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00:02 RTL bonsoir, votre émission continue. Nous sommes le 6 février, journée internationale pour un internet plus sûr.
00:16 Et ce soir, on va en profiter pour s'interroger comment protéger nos enfants face au cyberharcèlement.
00:21 Je voudrais juste vous donner un chiffre ce soir, un seul, et je suis certain que de l'autre côté du poste, vous allez le retenir.
00:27 Trois quarts des jeunes français entre 13 et 25 ans ont déjà envoyé une photo d'eux dénudés et de manière consentie.
00:33 Notre invitée événement ce soir est donc une réalisatrice engagée. Bonsoir Andrea Bescon.
00:37 Bonsoir Julien Cellier.
00:39 Vous réalisez le premier volet de la série Télénudes, c'est sur la plateforme Prime Vidéo.
00:44 C'est une série qui interpelle, vous lancez d'ailleurs une tournée de projection dans des facs et des lycées.
00:50 Alors sur quatre épisodes, vous vous racontez l'histoire d'un étudiant en médecine accusé d'avoir posté sur le web la vidéo sexuelle d'une amie.
00:56 La vie de la victime, la vie de l'accusé sont bouleversées, c'est très fort, c'est nécessaire aussi.
01:01 Parce que par la fiction, on se dit qu'on peut peut-être aborder le sujet avec nos ados après l'émission.
01:06 Je crois que vous partez d'ailleurs à la Sorbonne-Jussieu pour une projection.
01:10 Qu'est-ce que vous attendez de ces échanges à venir avec les étudiants ?
01:13 Rien que d'échanger, de toute façon d'en parler, ça permet de déverrouiller beaucoup de choses, beaucoup de tabous.
01:21 Pouvoir aussi évoquer toutes les conséquences de ce type d'action qui est de poster une vidéo à caractère sexuel sur le net.
01:29 Généralement, c'est un coup de colère, c'est une vengeance.
01:33 Et on ne se rend pas compte, je pense clairement que les jeunes qui font ça, ou les hommes ou les femmes qui font ça,
01:38 puisqu'évidemment il n'y a pas que des jeunes qui font ça, ne se rendent pas compte à quel point tu condamnes la victime à quelque chose d'éternel.
01:46 Tu vas trouver cette vidéo toute ta vie sur le net.
01:51 Tu ne peux pas la retirer, aller télécharger, enregistrer, repartager.
01:55 C'est absolument tragique. C'est indélébile.
01:58 On partageait ce chiffre, trois quarts des ados ou des jeunes adultes qui ont déjà envoyé une photo dénudée.
02:05 On se dit finalement que c'est devenu banal. Votre série le montre finalement très bien.
02:10 Vous dites d'ailleurs que le personnage de l'accusé ne comprend pas à quel point c'est grave.
02:16 Il ne comprend pas. Comme il est accusé d'avoir mis sur les réseaux sociaux, de l'avoir posté sur internet,
02:21 c'est vrai que cette accusation-là le met vraiment en danger.
02:25 Après, le fait de prendre une photo ou une vidéo à caractère sexuel de manière consentie,
02:30 lui, il la filme sans son consentement. Il faut quand même le préciser.
02:34 On ne sait pas s'il est coupable de le mettre sur le net, mais en tout cas, il filme sans le consentement.
02:38 Mais au final, quand on voit que trois quarts des jeunes l'ont déjà fait,
02:41 moi j'ai quand même la sensation qu'on est plus sur une question d'outils que de génération.
02:45 Je pense que nous, nos générations, on aurait fait la même chose si on avait eu des outils comme ceux qu'on a aujourd'hui.
02:52 Avant, il y avait toutes les relations épistolaires, sexuelles, des sexos.
02:56 C'est peut-être pour ça aussi que le sujet est difficile à évoquer en famille.
02:59 C'est que les parents d'aujourd'hui ne prennent pas forcément la mesure du phénomène.
03:02 Les parents d'aujourd'hui, c'est la dernière génération qui a grandi sans smartphone, sans réseau social en quelque sorte.
03:08 Oui, et pourtant, ils l'auraient fait de la même manière.
03:11 Je pense qu'ils l'ont fait différemment avec d'autres outils.
03:14 Donc, il est important de ne pas stigmatiser la jeunesse.
03:17 Oui, trois quarts des jeunes qui l'ont fait, ce n'est pas si étonnant qu'aujourd'hui,
03:21 on parle énormément de notre image. Les réseaux sociaux sont toujours là.
03:25 Maintenant, il est important de le faire avec consentement.
03:27 Il est important surtout que les personnes qui reçoivent ce type de contenu
03:33 effacent tout de suite derrière, puisqu'on ne sait jamais si on peut perdre un portable.
03:38 Ce n'est pas tout le temps une question de vengeance, d'ailleurs.
03:40 Ça peut aussi être un portable perdu qui a des images en mémoire.
03:45 Donc, de toujours, toujours, toujours effacer ce type de correspondance sexuelle
03:49 et se rendre compte qu'en effet, pour la victime, quand ça se retrouve sur Internet, c'est absolument tragique.
03:56 Il y a une augmentation des suicides chez les jeunes filles depuis 2021 qui est absolument sidérante.
04:03 Il n'y a pas une surexposition au porno aussi.
04:06 On rappelle que 9% des ados regardent tous les jours, quotidiennement, du porno.
04:10 C'est ça, ils regardent à peu près 7 minutes par jour de vidéos pornographiques.
04:14 Donc, le souci, il est qu'on va faire ce type d'événements, on va parler avec la jeunesse,
04:20 partager tout ça et tout ce type de fléau.
04:24 Le problème, c'est que quand 9% des consommateurs de porno sont des jeunes de moins de 18 ans,
04:30 on sait ce que c'est que le porno aujourd'hui.
04:32 C'est des vidéos misogynes, le Haut Conseil à l'égalité a enquêté dessus.
04:36 Vidéos misogynes, ultra humiliantes pour les femmes, majoritairement pour les femmes.
04:41 Donc, il y a une reproduction ?
04:42 Il y a une reproduction, puisqu'en fait, nos jeunes apprennent aussi à faire l'amour,
04:46 en tout cas, à leurs actes sexuels.
04:48 Ils les apprennent aussi par le biais du porno.
04:50 Donc, on apprend à nos filles à se soumettre considérablement
04:54 dans tout acte sexuel possible, inimaginable, qui peut être ultra dégradant.
04:59 Et aux garçons, finalement, d'imposer des relations ultra violentes aux filles.
05:04 Et ça, c'est aussi notre problème d'adultes, c'est qu'on ne le prend pas très en charge.
05:09 Mais il n'y a pas que le problème des adultes, il y a aussi la difficulté de se faire entendre de la justice,
05:13 comme dans toutes les affaires de violence faites aux femmes.
05:15 Oui, oui, la justice, malheureusement...
05:17 On est sur tous les créneaux.
05:18 Oui, mais la justice, malheureusement, il faudrait une énorme réforme,
05:21 il faudrait un vrai portefeuille qu'on n'a pas aujourd'hui.
05:24 Ça fait des années, nous, qu'on le crie, les militants, les militantes à l'enfance.
05:28 Là, pour l'instant, on n'a même pas de secrétariat à l'enfance.
05:31 Non, on attend, là.
05:32 On attend, on attend, inlassablement, mais ça vient toujours dans un second temps,
05:36 voire troisième temps, voire jamais.
05:38 Pareil pour le numérique.
05:39 La France s'était engagée, par le biais du ministre du numérique,
05:43 à stopper, justement, à mettre en place un filtre pour la jeunesse,
05:48 pour qu'elle ne puisse plus accéder aussi facilement à des sites pornos.
05:52 Ils s'y étaient engagés pour septembre 2023, et c'est tombé dans l'oubli.
05:57 Voilà, c'est ce genre d'effet d'annonce.
05:59 Il y a beaucoup d'effet d'annonce sur la jeunesse, et malheureusement, ça ne bouge pas trop.
06:03 Vous avez évoqué le rôle des jeunes garçons,
06:05 et vous prenez d'ailleurs, dans votre série, le point de vue de l'accusé,
06:09 qui est un garçon, un étudiant très charismatique.
06:12 La clé, elle est là, dans l'éducation de nos garçons ?
06:15 Absolument, dans l'éducation de nos garçons et de nos filles, ça va ensemble.
06:19 C'est-à-dire qu'on ne peut pas...
06:21 Il faut toujours apporter de la nuance.
06:22 Nous, ce qu'on a voulu, avec les deux autres réalisatrices de Nudes,
06:25 Lucie Borleto et Sylvie Verret, c'est apporter cette nuance-là.
06:29 C'est jamais blanc ou noir, il y a vraiment une zone grise.
06:32 C'est-à-dire que les gens qui vont harceler, surtout quand ils sont très jeunes,
06:36 sont des personnes qui sont en souffrance à un endroit,
06:39 sans vouloir évidemment excuser tout.
06:42 Mais quand ils sont très jeunes, c'est qu'il y a un truc dans l'affectif
06:46 qui ne fonctionne pas et qu'il faut aller traiter.
06:48 Quand on demande qu'on vire les harceleurs et les harceleuses des collèges,
06:53 c'est important évidemment de les séparer des victimes.
06:56 Mais c'est des enfants qu'il faut accompagner pour les sortir de la spirale de la violence.
07:01 Donc oui, tout tient à l'éducation, à la prévention.
07:04 Tout tient aussi au retour du lien.
07:07 Je pense que créer des numéros verts ou juste des sites,
07:10 ça retire les enfants de ce dont ils ont besoin, c'est leur rapport humain.
07:16 Donc les faire appeler un numéro vert,
07:19 où finalement les écoutants et les écoutantes sont en sous-effectif en plus,
07:23 donc n'ont pas toujours accès ni à l'information ni à l'accompagnement,
07:26 c'est le serpent qui se mord la queue finalement.
07:29 Il faut vraiment retourner à l'humain et à la discussion entre les adultes,
07:32 les enfants et entre les enfants entre eux.
07:35 Qu'est-ce que vous avez envie de dire aux jeunes qui peut-être nous écoutent
07:38 ou peut-être à leurs parents qui nous écoutent aussi ce soir ?
07:40 J'inviterais vraiment les parents, vraiment, sans faire de promo pour la série,
07:44 mais cette série, ça permet quand même de créer le lien et encore une fois le dialogue
07:49 et de pouvoir, parce qu'on voit que les adultes sont très dépassés,
07:53 donc ça permet de se reconnecter aussi, de se mettre en immersion dans la vie de nos enfants,
07:57 donc de créer aussi le dialogue dans les familles,
08:00 et pas que dans les familles, des adultes qui n'ont pas d'enfants qui peuvent s'impliquer.
08:03 Et pour les enfants, dire en tout cas aux jeunes, aux victimes,
08:07 de leur dire évidemment que ce n'est pas de leur faute,
08:10 que même si elles ont envoyé des photos avec consentement,
08:14 ce n'est pas de leur faute,
08:16 qu'on peut ne pas être forcé aussi à le faire,
08:20 si on te le demande et que tu n'as pas envie de le faire, ne le fais pas.
08:23 Tu as le droit de dire non, c'est trop important de dire non.
08:26 Et pour les personnes qui postent, leur dire que c'est clairement indélébile
08:30 et que plus tard, ils seront peut-être parents d'une famille,
08:34 ils auront même des enfants éventuellement,
08:36 quelqu'un qu'ils aiment, avec un partenaire de confiance,
08:39 et que faire ça dans la vie quand tu as 16, 17 ans, 18 ans,
08:43 c'est aussi un nuage noir sur ta conscience.
08:45 Tu sais que tu as vraiment condamné quelqu'un,
08:48 et tu ne vas pas forcément te sentir très bien.
08:51 Sur l'instant, tu es content, ça t'a provoqué trois secondes de dopamine
08:55 parce que tu t'es vengé d'une personne qui t'a fait du mal,
08:58 mais les conséquences sont dramatiques et pour la victime,
09:01 et même pour toi qui l'a fait.
09:02 Merci beaucoup, Andréa Bescon.
09:03 Vous étiez ce soir notre invité événement.
09:05 La série "Nudes" est donc disponible sur Prime Vidéo
09:08 et elle permet d'ouvrir le débat sur ce fléau du cyberharcèlement
09:11 et de la sexualité sur Internet.
09:13 Je précise aussi que dix ans après sa création, votre spectacle "L'échatouille"
09:16 est aussi de retour au théâtre de l'Atelier à Paris pour dix dates exceptionnelles.
09:20 C'est à partir du 11 avril, et là aussi, c'est un spectacle qui permet
09:23 d'ouvrir un autre débat sur les enfants s'abuser.
09:25 Merci beaucoup, Andréa Bescon.
09:26 Ne bougez pas RTL, bonsoir, la suite c'est RTL Inside.
09:29 RTL vous emmène à Marseille où des squatters se sont emparés
09:32 d'une résidence toute neuve, histoire à peine croyable.
09:35 Et puis il y a la visoconférence d'Alex Vizorek.
09:37 Le menu ce soir, cher Alex ?
09:39 Je suis un passionné de royauté anglaise.
09:41 Vous savez.
09:43 Vous-même, vous êtes le sujet d'un roi.
09:45 Et bien sûr !
09:46 Restez avec nous, à tout de suite.
09:47 à très vite.
09:48 RTL
09:49 *Bruit de clavier*
09:49 [SILENCE]
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