00:00 — Bonsoir, monsieur. — Bonsoir.
00:02 — Là aussi, c'était important que les tracteurs bougent ce soir ?
00:05 — Oui, faut qu'on bouge, parce qu'on a marre d'attendre. Et vraiment, c'est chiant d'attendre.
00:11 — Oui, mais on va vous dire, c'est de la pure forme, là, parce que là, vous avez avancé. Les CRS le savaient.
00:15 — Un petit rapport de force pour montrer aussi qu'on est là. Ils sont là. Ben on est là aussi. Voilà, tout simplement.
00:21 — Mais vous allez rester sur la 6 combien de temps, encore ? — On sait pas. Tant qu'il faudra.
00:25 — Vous êtes motivé pour ça aussi ? — Ben oui.
00:27 — C'est le combat d'une vie, en ce moment ? — C'est pour ça que je suis là.
00:29 — Ben moi, ma vie, je l'ai faite. J'ai 65 années. Je suis pas là pour...
00:32 — Oui, ben alors justement, les crises agricoles, vous en avez connu, quand même.
00:34 — Ah ben bien sûr, oui. Je suis descendu plusieurs fois à Paris, évidemment. Mais...
00:38 — Qu'est-ce qui change, alors, avec celle-là ? — C'est la complexité de notre métier, les paperas, la réglementation,
00:46 les ennuis, les emmerdes qu'on nous fait, quoi, dans notre métier. On en a marre.
00:51 On peut plus rien faire sans demander la permission à personne. Ça va bien, quoi.
00:55 — Alors l'objectif... — On n'est plus un métier libéral. Vous voyez ce que je veux dire ?
01:00 — Aujourd'hui, par exemple, vous, vous dites « Ma vie, elle est faite ». Donc ce combat, vous le menez pour qui ?
01:04 Pour les jeunes ? — Pour ma fille, qui va reprendre. Voilà.
01:07 Là, je suis là pour ça. Je suis pour les jeunes, moi. Moi, je lui ai fait mon temps. Je m'en fiche.
01:11 Si, j'aimerais bien qu'il y ait une retraite un peu meilleure aussi pour les anciens.
01:13 — C'est-à-dire votre retraite. Vous, vous avez votre foncier, vous avez votre exploitation, je suppose.
01:17 — Non, on n'a pas tous un foncier, justement. Quand on est fermier, on n'a pas de foncier.
01:21 Donc on a la retraite. Heureusement qu'on arrive à faire des économies pour s'en assurer.
01:27 Sinon, on n'a pas grand de retraite. Moi, je vais partir avec 1 500 balles de retraite, avec toute ma carrière faite.
01:34 C'est pas énorme quand même, quoi. — Donc là, vous êtes là pour votre fille, pour la jeune génération qui arrive,
01:41 pour ceux qui travaillent et qui, vraiment, sont en train de crever ? — Ah bah oui, là. Oui, parce que moi,
01:46 je gagnais mieux ma vie il y a 20 ans, 25 ans que maintenant. Et j'ai 2 fois plus de surface.
01:51 Donc bon, voilà. Il faut arrêter tout ça, quoi. C'est une course, c'est une escalade, quoi.
01:55 — Qu'est-ce que vous pensez aujourd'hui des agriculteurs qui sont entrés dans un giste alors que Gérald Darmanin,
01:59 le ministre de l'Intérieur, avait dit « Non, non, pas question d'y aller ». — Ah, il y a deux écoles.
02:03 C'est vrai que c'est un symbole. Mais d'un autre côté, ça emmerde un peu les producteurs de la France,
02:08 les gens qui emmènent de la camelote, de la bonne camelote sur un giste pour nourrir Paris.
02:11 Et cela, demain, si on va demain ou après-demain, ils vont pas pouvoir bosser.
02:15 — Ils vont vous dire « Les gars, on est solidaires, on fait le même boulot. Nous aussi, on roule pas sur l'or ».
02:19 — C'est pour un giste qu'il faut emmerder. Il faut emmerder les centrales d'achat.
02:22 Eux, oui, ils sont responsables de pas mal de choses, évidemment. Il faut emmerder M. Leclerc, M. Carrefour, M. Auchan.
02:27 Là, oui, on va taper au bon endroit. — Mais qu'est-ce que vous voulez leur dire ce soir,
02:31 alors justement à M. Leclerc, M. Auchan, M. Carrefour ? — Qu'ils arrêtent d'importer n'importe quoi
02:35 et de nous bouffer la gueule et d'acheter nos produits au meilleur prix pour qu'on puisse vivre décemment
02:42 notre boulot, voilà, tout simplement. — Mais il n'y a pas une part de responsabilité du consommateur,
02:47 parce que vous avez le soutien de la population. 80% des Français sont derrière vous.
02:51 — Absolument, oui. — Mais en même temps, ces Français, ce sont eux aussi qui vont faire leurs achats
02:55 chez M. Leclerc, M. Auchan, M. Carrefour. — Oui, bah même nous, on va chez Leclerc ou Auchan, peu importe.
03:00 Mais il faut quand même qu'on paye les choses à leur juste valeur. On a marre de produits de la camelote
03:06 qu'on bazarde sur le marché et qu'on retrouve à des prix extraordinairement hauts dans les grandes surfaces
03:11 ou dans les magasins. Voilà. — Donc le concert de klaxon, là, tous les tracteurs qu'on voit ce soir,
03:16 le concert, il est pour qui, ce soir ? En fait, il est donné pour qui ? Pour Macron, pour Attal, pour l'Europe, pour qui ?
03:21 — C'est pour se donner un peu de courage à nous et de se dire « Eh ben on va y aller. S'il faut y aller, on ira en fanfare ».
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