00:00 Les loups gagnent du terrain en France.
00:03 Ils seraient désormais plus de 1000 sur notre territoire,
00:07 une population doublée en 5 ans.
00:09 Une très bonne nouvelle pour l'écosystème,
00:12 un peu moins pour les éleveurs.
00:13 22 brebis tués, donc je ne veux pas prendre de risque.
00:16 55 départements sont aujourd'hui en proie à des attaques de loups.
00:20 Ils étaient 31 il y a 5 ans.
00:22 L'État veut mieux protéger les éleveurs face à cette prédation
00:25 de plus en plus importante.
00:27 Il n'y avait aucun plan loup qui avait interrogé le statut de l'espèce.
00:29 C'est la première fois que c'est interrogé.
00:31 C'est un niveau zéro de responsabilité politique.
00:33 Quels sont les véritables moyens de protection ?
00:36 Suffisent-ils à accepter la présence des loups ?
00:39 Ça fait partie de ces races de chiennes qui ont été sélectionnées
00:42 pour protéger les troupeaux contre loups, ours.
00:45 Avec ce reportage, on a essayé de dépasser le clivage
00:48 qui sépare les pros des antiloups.
00:50 En fait, on a voulu répondre à une question centrale,
00:54 comment pouvons-nous cohabiter avec le loup ?
00:57 [Musique]
01:05 Voilà, on est arrivé. On est à Weville.
01:07 Je suis à la place de l'église de Weville.
01:09 On est près de Neuchâtel, c'est dans les Vosges.
01:11 Ici, c'est l'une des 120 zones de présence permanente du loup en France.
01:15 On a rendez-vous avec Claude Moureau, qui est un éleveur ici à Weville.
01:18 On a rendez-vous avec lui parce qu'il a déjà subi
01:20 des attaques de loups sur son exploitation.
01:23 Regardez par exemple, j'ai trouvé une photo de lui.
01:25 C'était en 2015. Il y a une pancarte avec écrit "Vive le loup"
01:28 et avec les carcasses de 6 moutons pendus à son engin.
01:31 En fait, il avait exposé ça aux yeux de tous
01:33 quand il venait de subir une attaque de loup.
01:35 Donc, on va aller en discuter avec lui parce qu'on va voir
01:37 comment a évolué la situation ici et comment il s'est adapté aussi
01:39 à la présence du loup dans le secteur.
01:41 On va aller le voir.
01:42 [Musique]
01:50 C'est ici que vous avez vos brebis, du coup ?
01:52 Voilà, ici il y a les brebis. Normalement, là, elles sont rentrées.
01:55 Pourquoi est-ce qu'elles sont rentrées ?
01:56 Parce que la sorcière n'a plus trop d'herbe.
01:58 Et puis, de toute façon, avec les attaques de loups la nuit,
02:00 je ne vais plus prendre de risques.
02:01 Je préfère qu'elles soient rentrées puisqu'elles vont annihiler au mois de mars.
02:05 Donc, je ne vais pas prendre de risques.
02:07 Claude m'explique avoir subi trois attaques successives en 2023.
02:11 À chaque fois, le loup lui a tué une brebis.
02:15 En 2015, j'ai donné. Il y a eu en tout 22 brebis tuées.
02:19 Donc, je ne vais pas prendre de risques.
02:21 À ce moment-là, c'était le loup qui avait tué vos brebis ?
02:23 Oui, le loup. Et puis après, il n'y a plus d'agneaux.
02:25 Le troupeau a eu des problèmes de prolificité et tout.
02:29 Et c'est notre gain-pain, donc on ne peut pas se permettre de prendre trop de risques.
02:32 Après ces attaques, en 2015, Claude a cherché le soutien d'élus locaux
02:36 et du ministère de l'Agriculture, notamment pour obtenir des aides financières.
02:40 Il s'est équipé de clôtures électriques, de pièges photos
02:46 et surtout d'un patou, un chien de protection.
02:49 Il s'appelle Marco et sa mission, c'est de défendre le troupeau face aux prédateurs.
02:54 Avant 2023, je n'avais plus d'attaques avec lui.
02:59 C'est bien, hein Marco ? Tu es un bon chien, tu protèges les loups.
03:02 Mais les récentes attaques annoncent un retour en force du loup sur les terres vaugiennes.
03:09 Pour l'instant, les pertes sont acceptables et heureusement,
03:12 car Claude ne sait pas vraiment comment il pourrait mieux se protéger du loup.
03:16 En partant de chez Claude, une question importante reste sans réponse.
03:21 La cohabitation entre les éleveurs et les loups est-elle seulement possible ?
03:27 Oui, allô monsieur Abel ? Bonjour, Emmanuel Décour, appareil journaliste pour Libération.
03:36 Je vous appelle suite à notre échange de mail concernant les loups, j'aurais aimé vous rencontrer.
03:40 Jean-David Abel est vice-président de la fédération France Nature Environnement.
03:44 Il vient de la Drôme, une zone de présence permanente du loup, comme les Vosges,
03:48 mais encore plus concernée par des attaques de loups sur des élevages.
03:52 Lui et son association travaillent en collaboration avec les éleveurs sur la question de la cohabitation.
03:58 Il y a beaucoup de pays mondiaux où le loup a des populations importantes et ça coexiste.
04:03 C'est-à-dire que des endroits où le loup a toujours été, dans le Caucase, dans les Balkans, sur la péninsule ibérique,
04:08 on coexiste, ce qui ne veut pas dire qu'on ne tue pas des loups.
04:11 Bien sûr qu'on tue, on prélève des individus, etc.
04:14 Mais on ne veut pas l'éradiquer.
04:17 Dans des pays comme le nôtre, où le loup avait été absent pendant presque un siècle, pendant quelques générations,
04:23 psychologiquement, culturellement, c'est plus difficile.
04:26 Et donc ça veut dire qu'il y a un travail à la fois d'apprentissage technique sur la protection des troupeaux,
04:32 mais aussi un travail d'accompagnement des éleveurs.
04:34 Justement, pour accompagner et protéger les éleveurs, l'Europe et la France veulent déclasser le statut du loup.
04:40 Ils passeraient d'espèces strictement protégées à protégées.
04:43 Il n'y avait aucun plan loup qui avait interrogé le statut de l'espèce.
04:46 C'est la première fois que c'est interrogé.
04:48 Ce qui permettrait de passer d'une logique de tir dérogatoire à une logique de prévention par tir de gestion.
04:52 L'idée, concrètement, c'est de faciliter les tirs sur les loups.
04:55 Faire croire, comme le font aujourd'hui le gouvernement, le ministère de la Culture,
04:59 que c'est comme ça qu'on va protéger et sauver le pastoralisme, c'est juste un mensonge.
05:04 Cette gestion de la présence du loup uniquement par les fusils ne permettra jamais que des milliers de tropeaux soient protégés du début de l'année à la fin de l'année.
05:12 N'importe quel responsable public doit tenir un discours de responsabilité qui est de "on va coexister avec cette espèce"
05:18 plutôt qu'on va vous en débarrasser, on va en tuer un maximum.
05:21 C'est un niveau zéro de la politique, de responsabilité politique.
05:25 Bon, alors en attendant d'avoir des solutions à la hauteur de l'enjeu au sommet de l'État,
05:32 on va aller voir des initiatives locales.
05:35 Parce que des éleveurs qui font en sorte que la cohabitation avec le loup se déroule du mieux possible, ça existe.
05:41 Bon, me voilà à la gare Montparnasse à Paris.
05:46 Je vais prendre mon train en direction de Bordeaux dans quelques minutes pour après me diriger vers Libourne.
05:53 J'ai rendez-vous avec un éleveur du coin de Libourne qui s'appelle Éric Gouthièrez,
05:56 qui pense beaucoup justement à la question de la cohabitation avec les loups.
05:59 Alors lui, il n'a pas encore subi d'attaque de loups, les loups ne sont pas présents encore dans sa zone.
06:03 Mais ça pourrait arriver dans les prochains mois et les prochaines années.
06:06 C'est pour ça que lui et d'autres éleveurs préfèrent anticiper cette question de la cohabitation.
06:10 Et c'est de ça que je vais aller discuter avec lui, donc je vais vite me dépêcher pour avoir mon train pour Bordeaux.
06:26 Salut les filles ! Doucement, doucement, doucement.
06:29 La plus âgée, à ma droite, maintenant qu'elle est à ma gauche, c'est un ail.
06:36 Et la plus jeune, Tia.
06:40 Pourquoi elles sont ici alors ?
06:44 Elles sont ici parce qu'elles font partie des moyens de protection qu'on met en œuvre.
06:52 Ça fait partie de ces races de chiens qui ont été sélectionnées au travers des âges pour protéger les troupeaux contre loups, ours, éventuellement rôdeurs.
07:01 Mais principalement pour les loups et les ours.
07:04 Le chien de protection, associé aux bergers et aux clôtures électriques, serait actuellement le trio le plus efficace pour se protéger des attaques de loups.
07:12 Vous choisissez donc d'anticiper la prédation en amenant des patous avant d'avoir été victime ?
07:17 Si vous voulez, nous on n'invente rien. On sait qu'on est en front de colonisation.
07:22 Dans la décennie prochaine, ou deux décennies, la totalité de l'Hexagone sera occupée par le loup.
07:27 Et parce qu'on a rencontré d'autres éleveurs qui, eux, pour le coup, sont en zone à loups ou à ours,
07:33 et qui subissent les attaques, on suit un petit peu leur parcours.
07:40 Donc avant de faire ça dans l'urgence et de se retrouver dans la même situation dramatique qu'ont vécu des éleveurs des Alpes et du sud-est de la France,
07:48 on a décidé de démarrer avant, pour être un peu plus serein.
07:52 Eric tente de faire entendre que cette anticipation des moyens de protection adaptés au territoire doit être la priorité,
07:59 bien avant les tirs qui ne doivent être qu'un moyen de défense complémentaire à la protection, dans les zones où la pression des loups est trop importante.
08:06 On doit retrouver la même réciprocité avec le loup que le loup a avec le ours ou avec le puma.
08:12 Ces animaux, dans la nature, ils ont un comportement qui leur sauve la vie d'ailleurs, c'est l'évitement.
08:19 Ils passent leur temps à s'éviter, et ils ne se rendent compte qu'à partir du moment où il faut qu'ils sauvent leur peau.
08:26 Si on trouve les moyens de faire ça, à ce moment-là on aura gagné.
08:30 C'est-à-dire qu'effectivement on pourrait avoir un cadre environnemental dans lequel on a un retour des grands prédateurs, et de l'élevage en plein air.
08:38 Eric place son positionnement comme la voie du milieu. Il refuse d'entrer dans les débats stériles des pros et antiloups.
08:45 Je crois qu'on ne peut continuer à compter que sur nous.
08:49 Et c'est bien ça, finalement, l'enseignement principal que l'on peut tirer de ces rencontres.
08:55 La cohabitation avec les loups est inévitable car leur propagation est importante.
09:00 Mais si les loups sont plus nombreux, le nombre de victimes dans les troupeaux reste stable depuis 2017.
09:05 Et dans les Alpes, où la prédation des loups est la plus intense, les troupeaux se maintiennent mieux qu'ailleurs en France.
09:11 La cohabitation est donc possible, mais la présence du loup reste quand même une véritable difficulté à gérer pour les éleveurs.
09:18 C'est justement pour cela qu'il vaut mieux anticiper la cohabitation et innover dans les moyens de protection.
09:24 Mais ce n'est pas la direction que semblent vouloir prendre le gouvernement et la Commission européenne pour le moment.
09:30 A notre échelle, une réflexion sur notre place en tant qu'être humain serait utile,
09:34 pour se rappeler que notre monde est aussi celui de milliers d'autres espèces avec qui on doit trouver les moyens de cohabiter, y compris avec le loup.
09:44 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
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