00:00 Il est 18h02, on est en direct sur Europe 1 et sur CNews avec Eric Nolot.
00:03 Bonsoir Eric, journaliste.
00:04 Nous sommes avec Eugénie Bastier, grand reporter au Figaro.
00:08 Bonsoir à vous, Louis de Ragnel, chef du service politique.
00:10 Bonsoir Laurence.
00:11 Nathan Devers est là, écrivain. Bonsoir Nathan.
00:13 Céline Pina qui est politologue et journaliste à causeur,
00:16 ainsi que Jean-Sébastien Fergiou, directeur du site Atlantico.
00:19 Est-ce que vous êtes inspiré, Eric Nolot, par Sandrine Rousseau ?
00:21 Toujours.
00:22 Je sais que vous êtes inspiré.
00:23 Elle m'a inspiré un livre entier, mais je vais faire une édition revue augmentée
00:27 parce que chaque semaine ou presque, elle ajoute quelque chose.
00:29 Parce que là, la phrase qu'elle a prononcée est peut-être sous le coup
00:32 du désespoir, de la déception face à un Gérard Miller
00:37 qui était son soutien politique.
00:38 Il la soutenit très activement et qui est aujourd'hui accusée,
00:41 vous le savez, par des dizaines de femmes de viol et d'agression sexuelle
00:43 lorsqu'elles étaient sous hypnose.
00:45 Elle estime donc qu'on ne peut faire confiance à aucun homme.
00:48 - Aucun homme de gauche. - Voilà.
00:51 Non, elle dit que c'est un problème humain.
00:52 Le combat contre les violences sexuelles,
00:55 c'est un combat dans lequel on ne peut compter sur aucun homme.
00:57 Même si même nos alliés s'avèrent être des agresseurs ou des violeurs,
01:01 potentiel sur qui s'appuyer ?
01:02 Eric Nolot, cette phrase est sidérante.
01:04 En réalité, elle me...
01:05 Oui, ça s'aggrave parce qu'une autre néo-féministe de choc,
01:09 Caroline Dehaes, avait dit que deux hommes sur trois étaient des violeurs.
01:12 Alors, il restait un tiers.
01:13 Maintenant, il ne reste plus personne.
01:14 Donc, nous sommes tous dans le même sac.
01:16 Non, je ne pense pas que ce soit le désespoir ou un mouvement d'humeur.
01:21 Elle a trouvé un moyen pour ne pas condamner formellement...
01:24 - Gérard Miller ? - Gérard Miller.
01:25 C'est-à-dire que ce n'est pas un problème de Gérard Miller.
01:27 En fait, c'est tous les hommes.
01:28 C'est intéressant.
01:29 Et ce qui est encore plus intéressant,
01:30 c'est qu'elle tombe dans une forme d'essentialisation
01:33 qu'on a beaucoup reproché aux beaufs par le passé,
01:36 qui parlaient des femmes en général.
01:37 "Les femmes, c'est ceci. Les femmes, c'est cela."
01:40 Comme si ce n'étaient pas des individus, mais une sorte d'espèce à part.
01:43 Et elle tombe exactement dans le même cliché à l'envers.
01:45 Non, vraiment, je pense qu'il y a peu de femmes
01:48 qui font autant de mal au féminisme
01:51 que Sandrine Rousseau, semaine après semaine,
01:53 parce qu'elle en éloigne les esprits les plus sensés.
01:55 Ce discours, ça ne peut que séduire Madame De Haas ou Alice Coffin,
01:58 qui dit "moi, je ne dis plus un livre écrit par un homme".
02:00 Donc des néo-féministes, que vos amis ne connaissent pas forcément.
02:03 Non, je fais une distinction entre les féministes et les néo-féministes.
02:05 Je pense qu'en effet, ceux qui pourraient être séduits par ces combats
02:09 s'en éloignent parce qu'on a vraiment l'impression
02:12 d'être chez des idéologues jusqu'aux bouddhistes.
02:15 Eugénie Bastie, ça vous fait réagir, je l'ai vu.
02:17 Non, parce que j'allais ajouter,
02:19 on ne peut faire confiance à aucun homme de gauche, visiblement,
02:21 parce qu'on voit dans ces milieux culturels
02:25 qu'ils professent la vertu, souvent,
02:27 mais on a des surprises sur leur comportement en privé,
02:30 que ce soit Adrien Quatennens, Gérard Miller,
02:32 même Weinstein aux États-Unis,
02:34 qui était un grand donateur du Parti démocrate.
02:37 Denis Bopin aussi, vous vous souvenez,
02:38 qui mettait du rouge à lèvres
02:40 pour dire qu'il était avec les femmes le jour du 8 mars.
02:43 Andrée de Rousseau a d'ailleurs porté plainte contre Denis Bopin.
02:45 Donc je m'interroge,
02:46 quand on dit qu'il y a des violences sexuelles dans l'Église,
02:49 on dit que c'est un problème systémique,
02:50 mais quand c'est dans la gauche morale,
02:52 d'un coup, on globalise encore pour noyer les responsabilités.
02:55 Je crois effectivement qu'elle est représentative
02:58 d'un, je dirais même pas de néo-féminisme,
03:00 peut-être post-féminisme,
03:02 qui est effectivement misandre
03:03 et qui n'hésite pas à pratiquer l'amalgame,
03:06 qu'il dénonce par ailleurs sur plein d'autres sujets.
03:09 Bon, c'est pas nouveau,
03:10 mais ce que je note, oui,
03:12 c'est cette indulgence pendant longtemps pour Gérard Miller.
03:16 Alors, est-ce qu'elle n'était pas au courant ? Sans doute,
03:18 mais en tout cas, il est passé entre les mailles du filet assez habillement.
03:21 Oui, dingue d'elle.
03:22 C'est intéressant ce que dit Eugénie Bastiais,
03:24 parce que ce qui est vrai, dans toute l'affaire #MeToo,
03:27 il y avait une surreprésentation de gens marqués à gauche.
03:30 Moi, ce que je trouve terrifiant et en même temps intéressant,
03:33 dans la mesure où Sandrine Rousseau
03:34 ne côtoie quasiment que des gens qui pensent comme elle,
03:37 ça veut dire qu'il y a un énorme problème,
03:38 il y a quelque chose de très toxique et de très malsain,
03:41 sans doute chez les hommes, mais aussi chez certaines femmes.
03:44 Quand on en vient à penser ça,
03:45 je me dis que vraiment, c'est qu'on va pas très, très bien.
03:48 Et il faudrait peut-être que Sandrine Rousseau
03:49 aille voir ailleurs politiquement,
03:51 parce qu'effectivement, on en voit tous les jours,
03:55 heureusement, il y a des hommes qui se comportent bien
03:57 et qui ne sont pas forcément écologistes,
03:59 et la France Insoumise,
04:00 donc un petit bol d'air lui ferait peut-être un peu de bien.
04:02 Mais elle condamne très clairement les agissements de Gérard Miller,
04:05 même s'il est, on le rappelle, toujours sous l'insime,
04:07 de la présomption d'innocence.
04:08 Nathan Devers, quelle réflexion philosophique vous en tirez ?
04:11 On ne peut vous faire confiance à aucun homme.
04:13 Ça me rappelle un roman de Chateaubriand,
04:15 qui est sous-estimé qu'il est René,
04:16 où Chateaubriand, enfin le père René,
04:19 raconte qu'il a eu une déception quand il était jeune,
04:21 et il dit que quand on a une déception amicale,
04:22 c'en est fini de l'amitié.
04:23 On ne peut plus faire confiance à personne,
04:25 il n'y a plus d'amis sur Terre.
04:26 C'est exactement, j'ai l'impression,
04:27 la réaction que Sandrine Rousseau...
04:30 Qui est une grande lectrice de Chateaubriand.
04:32 Pardon ?
04:33 Qui est sans doute une grande lectrice de Chateaubriand.
04:34 Ça, je ne sais pas, il faudrait lui...
04:36 Je le sens.
04:37 Je ne sais pas si c'est une référence explicite,
04:38 mais en tout cas, c'est sûr qu'elle a dû être
04:40 profondément déçue, blessée,
04:42 de voir que Gérard Miller était ça.
04:44 Et en plus, dans le cas de Gérard Miller,
04:45 ce qui est intéressant,
04:46 c'est qu'il a fait beaucoup de documentaires
04:48 psychanalytiques sur des politiques,
04:50 et notamment sur des imposteurs un peu,
04:51 ou sur des gens, par exemple Dominique Strauss-Kahn,
04:53 je me souviens de son documentaire sur lui
04:54 qui était assez intéressant,
04:55 où il essayait de rentrer dans sa tête,
04:56 de voir ses névroses, de voir comment...
04:58 C'est un imposteur, Dominique Strauss-Kahn ?
04:59 Non mais c'est une vraie question que je me pose
05:00 dans le cas de Gérard Miller.
05:02 Bon alors, on verra, là,
05:03 il y a une fonction d'innocence, etc.
05:05 Avec Benoît Jacot.
05:05 Et en plus avec Benoît Jacot, mais dans le cas...
05:07 - Vous avez la parole de Madame Godrej. - Bien sûr.
05:09 Mais dans le cas des politiques, des double vif,
05:11 c'était des sujets qui intéressaient beaucoup Gérard Miller.
05:13 Et en effet, avec les faits qui lui sont reprochés,
05:15 on se pose la question, je pense,
05:16 de ce qu'il avait dans sa tête
05:17 quand il a tenu...
05:18 Enfin, quand il a été un des plus ardents défenseurs de MeToo,
05:22 quand il a tenu les propos
05:23 dont on se souvient sur Gérard Le Dermanin.
05:25 Il avait autant décocté à l'époque sur les plateaux télé
05:27 contre les agresseurs, contre ceux-là.
05:29 - Gérard Depardieu. - Oui, mais c'est très intéressant
05:32 d'imaginer, parce que c'est sûr qu'il devait avoir conscience
05:34 des faits qui lui étaient reprochés, que ça finirait par sortir,
05:37 parce qu'aujourd'hui, tout finit globalement par sortir.
05:40 On ne peut pas avoir une vie cachée aussi grave comme ça,
05:44 sans que les choses ressortent à la surface.
05:46 Donc c'est intéressant.
05:47 Maintenant, évidemment, je pense que ce qu'il faut se dire,
05:49 c'est que fondamentalement, notamment dans les luttes politiques
05:52 et surtout dans les luttes morales,
05:53 on ne peut faire confiance évidemment à personne.
05:55 Ça ne veut pas dire que tout le monde est corrompu,
05:56 ça ne veut pas dire que tout le monde est pourri,
05:57 mais ça veut dire que derrière chaque moraliste peut se cacher
06:00 la personne, derrière chaque Dr Jekyll peut se cacher un Mr Hyde.
06:05 - Céline Pilla, est-ce que vous y voyez autre chose
06:07 que ce qu'on vient de décrire ?
06:09 - Oui. Moi, je serais beaucoup plus cynique.
06:12 Si j'étais à la place de Sandrine Rousseau,
06:15 étant donné son électorat, il faut tout de suite
06:19 que je coupe de façon radicale le lien qui munit à Gérard Miller
06:24 et cette photo qui sort et qui montre une complicité.
06:27 Comment est-ce que je fais ? Je crée du buzz.
06:30 - Donc on est tombés dans le panneau.
06:33 - Il ne s'agit pas simplement de condamner Gérard Miller,
06:35 il faut le faire suffisamment violemment
06:37 pour que la polémique se déplace.
06:39 Et ensuite, cette polémique-là est tellement absurde
06:41 qu'elle finira par s'éteindre d'elle-même
06:44 et la coupure aura été notée.
06:46 - Technique de communication.
06:48 - Elle est dans une démarche politique.
06:49 - Vous surestimez ses qualités de politicienne
06:51 et vous sous-estimez sa psychologie de militante.
06:54 - Après la psychologie de militante,
06:56 il y a un truc qui fonctionne et qui montre
06:58 pourquoi elle pense que tous les hommes sont ainsi.
07:00 C'est que dans sa tête, toute relation humaine
07:02 est avant tout une relation de domination.
07:04 Et donc de façon systémique, les hommes dominent les femmes,
07:08 donc l'homme est mauvais et la femme est bonne.
07:11 Point barre. C'est très simple de raisonner comme ça.
07:14 Malheureusement, dans le réel, ça ne fonctionne pas.
07:16 - Pas exactement comme ça. Vivant Sébastien Ferjou,
07:18 il n'en pense pas moins. J'espère.
07:21 - Elle pourrait peut-être se poser la question,
07:23 malgré tout, de l'idéologie justement des fameux alliés
07:25 qui l'ont accompagnée. Parce que quand on regarde,
07:27 que ce soit sur les abus sexuels sur les enfants,
07:29 que ce soit justement dans une forme de liberté sexuelle,
07:32 mais qui portait évidemment que la liberté sexuelle
07:35 a été une conquête que personne n'envisage, je pense,
07:38 de revenir dessus, mais portait jusqu'à la négation
07:41 des droits de l'autre, parce que c'est de ça dont il s'agit.
07:43 Et de voir que oui, il y a des êtres de pouvoir.
07:45 Gérard Miller lui-même, dans son espèce de pseudo-poste
07:50 d'excuses qu'il a mis sur les réseaux sociaux,
07:52 dit "je n'avais pas mesuré à quel point j'étais
07:54 un être de pouvoir". Mais parce que c'est la nature humaine,
07:57 tout simplement, peut-être que Mme Rousseau
07:59 pourrait relire Chateaubriand, elle pourrait lire aussi
08:01 les Évangiles, elle en apprendrait beaucoup.
08:03 D'autant qu'on pourrait lui rappeler aussi
08:05 que Monique Olivier existe, l'ex-femme de Michel Fourniray,
08:08 que les mères Macrel, ça existe,
08:10 que les femmes agresseurs sexuels, ça existe.
08:12 Et donc cette distinction qui est faite entre les hommes
08:15 et les femmes dans la vision politique de Mme Rousseau,
08:18 mais qui était peu à peu celle de Gérard Miller
08:21 dans un autre registre aussi. C'est pour ça que je dis
08:23 qu'il faudrait quand même questionner l'environnement
08:25 politique et idéologique de tous ces gens-là.
08:27 - Peut-être c'est ce qu'elle fait à travers ce qu'elle dit.
08:29 Elle présente ses victimes de Gérard Miller.
08:31 - Elle ne questionne pas l'idéologie, elle pointe
08:33 uniquement le fait qu'il soit un homme.
08:35 - C'est vrai, vous avez raison. Allez, dernier mot d'attention.
08:37 - Juste une toute petite réflexion qui va déplaire à Eric,
08:39 et je vous demande pardon par avance,
08:41 mais on a beaucoup parlé depuis le 7 octobre
08:43 de certaines associations ou certains représentants
08:46 du féminisme qui n'ont pas été clairs sur la question
08:49 de ce qui s'était passé le 7 octobre.
08:51 Je veux juste dire une chose, c'est que quand même
08:53 Sandrine Rousseau, elle a été vraiment d'une clarté
08:55 et d'un courage parce qu'elle est allée contre
08:57 beaucoup d'associations dont elle était par ailleurs proche,
09:00 assez exemplaire sur la question.
09:02 Ça me semble important de le relever parce qu'on remarque
09:04 souvent que ses interventions dans le débat public
09:06 sont originales, c'est le moins qu'on puisse dire,
09:08 mais là-dessus, elle a eu une boussole morale
09:10 du début à la fin. Il faut quand même le remarquer.
09:12 - Voilà, dit Eric Nolot.
09:14 - Ça ne me déplaît pas, mais ça ne me convainc pas
09:16 parce qu'elle essaie de faire un peu oublier
09:18 sa lamentable attitude envers les familles iraniennes,
09:21 par exemple. Donc comme elle a été beaucoup sous pression,
09:24 qu'on a été beaucoup à la critiquer, qu'elle s'est fait
09:26 prendre à partie par des familles iraniennes
09:28 quand elle a essayé de s'incruster dans une manifestation,
09:31 elle essaie un peu de rétablir l'équilibre.
09:33 Mais il y a beaucoup de calculs politiques
09:35 derrière tout ça, malheureusement.
09:36 - Allez, on va faire une petite pause, on va continuer à parler
09:38 de gourous cette fois-ci.
09:40 On était quasiment avec les gourous avec Jean,
09:42 mais là on va continuer. - Les dérives sectaires.
09:44 - Voilà, exactement, les dérives sectaires, vous avez tout compris.
09:46 Repas et sourcils dans le punchline.
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