00:00 Y a-t-il un MeToo de gauche ? Je vous pose la question parce que Gérard Miller est accusé de viol,
00:06 Julien Bayou, on vient de l'apprendre, est accusé de violences psychologiques par son ex-compagne, il se met d'ailleurs en retrait,
00:11 Ersilia Soudé a porté plainte contre ce compagnon qui était membre de la France Insoumise, Damien Cassez, pour viol conjugal.
00:18 Il a d'ailleurs, Damien Cassez, été exclu à titre conservatoire de la France Insoumise. Y a-t-il un MeToo de gauche ?
00:25 Je dirais que la gauche est impactée par MeToo, peut-être plutôt dans l'autre sens, et c'est heureux que des femmes sortent du silence,
00:33 que des faits qui ont été mis sous le boisseau pendant très longtemps, je pense notamment à Gérard Miller, où on voit qu'il y a des révélations en chaîne.
00:42 Vous le connaissiez bien, Gérard Miller ? Relativement bien, oui, depuis de nombreuses années, et c'est pas que c'est sidérant.
00:47 Vous avez été surprise ?
00:48 Totalement, totalement abasourdie, abasourdie, de lire autant de témoignages. Bien sûr que c'est assourdissant, et donc on n'est pas hors la société.
00:57 Alors évidemment, on est particulièrement... Je dirais que c'est particulièrement insupportable.
01:02 Vous vous êtes sentie trahie, en quelque sorte ?
01:04 Oui, oui, je peux le dire comme ça, parce que la gauche, c'est la lutte contre toutes les formes de domination, c'est le combat historique pour les droits des femmes.
01:12 Le féminisme s'est ancré d'abord, et né au cœur du mouvement ouvrier, de la gauche, pas que, mais ça a été quand même en confrontation,
01:21 puisque pendant longtemps, le féministe n'arrivait pas à s'y faire une place, mais à chaque fois, ça a été quand même en dialogue de ce côté-là.
01:28 Et là, effectivement, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, donc il faut que nous soyons clairs sur les principes.
01:36 C'est-à-dire quoi qui ne tourne pas rond ? C'est quoi ?
01:38 Vous voyez bien, quand vous défendez ces valeurs-là, ces principes-là, et que vous vous retrouvez devant...
01:43 Ce ne sont pas des individus ?
01:45 Non, ce ne sont pas des individus. Alors là, je ne suis pas du tout d'accord, justement, on passerait à côté du sujet.
01:49 C'est un système ?
01:50 C'est la domination masculine, son expression ultime, ce sont les violences faites aux femmes.
01:55 Et donc, c'est la société qui produit ces rapports de domination, ces violences que nous dénonçons.
02:01 Donc il ne faut pas les prendre individuellement et avoir un point de vue simplement individuel.
02:05 Oui, mais ce sont des individus qui flanchent, c'est ce que je veux dire.
02:07 Oui, mais ils flanchent aussi parce qu'ils sont dans une société qui favorise aussi ces rapports-là.
02:13 Aussi bien d'un côté que de l'autre, d'ailleurs, vous savez, dans ces affaires, il y a bien sûr les hommes qui sont pris de cette logique viriliste,
02:23 de cette histoire de la possession qui est très masculine, et les femmes qui ont intériorisé depuis des siècles et des siècles,
02:31 qu'elles étaient des objets, qu'elles n'avaient pas forcément le droit de dire non.
02:36 Et ces deux histoires, nous sommes le produit de cette culture et de cette histoire qui se perpétue.
02:41 C'est des deux côtés, vous voyez ce que je veux dire.
02:43 Et bien sûr, la responsabilité est la responsabilité masculine des hommes, puisque ce sont eux qui violent, ce sont eux qui agressent,
02:50 ce sont eux qui harcèlent, mais ça interroge la société tout entière.
02:53 Comme le disait très bien Adèle Haenel, et ces mots sont toujours dans ma tête,
02:57 et en particulier en ce moment où on est traversé par ces sujets-là, elle dit "ce sont nos frères, ce sont nos maris, ce sont nos amis".
03:04 Donc ce qu'on veut, c'est qu'ils changent.
03:07 Et que répondez-vous à ceux qui disent, quand même, cette gauche morale que pouvait par exemple incarner Gérard Miller,
03:12 qui n'avait pas de mots assez durs pour dénoncer Gérald Darmanin, qui était lui aussi accusé,
03:18 et bien finalement on s'aperçoit que le même Gérard Miller serait, si les faits sont avérés, un prédateur sexuel.
03:25 Voilà, est-ce que c'est ça qui est quand même assez vertigineux en fait ?
03:29 C'est insupportable et vertigineux, mais ce qui me frappe, c'est qu'en fait, ce sujet-là que vous faites là aujourd'hui,
03:34 et je ne vous en fais pas spécialement le reproche, c'est général,
03:37 au fond c'est surtout aux féministes qu'on demande des comptes, c'est surtout à la gauche qu'on demande des comptes,
03:43 et par exemple, Adrien Quatennens, pendant très longtemps, les questions nous ont été posées à nous, féministes de gauche,
03:50 mais M. Abad, qui siège à l'Assemblée nationale, où on a pu lire dans la presse, qui siège dans le groupe...
03:57 - Non mais il n'a pas été condamné.
03:59 - Oui, mais enfin, il y en a bien d'autres qui le sont.
04:01 - Puis parce que votre parti est catégorique...
04:03 - Vous avez lu les témoignages, il s'agit de viol avec...
04:05 - Oui, mais votre parti est catégorique sur le fait qu'il faut démissionner ou partir quand il y a en général une suspicion.
04:10 - Non, quand vous écoutez Aurore Berger, je vous assure qu'elle a des discours très fermes quand il s'agit des autres, très très fermes.
04:17 Et sur Adrien Quatennens, en séance, elle n'a pas cessé de faire du brouhaha, de dire des mots plus forts les uns que les autres,
04:24 alors que dans son propre rang, elle héberge quelqu'un dont on peut lire dans la presse qu'il a mis des comprimés chimiques pour violer des femmes.
04:32 Donc si on balaye, il faut balayer devant toutes les portes.
04:35 Et je trouve qu'à gauche, nous balayons devant nos portes.
04:38 - Et vous, pour finir sur Adrien Quatennens, est-ce que votre retour a suscité chez vous un malaise, et le fait qu'il veuille aujourd'hui s'emparer de combats féministes ?
04:43 - Moi je l'ai dit, je pense que le problème n'est pas aujourd'hui son retour,
04:48 mais la façon dont les choses, à mon sens, ne se sont pas bien opérées, et qui fait que son retour est plus compliqué.
04:55 Néanmoins, je suis dans une formation politique qui a, il ne faudrait quand même pas complètement l'oublier, même si vous le savez que j'ai pu être critique,
05:02 qui a pris la décision immédiate de le suspendre de son poste de coordinateur,
05:06 et là, dans l'affaire dont vous parliez tout à l'heure, qui a aussi immédiatement décidé de suspendre.
05:11 Donc à gauche, je pense que c'est notre responsabilité que d'être clairs sur les principes, le plus clair possible,
05:16 dans nos mots, dans la façon de décrire ce qui se passe, dans la protection des femmes,
05:20 et dans la compréhension de ce qui se joue. Vous savez, c'est une affaire de pouvoir.
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