00:00 On va opérer sur l'intérieur et c'est plus compliqué.
00:05 Surtout y aller doucement.
00:13 Dans l'arthroscopie, il y a toujours un moment tendu, c'est ce moment-là.
00:17 Il ne faut pas que je lâche mon morceau.
00:20 Je m'appelle Roland Perrin, j'ai 64 ans, je suis vétérinaire.
00:27 Je suis vétérinaire pour les chevaux, vétérinaire et coin,
00:30 et je travaille à la clinique Equine des Brossons.
00:32 Aujourd'hui, c'est ce qu'on appelle pour nous une journée de chirurgie.
00:36 Durant toute la journée, on va opérer les chevaux.
00:39 Les chevaux seront une première tranquillisation pour qu'ils se relaxent un petit peu,
00:44 pour qu'ils soient moins stressés.
00:47 Et ensuite, ils seront emmenés au bloc chirurgical.
00:58 Dans le bloc, vous avez deux boxes.
01:01 Un box où le cheval va être couché, endormi, et un box où le cheval va être réveillé.
01:09 Dans un premier temps, le cheval est préparé dans le box de réveil.
01:15 On lui pose un cathéter.
01:17 C'est exactement comme en médecine humaine.
01:19 Le cheval va être pendu par les pieds dans ce treuil,
01:23 et il va être posé sur la table pour l'intervention chirurgicale.
01:27 Si on reprend vers l'âge de 3-4 ans, on fait une sorte de bilan osseno-articulaire du cheval.
01:32 Certaines fois, on trouve des petits fragments, alors qu'ils sont certaines fois petits,
01:36 d'autres fois beaucoup plus gros.
01:38 Et quand ils se libèrent dans l'articulation, ils font beaucoup de dégâts.
01:41 Donc, nous, on finit la réparation en enlevant ces fragments.
01:45 La locomotion est fondamentale sur le cheval.
01:47 Un cheval qui n'a plus de locomotion, il est malheureux.
01:50 Là, c'est un premier produit qui est de manière plus relax.
01:56 On attend une dizaine de minutes que ce produit agisse,
01:58 avant de mettre le produit qui va le coucher complètement.
02:01 Là, il a quand même un peu la tête basse, il est quand même un peu ensuqué,
02:09 et il commence à avoir des éléphants roses.
02:12 Voilà, il commence à céder, voilà, il fait un chameau.
02:17 Très beau couchage.
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02:56 Donc là, on va ouvrir la zone sur laquelle je veux intervenir.
03:09 Voilà.
03:11 Ensuite, je vais ouvrir mon articulation avec une petite ouverture.
03:15 Ensuite, je rentre ce qu'on appelle un trocard dans l'articulation.
03:19 Voilà, le trocard est rentré.
03:22 Et là, maintenant, dans le trocard, je fais passer ma caméra.
03:26 Voilà, et donc là, maintenant, je me retrouve dans l'articulation.
03:30 Ça, c'est une petite pince qui me sert à enlever ce que j'ai envie.
03:36 Donc là, c'est le canon.
03:37 Ça, c'est mon, vous voyez, que le bout, il est quasiment libéré.
03:40 Donc, il est tout petit, mais en fait, si je ne l'enlève pas,
03:45 il va peut-être se libérer, et à ce moment-là,
03:47 il peut détruire toute l'articulation que vous voyez là.
03:50 D'accord ?
03:51 C'est beau, hein ?
03:53 Mais ça, c'est la magie de l'arthroscopie.
03:55 Moi, j'ai connu la période non arthroscopique.
03:57 Pour faire ça, ce n'était pas facile.
03:59 Donc là, on fait mumuse avec un instrument qui est magique
04:02 et qui est une sorte de bistouri électrique.
04:04 Vous voyez, ça découpe.
04:07 Ça produit des bulbes, ça produit de la chaleur.
04:11 Donc, je dis que c'est magique parce qu'avant, on faisait ça au ciseau
04:14 et ce n'était pas si facile que ça à faire.
04:17 Donc là, vous voyez, je prends mon bout, d'accord ?
04:20 C'est un moment où il ne faut pas que je lâche mon morceau.
04:23 Et c'est bon, je l'ai.
04:25 Cadeau ?
04:26 Donc, à ce moment-là, j'arrête.
04:33 On fait toujours une radiographie.
04:35 Je recoue et c'est terminé.
04:37 Mais là, vous voyez, on est vraiment dans un aspect préventif
04:39 parce qu'on pourrait dire que cette intervention, ça ne sert à rien,
04:41 c'est ridicule et bidule,
04:42 mais vous avez vu que le bout bougeait.
04:44 Donc, si le petit bout, il part dans l'articulation, il fait du mal.
04:48 Donc là, il va se sevrer du gaz
04:51 et le cheval va recommencer à respirer normalement.
04:54 L'anesthésie, dans notre commande médecine humaine,
04:57 mais dans notre domaine, a énormément évolué.
05:11 Et moi, quand je suis arrivé,
05:13 beaucoup de propriétaires encore disaient au revoir à leur cheval.
05:15 « Ah, mon pauvre Bibi, tu vas te faire opérer. »
05:17 « Je ne sais pas si je te referai. »
05:19 Là, on est tous passionnés de cheval de sport.
05:22 Pas de cheval de course, hein, de cheval de sport.
05:24 Donc, le jumping, le dressage, le concours complet,
05:28 c'est ce qui nous fait vivre.
05:29 On est tous cavaliers, c'est notre passion.
05:31 Je suis connu, oui, ça c'est sûr.
05:33 Reconnu, je ne sais rien, mais je suis au moins connu.
05:37 Ça, c'est sûr, oui.
05:38 C'est normal parce que quand vous fréquentez des gens pendant une trentaine d'années,
05:41 que ce soit des universitaires de tous les bords,
05:44 on se connaît tous.
05:45 Puis je dis toujours qu'on rencontre des cavaliers,
05:48 on rencontre des propriétaires,
05:49 mais on rencontre des chevaux aussi.
05:51 On rencontre des chevaux.
05:53 Je déteste au plus haut point les chirurgiens
05:56 qui partent en laissant tout en vrac, hein,
05:58 et qui méprisent leur personnel.
06:00 Le chirurgien fait partie d'une équipe
06:02 et les autres sont aussi importants que lui.
06:05 Comment vous êtes tombé dedans ?
06:07 C'était quoi en fait la révélation avec le cheval ?
06:09 La révélation, vous allez rigoler,
06:11 c'est mon papa et ma maman qui m'ont emmené au concours de Dinard.
06:15 Alors le concours de Dinard, ça ne vous dit rien,
06:17 mais quand on aime le sport équestre et particulièrement le jumping,
06:20 vous avez des concours comme ça qui sont mythiques.
06:24 Et donc j'étais tout petit et ils ont dit,
06:27 on va l'emmener voir des chevaux.
06:28 Et en fait, j'ai fait les trois jours de concours.
06:30 Et j'avais cinq ans.
06:34 Quand on a une consultation, quand on rencontre un cheval,
06:37 vous devez faire connaissance très rapidement
06:39 pour établir une relation.
06:41 Certaines fois, pas bonne, hein,
06:43 certaines fois, on ne s'aime pas du tout.
06:45 Et puis il y en a d'autres, c'est agréable.
06:46 C'est un pote, il me comprend.
06:49 Et j'ai toujours ce rapport avec les chevaux, c'est des potes.
06:52 Je les vois tous les jours, pour moi, c'est du bonheur.
06:56 C'est un vrai métier passion, oui.
06:58 Si vous n'avez pas la passion, il ne faut pas le faire.
07:00 Parce que dans mon métier, il y a la passion du cheval,
07:02 mais il y a aussi la passion de la médecine.
07:04 Et du moment qu'on a ces deux passions, après c'est facile.
07:06 Le meilleur stage que j'ai vu de toute ma vie,
07:09 c'est dans une énorme clinique qui se trouve au Kentucky,
07:12 qui s'appelle Roden Rudell Hospital.
07:13 Et là-dedans, il y a mon dieu, le docteur Bramledge,
07:18 qui est un chirurgien.
07:20 J'y suis resté trois jours.
07:22 Donc je n'ai pas fait un stage de trois mois,
07:24 j'ai fait un stage de trois jours.
07:26 Quand je suis allé faire ce stage,
07:28 je faisais des médecins d'arthroscopie comme ça,
07:29 à peu près en deux à trois heures.
07:31 Quand je suis rentré, j'avais un acte chirurgical d'un quart d'heure.
07:34 Et donc je pense que le conseil à donner à un jeune,
07:37 ce n'est pas de faire toujours son stage au même endroit,
07:41 mais peut-être aller varier en fonction de l'évolution de sa carrière et de ses connaissances.
07:45 Ce n'est pas la peine d'aller faire un stage de chirurgie
07:47 quand on est en première année.
07:49 Quand je suis rentré à l'académie, j'ai dit,
07:51 ma vie c'est hasard et opportunité.
07:53 Savoir saisir l'opportunité,
07:55 c'est ce que je conseillerais aux jeunes.
07:58 Savoir saisir sa chance à un moment donné.
08:00 Parce qu'elle ne repart jamais deux fois.
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