00:00 C'est une de magazines que vous avez sans doute découvert. C'est une qui concerne ces pilules anti-obésité avec cette question "Est-ce un miracle pour maigrir ?"
00:11 C'est la question qu'on peut poser. C'est aujourd'hui en effet la journée mondiale contre l'obésité et une révolution serait en cours de simples piqures une fois par semaine
00:21 qui permettrait de perdre du poids sans effort. Vous en avez entendu parler par les influenceurs en France, par les stars américaines, la présentatrice Oprah Winfrey,
00:30 le chanteur Robbie Williams, encore le milliardaire Elon Musk, sans parler des Kardashians, de Kylie Osbourne et même le nom de Lady Gaga circule.
00:37 Des médecins y voient déjà une révolution. A l'étranger, les patients se les arrachent, la demande explose, les usines n'arrivent plus à suivre,
00:47 les fabricants investissent des dizaines de milliards d'euros, y compris en France, pour construire des usines.
00:53 Dr Sinewana, bonjour. Merci de nous avoir rejoint en direct sur ce plateau. On parle d'un médicament miracle, c'est des piqures.
01:02 Le principe est assez simple d'abord. Ce serait une piqure une fois par semaine pour perdre du poids. D'abord, ça vient d'où ce médicament ?
01:09 Alors le premier à avoir mis au point ce médicament, qui s'appelle le Sémaglutide, c'est un laboratoire danois, Novo Nordisk.
01:16 L'objectif était de traiter les diabètes de type 2. Et ça a donné des résultats spectaculaires. Donc c'est un vrai progrès pour les malades diabétiques de type 2.
01:26 On doit rendre hommage à ce médicament dans ce sens. Mais là, c'est pour maigrir pour tout le monde. Voilà. Mais on s'est rendu compte que ce médicament
01:33 retardait la vidange gastrique, la vidange de l'estomac. Et de ce fait-là, eh bien, il donne un sentiment de satiété, c'est-à-dire d'avoir moins faim.
01:45 Et il y a eu des pertes de poids d'abord chez les diabétiques, puisqu'on ne le prescrivait qu'aux diabétiques. Mais d'autres personnes l'ont utilisé et ont perdu
01:54 quelques kilos. Sauf qu'un médicament, quand on l'utilise, il faut toujours comparer les avantages et les inconvénients. Et comme tout médicament,
02:03 il peut présenter certains inconvénients. Il y a des maladies, des complications graves qu'il peut donner. La pancréatite, la paralysie de l'estomac,
02:12 je vais vous donner un cas juste ensuite. Et donc, prendre un médicament pour perdre quelques kilos quand on a des risques majeurs en face, ça paraît
02:22 tout à fait injustifié. N'oubliez pas... — Mais alors expliquez-moi. Comment ça se passe ? C'est-à-dire on se fait une piqûre une fois par semaine
02:27 et immédiatement, on perd du poids ? — Pas immédiatement. Progressivement, on peut prendre quelques piqûres. C'est...
02:32 — Mais ça veut dire que ça coupe la faim. — Voilà. Ça coupe la faim parce que ça retarde la vidange gastrique. Donc on perd quelques kilos progressivement.
02:40 Mais perdre quelques kilos en prenant le risque de faire une complication majeure comme une pancréatite ou une paralysie de l'estomac ou de l'intestin,
02:48 pour perdre quelques kilos, ça me paraît absolument aberrant. — Mais on voit pendant que vous parlez, on voit des images des chaînes de télé américaines.
02:54 Là-bas, ça fait la une partout. Et on est en train de le voir sur les images. On voit que des stars – je l'ai cité tout à l'heure – de grandes stars l'ont fait.
03:01 Oprah Winfrey, le chanteur Robbie Williams, Elon Musk, les Kardashians, Kelly Osbourne, Lady Gaga. Donc eux, le font.
03:09 — Eux le font pour perdre quelques kilos. Mais certains d'entre eux feront des complications. Il y a déjà 40 procès en cours pour des complications majeures
03:19 contre ces laboratoires. Je dis « ces laboratoires » parce qu'il n'y a pas que Novonor 10, qu'il y a d'autres médicaments par les laboratoires Lily.
03:25 Je voudrais juste vous rappeler le scandale du Mediator, pour ceux qui ont encore en tête ce nom. Le Mediator, c'est des centaines et des centaines de morts.
03:34 Donc le prescrire simplement pour perdre quelques kilos, je pense qu'on ira vers un problème de santé publique avec encore des centaines et des centaines de morts.
03:43 — Ça veut dire c'est quoi « quelques kilos » ? Parce que c'est là où c'est un peu ambigu. Quelques kilos, vous voulez dire si on doit perdre 5, 6 kilos,
03:48 il faut surtout pas prendre ça. Mais non, si on doit perdre 20, 30, 40, 50 kilos, là, oui ?
03:53 — C'est une très bonne question. Alors si on doit perdre 5, 10 kilos, autant faire un régime alimentaire et de l'exercice physique. Ça marche très bien.
04:00 Si on veut perdre 10 kilos... — 10, 20, 30 ? — 10, 20, 30, eh bien ce médicament peut marcher.
04:09 — Ah, vous êtes pas si négatif que ça, parce que depuis le début, vous avez que des propos négatifs là-dessus.
04:13 — J'allais tempérer mon propos. Mais à condition d'être prescrit en milieu hospitalier, de ne pas être acheté sur des réseaux où les médicaments sont falsifiés
04:24 et où on a vu des complications majeures, à condition – le plus important – c'est d'être accompagné dans la prise de ce traitement.
04:32 Pourquoi ? À chaque piqûre, on doit être accompagné parce qu'il y a des interactions médicamenteuses. Et un patient qui prend d'autres médicaments
04:39 avec celui-là peut faire des complications. — Mais est-ce qu'on les trouve en France, ces médicaments ?
04:42 — Non, on ne le trouve pas. Il faut passer par un hôpital, une prescription hospitalière. Et ensuite, le relais peut être pris par le médecin traitant.
04:52 Et chaque fois qu'il y a une ordonnance dans une pharmacie, la pharmacie doit transmettre cette ordonnance au service public pour qu'on s'assure
05:00 de la qualité de la prescription. — Mais c'est une révolution. Enfin on a vu les unes de magazine tout à l'heure. C'est L'Express qui avait pris sa une.
05:06 C'est New York Times, je crois, également, qui a fait sa une. C'est une révolution, disent beaucoup. Il y a les fabricants qui investissent
05:13 des dizaines de milliards d'euros, y compris en France. Ils vont créer des usines en France. Vous voyez, il y a une de L'Express.
05:17 Demain, Toussmin. Alors c'est pas des frites. C'est des piqûres qui sont dans le cornet. Et voilà. Et en fait, les fabricants investissent des dizaines.
05:27 Les médecins, ils voient une révolution. Vous, vous êtes beaucoup plus sceptique, en fait.
05:31 — Je pense que c'est une révolution pour les diabétiques de type 2 et pour les gens qui... — Non mais c'est pour maigrir, là. C'est juste pour maigrir.
05:37 — Mais que pour maigrir. Et d'un petit nombre de kilos, il faut surtout pas détourner ce médicament. En plus, c'est un danger.
05:43 Pour ceux qui le détournent, on manque de médicaments actuellement, tant que les usines ne sont pas encore fabriquées, pour les vrais malades,
05:49 les vrais diabétiques. — Mais il y a des usines qui vont être construites. Je crois qu'il y en a une à Chartres qui va être construite,
05:54 une en Alsace, uniquement pour fabriquer ce médicament, qui arrivera en France, je pense, d'ici 1 ou 2 ans, a priori, le temps de faire les usines.
06:00 C'est-à-dire qu'ils sont convaincus que ça va être un énorme succès. J'ai lu un papier qui disait que ça serait sans doute
06:05 le médicament le plus vendu au monde, au monde. — Pour que ce soit le cas, il faut que tous les services de sécurité des médicaments
06:11 puissent conclure que le risque est inférieur à l'avantage de la perte de poids. On n'y est pas pour l'instant. Pour un diabétique
06:21 qui risque des complications, oui, c'est acquis. La science a prouvé que ça vaut la peine de prescrire ce médicament malgré les risques.
06:28 Mais juste pour perdre quelques kilos, non. Et si on arrivait à perdre plus de 20 kg, 30 kg, on dirait oui. Sauf que pour l'instant,
06:37 on ne dépasse pas les 10 kg avec ce médicament, 10, 12 kg, alors que lorsqu'on fait une chirurgie bariatrique...
06:43 — Ah, bah là, vous faites votre promo, tout à coup. Non, vous êtes chirurgien esthétique. Alors vous dites...
06:46 — Non, non, non. — Si on fait une chirurgie, ça marche mieux.
06:49 — Je fais pas cette chirurgie. Donc j'explique. C'est pas du tout ma spécialité. Non, mais la chirurgie bariatrique, on perd 20, 30, 40 kg.
06:56 — Oui, mais la chirurgie, c'est un acte lourd. Tandis que là, s'il suffit de se faire une piqûre et perdre 20, 30 kg, à ce moment-là...
07:03 Il y a un problème, malgré tout. On l'a pas dit jusque-là. C'est le prix. C'est que ça coûte très très cher.
07:07 Ça coûte 1 000 € à peu près par mois. Donc ça coûte une fortune, en fait. Ça fait cher le kilo.
07:12 — Ça coûte cher. Et si ça doit être à un moment remboursé, il faudra peser aussi le coût par rapport à ce que coûtent les maladies engendrées par le surpoids.
07:18 — Donc vous, ce que vous dites aujourd'hui, c'est pour le petit régime de confort, non ? Pour perdre 15, 20, 30, 40, 50, 60 kg, le faire sous contrôle médical et avec un médecin ?
07:29 — Absolument. — Et attention au prix aussi, parce qu'aujourd'hui, c'est pas du tout remboursé en France. — Non. A l'oiseau.
07:34 — Et on le trouve qu'en milieu hospitalier. J'ai bien résumé ? J'ai bien appris ma leçon ? — Bravo.
07:39 — Merci beaucoup, docteur Asseineau-Hennin. Merci d'avoir été en direct avec vous dans un instant. — Merci.
07:44 — Sonia Ravouk sur CNews. On se retrouve demain à 10 h 35. À demain. Et d'ici là, soyez prudents.
07:51 [Musique]
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