00:00 Europe 1, il est 6h42.
00:02 Où vont les stations de ski sous le soleil du réchauffement climatique ?
00:07 Un rapport de la Cour des comptes critique sévèrement leur choix d'investissement
00:11 qui ne prendrait pas en compte la hausse des températures.
00:14 On en parle ce matin sur Europe 1.
00:16 Avec votre invité, Alexandre Jean-Luc Bocque,
00:18 président de l'Association nationale des mers des stations de montagne,
00:22 maire de La Plagne.
00:23 Bonjour Jean-Luc Bocque.
00:24 Bonjour.
00:25 Les stations de ski ne prennent pas le virage
00:28 que nous impose pourtant le réchauffement climatique,
00:31 le virage de l'après-ski définitif.
00:34 Voilà la conclusion de la Cour des comptes.
00:36 Elle vous fait réagir Jean-Luc Bocque ?
00:38 Évidemment qu'on réagit, on réagit tous,
00:41 puisqu'on a été entendu pendant plusieurs heures sur le sujet
00:44 par les chambres régionales des comptes qui s'étaient réunies,
00:47 notamment en Marseille une première fois,
00:49 et ensuite directement dans les territoires.
00:52 Ce qui nous fait réagir surtout, c'est qu'on ne prend pas en considération
00:55 ce que les professionnels disent.
00:57 La première chose, ce n'est pas un problème de climat,
01:01 en ce moment c'est un problème de météo.
01:03 On ne nie pas ce dérèglement climatique, bien au contraire,
01:06 on est les premières victimes, on n'est pas les causes historiques de tout cela.
01:10 Mais ce qui nous pose vraiment problème aujourd'hui,
01:12 c'est la non-considération et la non-prise en compte des professionnels.
01:15 Maintenant, la France, si tous les secteurs sont des professionnels,
01:18 alors je n'ai plus rien à dire.
01:20 Alors les professionnels, c'est effectivement un secteur qui pèse lourd,
01:23 c'est 11 milliards d'euros, la filière ski et tout ce qui en dépense,
01:27 c'est 120 000 emplois, Jean-Luc Bocq, et c'est très important de le rappeler.
01:31 Je reprends quand même le contenu du rapport,
01:34 qui reproche aux stations de montagne l'obsession du "touski",
01:37 ça veut dire un modèle économique qui s'agrippe toujours à un loisir
01:41 qui est condamné à disparaître à plus ou moins long terme.
01:44 Mais on y va, Jean-Luc Bocq, ça c'est une réalité.
01:47 - La première chose qui est importante à dire à tout le monde,
01:50 et surtout à vos auditeurs,
01:52 c'est qu'aujourd'hui on sait que le modèle fonctionnera encore dans 50 ans
01:55 dans toutes les stations françaises,
01:57 mais que certaines qui sont en basse altitude, qui sont en versant sud,
02:00 qui pour de mauvaises raisons au fil du temps et par rapport à l'histoire,
02:04 ont été créées dans des endroits inadaptés.
02:06 Comme tout le monde, comme toutes les structures, comme toutes les sociétés,
02:10 il faut s'adapter, et ce dérèglement climatique
02:13 nous oblige à avancer un petit peu plus vite,
02:15 mais il n'y a pas d'inquiétude à avoir.
02:17 D'ailleurs, regardez tout simplement cet hiver que nous sommes en train de vivre,
02:21 il est juste exceptionnel en termes de fréquentation.
02:24 - Pas d'inquiétude à avoir.
02:25 Vous êtes en train d'affirmer que dans 50 ans,
02:27 je ne sais pas qui peut l'affirmer,
02:29 mais que toutes les stations de ski, on pourra encore skier partout.
02:32 À la plaine, c'est sans doute vrai,
02:33 parce que vous avez des pistes jusqu'au-delà de 3000 mètres d'altitude,
02:37 mais les stations de moyenne montagne
02:39 ont davantage de raisons de s'inquiéter, Jean-Luc Bocq.
02:42 - Alors pourquoi tout le temps cette verticalité ?
02:45 Pourquoi tout le temps faire d'un seul exemple
02:48 un exemple commun au niveau national ?
02:51 On a des stations qui sont implantées à 900 mètres d'altitude.
02:55 En versant sud, celles-ci, on sait pertinemment
02:57 que ça va être de plus en plus difficile, voire impossible en exploitation.
03:01 Encore qu'un dérèglement climatique,
03:03 l'hiver dernier, dans les Rocheuses aux Etats-Unis,
03:06 ils ont pris entre 15 et 25 mètres de neige,
03:08 donc ça veut dire qu'ils ont fait tout l'hiver avec un record d'endégement.
03:12 Donc ça veut dire que ce dérèglement, justement,
03:14 par définition, on ne sait pas ce que c'est exactement.
03:17 Mais en ce qui concerne la basse altitude,
03:20 bien sûr qu'il n'y aura plus de possibilité,
03:23 mais on a tellement de stations au-dessus de 1 500, 1 800 mètres,
03:26 voire 2 000 mètres, qu'il y a encore un bel avenir.
03:28 - Beaucoup de stations, un bel avenir, mais à base de canons à neige,
03:31 tout de même, parce que le recours à la neige artificielle,
03:33 alors on dit souvent la neige de culture maintenant,
03:35 est de plus en plus importante.
03:37 Est-ce bien raisonnable ?
03:38 Est-ce que ce n'est pas côtère sur jambe de bois,
03:40 ce recours permanent à la neige artificielle ?
03:44 - Je vous retournerai la question
03:47 en vous demandant de regarder le rapport de Samuel Morin,
03:50 ô combien reconnu et émérite,
03:52 qui missionné par la CDA a fait une étude
03:55 justement sur la station de la Plaine
03:57 pendant plus d'un an,
03:58 et qui prouve que les retenues collinaires et la neige de culture
04:02 n'ont pas d'impact négatif sur l'environnement,
04:05 bien au contraire, on utilise l'eau et on la restitue.
04:08 - Le lac d'Annecy, il atteint des niveaux bas historiques,
04:11 on continue à pomper pour garder les pistes de ski,
04:13 ça ne peut pas durer ça Jean-Luc Bocq ?
04:15 - Alors en ce moment on pompe, mais plutôt dans l'autre sens,
04:17 parce qu'il est trop haut.
04:18 On a eu tellement de précipitations en 2023
04:21 que les niveaux sont absolument hors normes.
04:24 Et une petite chose qui est importante,
04:27 et que personne ne dit,
04:28 c'est que 80% de l'eau qui descend des montagnes,
04:31 en finalité finit dans la Méditerranée,
04:33 quand on est dans les Alpes du Nord.
04:35 Donc elle est inutilisée par tout le monde.
04:38 Il faut avoir un raisonnement qui soit beaucoup plus serein,
04:41 beaucoup plus sain,
04:43 et une adaptation beaucoup plus fine par rapport au territoire.
04:45 On n'est pas tous pareils.
04:47 - Beaucoup plus serein, mais de plus en plus de stations
04:50 ne sont déjà plus en capacité d'atteindre l'équilibre d'exploitation.
04:53 Ça c'est pas moi qui l'invente.
04:54 Je cite encore le rapport de la Cour des Comptes, Jean-Luc Bocq.
04:58 - Est-ce que vous pourriez citer dans le rapport de la Cour des Comptes
05:01 les 42 stations, dont une dont je tairai le nom,
05:05 qui est fermée depuis 10 ans ?
05:07 Donc vous voyez, eux aussi font des erreurs,
05:09 mais pas tout le monde comme nous tous.
05:11 - On dit que la fin du ski pourrait intervenir dès le milieu du siècle,
05:13 à partir de 2050.
05:15 En tout cas, le nombre de journées skiables va chuter.
05:17 Vous n'êtes pas d'accord avec cette projection ?
05:20 - Alors, pour le moment, en tout cas pour l'instant,
05:23 on n'a pas une baisse significative du nombre de skieurs.
05:25 Bien au contraire.
05:27 Et 70% de la clientèle française qui fréquente la montagne est française.
05:31 Donc c'est plutôt important, c'est plutôt intéressant,
05:34 et c'est bon pour l'économie.
05:36 Et vous l'avez cité, il y a 120 000 emplois directs,
05:38 et environ 200 000 indirects.
05:40 Donc quelle est la structure, et aujourd'hui l'industrie,
05:44 qui peut se targuer de ça ?
05:46 Et surtout, quelle est l'industrie qui s'est projetée dans les 20, 30, 50 prochaines années ?
05:51 Je crois qu'il n'y en a pas beaucoup.
05:53 - En tout cas, on sent que ce rapport de la Cour des comptes
05:55 vous irrite considérablement.
05:58 Merci Jean-Luc Bocque, président de l'Association nationale des maires des stations de montagne,
06:03 ainsi que maire de La Plagne.
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