00:00 - Bonjour Nicolas Bouzou. - Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:05 - Nicolas, vous nous alertez ce matin sur la situation dramatique des finances publiques françaises.
00:09 - Oui, le ministère des Comptes publics nous a donné les chiffres pour 2023, juste vendredi, donc on a une année pleine.
00:16 Et je vais analyser les chiffres avec vous pour qu'on comprenne bien l'enjeu, parce qu'au fond, quand on parle de la dette publique,
00:21 on dit "ça fait 110% du PIB". Quand on parle des déficits publics, donc non pas la dette, mais ce qu'on perd chaque année,
00:28 on dit "ça fait aux alentours de 5% du PIB". Bon, tout ça est abstrait. Alors, les chiffres que je vais vous donner,
00:34 je vais essayer de rendre ça le plus concret possible, concernent l'État. Il n'y a donc pas la Sécurité sociale ni les collectivités locales.
00:40 De toute façon, les collectivités locales, elles, c'est peu connu, mais elles sont à l'équilibre.
00:44 Elles n'ont pas le droit d'avoir des déficits budgétaires en dehors du financement des investissements.
00:49 Donc, en 2023, le déficit de l'État, c'est 170 milliards d'euros. C'est 22 milliards de plus que l'année dernière,
00:57 mais surtout, Dimitri, et c'est un point important, on est quasiment au niveau de 2020, l'année du Covid, l'année du "quoi qu'il en coûte".
01:04 Ça veut dire qu'on n'en est pas sorti du "quoi qu'il en coûte".
01:07 Exactement. Si on s'en tient aux chiffres, ce déficit, non seulement ne s'améliore pas, mais il est énorme.
01:14 Ce déficit, je le répète, il est de 170 milliards d'euros. Les dépenses de l'État en 2023 ont représenté 455 milliards d'euros.
01:22 Ça veut dire que 37% des dépenses de l'État sont financées à crédit.
01:27 Autrement dit, pour revenir à l'équilibre, voire être en léger excédent, il faudrait que l'État réduise ses dépenses de près de 40%.
01:35 Je vous rappelle que l'effort surhumain, je le dis de façon ironique, qui est prévu pour cette année, est très inférieur à un dixième de notre déficit.
01:43 Ce qui est prévu par le gouvernement comme baisse de la dépense publique, c'est nanoscopique par rapport à l'effort qu'il faudrait réaliser.
01:49 Est-ce qu'on peut continuer à ce rythme, Nicolas ?
01:52 Oui, on peut toujours continuer à ce rythme.
01:55 Simplement, comme l'État ne s'endette plus à 0%, comme autrefois, mais à 2,7%, ça veut dire qu'une part toujours plus importante de nos impôts va payer les intérêts de la dette.
02:06 Et en 2027, les intérêts de la dette, ce sera le premier poste de dépense de l'État devant l'éducation, devant la défense, devant la sécurité, devant l'écologie.
02:15 Voilà où nous mène la lâcheté financière, voilà où nous mène les déficits, à l'impossibilité de l'action publique dans tous les domaines.
02:23 Merci beaucoup Nicolas Bouzou, signature Europe 1, 7h23.
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