00:00 Moi je me sens nu quoi, je me sens nu sans mes tics.
00:03 J'en ai rien à foutre en fait d'être plus calme dans le métro ou dans le resto.
00:05 Moi le regard de l'autre, ça y est, il est derrière moi.
00:08 De l'âge de 4 ans à l'âge de 12 ans, on ne savait pas ce que j'avais.
00:11 Donc c'était terrible pour moi cette partie là,
00:13 parce que quand on se foutait de moi ou quand en classe on me disait
00:16 Jean-Baptiste qu'est ce que t'as, tout ça.
00:18 Mais je ne pouvais pas dire, je disais j'ai des tics.
00:19 Dès que j'ai appris moi que j'avais tourettes, ma mère et mon père,
00:22 ils étaient effondrés.
00:24 Mais moi, j'étais au meilleur parce que je pouvais dire ce que j'avais.
00:27 Enfin, je n'étais pas fou.
00:28 C'était quoi le pire pendant toute cette période ?
00:30 Le regard de l'autre, c'est tout.
00:31 Parce que le dimanche, il fallait que je réfléchisse
00:35 pour aller au cinéma avec mes potes, pour aller à McDo.
00:37 Donc là, on m'a soigné avec des neuroleptiques.
00:39 En fait, les neuroleptiques, les antidépresseurs agissent directement sur les tics.
00:42 Ça marche, mais il faut toujours augmenter les doses.
00:45 Donc en fait, j'ai tout arrêté parce qu'à la fin, j'étais à 4 cachets le soir.
00:48 Moi, j'étais vide et donc sans émotion, j'ai moins de tics,
00:51 mais sans émotion, je suis plus moi.
00:52 En moyenne, j'ai 35 000 contractions par jour.
00:56 En moyenne, ça fait beaucoup.
00:57 Dans mon tour aide, c'est pas comme un éternuement.
01:01 Mon tic, c'est pas comme un sursaut.
01:03 Mon cerveau, il décide.
01:04 Donc tout ce que vous voyez là, tout mon cerveau, il sait absolument tout ce qu'il fait.
01:07 Donc c'est épuisant parce que ça fait une information à gérer
01:10 et le tic à faire.
01:13 C'est mon cerveau qui décide de bouger le bras comme vous.
01:16 Quand vous bougez le bras, voilà, j'ai des courbatures tout le temps, toute ma vie.
01:19 Alors l'opération, j'en avais entendu parler par mon neurologue.
01:23 Donc là, en fait, j'ai commencé à avoir mal, donc des courbatures, tout ça.
01:26 Et je me suis dit bah allez, c'est bon, maintenant, je vais faire,
01:29 je vais faire cette opération.
01:31 Au réveil, j'avais plus rien.
01:32 Ça a marché parfaitement.
01:33 Ça marche physiquement.
01:35 Ça marche.
01:36 J'avais 80% de tics en moins, de contractions en moins.
01:39 Donc c'est comme si j'avais plus rien.
01:42 Ces deux électrodes qui sont sous la peau,
01:45 qui sont posées sur votre dans votre boîte crânienne.
01:48 En fait, là, ils sont là.
01:51 Là, vous avez un câble.
01:53 Pardon, vous avez un câble là et là, j'ai le boîtier qui est sous la peau aussi,
01:59 que je charge en induction normalement.
02:01 Donc, ce boîtier là, il alimente avec des impulsions électromagnétiques.
02:05 Ces électrodes là, et en fait, ça envoie des impulsions électromagnétiques
02:10 et ça vous calme, calme les tics.
02:12 Ça n'a pas fonctionné comme je l'aurais souhaité.
02:15 Alors mes proches étaient les plus heureux.
02:17 Ma mère, mon père, c'est trop bien, il n'a plus rien.
02:19 T'as plus mal aux tics, il va falloir t'inscrire là au sport, assis à ça.
02:23 Attendez, je suis juste pas bien.
02:25 Je l'ai cherché en fait mes tics, je l'ai cherché, clairement.
02:27 Encore une fois, c'est comme si j'étais né avec ça.
02:29 C'est quelque chose qui fait partie de moi.
02:30 J'avais ce fantasme de me dire, oui, si j'essaye pas ce truc,
02:35 je ne saurais pas ce que ça fait.
02:37 Au moins, je l'ai fait.
02:38 Au bout d'un an de l'opération, je me suis dit, je ne peux plus,
02:41 je ne me sens plus moi-même, je ne fais plus les mêmes activités qu'avant.
02:44 Je ne pouvais plus écrire, j'étais vide, en fait, j'étais comme sous antidépresseur,
02:48 mais tout le temps, de manière mécanique.
02:50 Et j'ai arrêté de charger.
02:52 Donc, en fait, une fois que c'est éteint, on ne peut plus le rallumer nous-mêmes.
02:55 J'ai revécu vraiment deux semaines après,
02:58 deux semaines après avoir désactivé mes trucs,
03:01 mes électrodes, j'ai vraiment revécu après.
03:03 Et je vais parler avec l'équipe
03:06 de mon neurologue bientôt pour voir si on l'enlève ou si on le garde,
03:10 ou si on le garde éteint, si on peut le rallumer plus tard.
03:12 Parce que c'est vrai que quand j'aurai peut-être 40, 50 ballets, j'aurai mal.
03:16 Peut-être que si je veux avoir des enfants, il faudra peut-être que je sois plus en forme physiquement.
03:19 Des fois, en fait, c'est la différence qui nous rend heureux.
03:22 Moi, je me sens nu, je me sens nu sans mes tics.
03:25 J'en ai rien à foutre d'être plus calme dans le métro ou dans le resto.
03:28 Et moi, le regard de l'autre, ça y est, il est derrière moi.
03:31 Maintenant, je suis dans une balance où je préfère avoir mes tics et peut-être souffrir,
03:35 mais peut-être me faire soigner avec du yoga, de la méditation, des médecines annexes.
03:40 Ça me fait du bien. J'ai envie de vivre.
03:42 J'ai envie de... Donc l'évolution, elle est là. Et pourquoi pas ?
03:46 Enfin, je voudrais encore plus parler de ça.
03:49 Alors, si quelqu'un vient me voir et qu'il veut se faire opérer, je lui dirai,
03:53 je lui dirai pas de ne pas y aller.
03:55 Je lui dirai, c'est ton cerveau, quoi, et tes émotions et tout.
03:58 Donc l'avenir, je ne l'imagine plus du tout sans tics,
04:01 parce que je pense que j'en aurai tout le temps et je les veux en plus.
04:06 Franchement, mon syndrome, il m'enlève beaucoup de choses,
04:11 mais il m'en donne énormément d'autres et c'est très intéressant
04:13 parce qu'il me donne des choses vraies.
04:15 La sensibilité, l'émotion des gens, l'amour, parce que moi, c'est où on m'aime,
04:18 où on m'aime pas.
04:19 Il y en a qui ne peuvent pas supporter le bruit, ils ne vont pas être à côté de moi.
04:22 [BIP]
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