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00:02 RTL midi.
00:05 Agnès Bonfillon, Éric Brunet.
00:07 Merci beaucoup. Ils l'appellent "Super Tuesday" pour une raison.
00:11 C'est un grand mot.
00:13 Donald Trump, que vous venez d'entendre, pour qui le "Super Tuesday" n'a jamais aussi bien porté son nom,
00:19 car le candidat à l'investiture républicaine a remporté 14 des 15 États américains qui étaient en jeu.
00:27 Et sauf surprise, il faut bien le dire, les Américains auront donc droit à un nouveau duel Biden-Trump à la présidentielle du 5 novembre prochain.
00:37 En tout cas, les voyants semblent au vert pour Donald Trump, en dépit de ses déboires judiciaires.
00:41 Pour en parler avec nous ce midi, Yannick Mirreur, bonjour.
00:44 Bonjour.
00:45 Vous êtes spécialiste des États-Unis et des questions internationales, auteur de "Populisme Smart" chez VA Édition.
00:53 Qu'est-ce qui pourrait empêcher Donald Trump de se présenter maintenant ?
00:58 Peu de choses. Il y a les procédures judiciaires, comme vous le savez, mais encore une fois, par les jeux du système judiciaire,
01:04 des appels et leur mise en œuvre, s'il devait être condamné d'ailleurs, ne serait pas un empêchement en majeur,
01:12 ni pour se présenter, voire même en cas d'élection, ce serait encore plus compliqué, mais toujours possible malgré tout,
01:17 de l'être en cas de condamnation.
01:19 Donc la voie est ouverte et il faut bien dire que la probabilité aussi, je devance peut-être un peu votre question,
01:25 mais la probabilité d'une élection de M. Trump est tout à fait sérieuse.
01:29 Oui, car les sondages nous disent, là on a parlé à l'instant des primaires américaines,
01:34 mais les sondages nous disent qu'il a même quelques points d'avance sur Joe Biden dans la perspective d'une présidentielle, d'un vote.
01:42 Oui, alors ça, vous savez comment...
01:44 Ça bouge.
01:45 Il faut être prudent, d'abord parce qu'il y a 50 États et deuxièmement parce qu'il y a un double système,
01:49 qui est toujours quelque chose qui fait...
01:51 Quand on écoulait beaucoup d'encre tous les 4 ans aux États-Unis et à l'étranger, à savoir le vote populaire,
01:56 et puis le vote des grands électeurs par État, c'est un sujet qu'on connaît un petit peu mieux depuis 2000...
02:02 Oui, mais en tout cas, ce qu'on sait, c'est qu'il n'est pas du tout hors-jeu.
02:06 Il est bien dans le jeu, il est bien dans le match, et même plutôt en avance sur la petite base que l'on connaît.
02:13 Mais alors, la question importante, c'est, est-ce qu'on en sait beaucoup sur le programme de Donald Trump 2024 ?
02:21 On entend beaucoup de choses, surtout sur l'international, notamment sur la guerre, les Russes, les Ukrainiens, ce mur au Mexique...
02:32 Qu'est-ce que l'on sait exactement ?
02:35 Vous voyez bien que ceci étant dans le contexte global d'une relative, je ne devrais peut-être pas distérie,
02:41 mais certainement d'une polarisation, et l'une des leçons de ce Super Tuesday, c'est la polarisation continue
02:47 qui s'intensifie au sein de la société américaine et de l'électorat américain.
02:51 Dans ce contexte-là, le programme est relativement secondaire quand même.
02:55 Il faudra bien cependant que M. Trump en produise un.
02:59 Pour l'instant, les événements très intenses, aussi au plan international, suffisent pour alimenter, si je puis dire, son discours public.
03:07 Le buzz et l'appareil d'outils médiatiques dont il peut disposer, fake news incluse, il faudra voir.
03:16 Mais qu'est-ce qu'on sait déjà sur les grands sujets importants ?
03:23 Il y a quand même des obsessions qui apparaissent jour après jour dans ses discours.
03:28 Je vais commencer par le budgétaire, puisque ça nous concerne un petit peu.
03:32 Mais c'est important quand même, ce sera dans la même veine de ce qu'il a fait lors de son premier mandat,
03:37 à savoir une baisse des taxations autant que possible pour les grandes fortunes, pour les sociétés,
03:42 pour relancer, donner priorité à la machine américaine de la croissance et à l'emploi.
03:47 Ça, c'est une chose sur laquelle d'ailleurs M. Biden n'a pas démérité, mais il peine à faire valoir son bilan jusqu'ici.
03:52 Ce sera un des grands sujets clivants qui déterminera l'issue de cette élection.
03:57 Et sur les sujets internationaux que vous venez d'évoquer, c'est dans la continuation de ce que M. Trump a mis en avant
04:06 et poursuivi pendant son premier mandat, à savoir un relatif isolationnisme américain,
04:12 non pas une complaisance, mais en tous les cas un laisser-faire par rapport au régime russe en particulier,
04:22 et un désengagement du théâtre européen, a priori, même si, encore une fois pour ceux-ci,
04:27 comme vous le savez, ce n'est pas quelqu'un qui bénéficie d'une longue expérience et d'une connaissance intime des fonctionnements de l'État,
04:32 donc il n'a pas vraiment de religion là-dessus, même s'il pourra en revanche tirer les leçons de son premier mandat
04:37 et être peut-être plus vindicatif, plus Trumpist encore qu'il ne l'a été lors des quatre années lorsqu'il a dirigé les États-Unis.
04:45 Donc ça peut aller dans un petit peu toutes les directions, mais ce qui est le plus probable pour nous
04:50 au plan international et stratégique, c'est que ce soit relativement défavorable.
04:54 - Et Yannick Miroir, on entend qu'il est beaucoup mieux préparé, Donald Trump, beaucoup mieux préparé qu'en 2016.
05:00 - Oui, sûrement. Il a déclaré lui-même d'ailleurs qu'il retenait les leçons et qu'il serait plus incisif sur certains sujets,
05:14 notamment les sujets intérieurs. Vous vous rappelez de la polémique sur l'État profond,
05:17 le fait de détricoter ou d'être hostile de manière générale à une partie de la haute fonction publique
05:24 et des structures fédérales américaines, de manière tout à fait plus que baroque,
05:30 enfin qui trahissent, sinon la lettre, en tous les cas l'esprit de la Constitution.
05:33 Donc il y a quand même un danger qu'il puisse être beaucoup plus, comment dirais-je, manipulateur, autoritaire
05:40 dans l'exercice de sa présidence, si l'il était là une deuxième fois,
05:43 pour pouvoir écarter les contre-pouvoirs classiques que tout un chacun accepte dans le fonctionnement d'un État de droit.
05:49 C'est ça le danger en réalité. Le cœur du danger, il est là, même si lors de son premier mandat,
05:56 M. Trump avait pris des orientations notamment de dureté vis-à-vis de la Chine,
05:59 qui était tout à fait cohérente et qui répondait à un réel besoin.
06:02 D'ailleurs, tout le monde s'est aligné, tout Washington démocrate et républicain s'est aligné derrière lui sur ce point,
06:08 même si ensuite sa politique a été mal conduite, mal exécutée.
06:11 Là, la deuxième fois, et M. Biden a conservé par exemple des mesures tarifaires contre un certain produit chinois.
06:17 Donc il y a une certaine continuité. Mais sur d'autres, sur l'exercice de l'État de droit aux États-Unis,
06:24 souvenons-nous quand même de son rôle le 6 janvier lors de l'insurrection,
06:27 enfin de l'attaque, de l'assaut d'une partie de la population qui était rassemblée là.
06:32 Il faut quand même aussi bien dire qu'il y avait une minorité très violente et très agissante.
06:35 Pas l'ensemble de la population, mais il y a beaucoup poussé, il y a beaucoup incité.
06:39 Donc, comment dirais-je, rien ne l'arrête en quelque sorte.
06:43 Rien ne l'arrête. Et ce qui est étonnant, merci beaucoup Yannick Mirreur,
06:46 c'est que ces événements du 6 janvier ne semblent pas avoir dissuadé des millions et des millions d'électeurs républicains de voter Trump.
06:56 En tout cas, on le rappelle, 14 des 15 États en jeu remportés par Donald Trump lors de ce super Tuesday.
07:04 Dans un instant, on parle de toute autre chose, de la folie, le thé matcha est partout.
07:11 Éric Brunet et Agnès Bonfillon.
07:14 RTL midi jusqu'à
07:16 et de la société.
07:17 [SILENCE]
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