ces deux dernières années parce que nous avons largement soutenu l'Ukraine.
06:10 À mon avis, il faut les stabiliser pour, on pourrait dire, maintenir à flot les forces européennes ou au moins l'armée allemande pour avoir quelques capacités.
06:21 D'après un rapport de l'Agence européenne pour l'environnement, l'Union européenne n'est pas préparée aux changements climatiques et aux canicules.
06:31 Que comptez-vous faire face à cette situation ?
06:35 Aujourd'hui, l'objectif est avant tout de limiter au maximum le réchauffement climatique.
06:42 Il s'agit uniquement de ralentir, de freiner la courbe de manière à ce que les gens puissent s'adapter pour supporter ce changement majeur au niveau de notre organisme,
06:51 à la fois sur le plan biologique et aussi en termes de cohésion sociale, sur le plan collectif.
06:57 Cela veut dire que nous devons rendre nos villes plus résistantes à la chaleur et à la pluie.
07:01 Nous devons rendre l'agriculture plus durable.
07:04 Il faut installer des récupérateurs d'eau dans les régions sèches et revoir la gestion de l'eau.
07:09 Il faudra également des mesures de protection le long des littoraux et des investissements considérables.
07:17 La transition énergétique s'accélère en Europe. Que faut-il faire et qu'est-ce que cela signifie à la fois pour l'industrie et pour les citoyens ?
07:25 Au cours du prochain mandat de la Commission européenne, il faudra des procédures moins bureaucratiques pour développer les énergies renouvelables.
07:34 Lorsqu'on lit la directive consacrée à ces énergies, on voit qu'on se complique la vie inutilement.
07:40 Je ne sais pas s'il est nécessaire de réglementer tout cela de manière aussi méticuleuse et approfondie.
07:45 Si nous voulons vraiment avancer, nous devons être plus pragmatiques et moins bureaucratiques.
07:51 Merci.
07:55 Merci, bon appétit !
07:57 Merci.
07:58 Merci.
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