00:00 - Aujourd'hui à la prison de Villeneuve-les-Magalones, nous sommes ce matin dans le studio de France Bleu Héro
00:04 avec Adil Loudi, secrétaire adjoint de l'UFAP à la prison justement de Villeneuve-les-Magalones, Guillaume.
00:08 - Bonjour Adil Loudi, je vous vois consulter votre portable, vous êtes en train de prendre les dernières nouvelles, non c'est ça ?
00:12 - Bonjour oui c'est ça, exactement. On regarde un petit peu où en sont les collègues.
00:16 - Donc ça a commencé au moment où nous parlons, mouvement de blocage aujourd'hui donc à la prison de Villeneuve.
00:21 Pas de parloir famille, pas d'extraction de détenus pour les procès, il y avait des audiences de prévues ?
00:26 - Il y avait des audiences de prévues effectivement et du coup on a bloqué l'accès et la sortie de toute personne.
00:33 - Et personne ne va sortir ni entrer en dehors des urgences, évidemment des urgences médicales.
00:37 - Exactement.
00:38 - Alors qu'est-ce qui se passe Adil Loudi, pourquoi tout d'un coup ce mouvement de blocage ?
00:42 - Aujourd'hui en fait on a des surveillants et des camarades qui se sont mobilisés devant l'établissement
00:50 pour plusieurs raisons, la première raison c'est qu'ils sont usés.
00:53 On a des collègues et des camarades qui sont usés par ce qu'on leur demande de faire,
00:58 par une surpopulation carcérale, par un manque d'effectifs.
01:02 Alors pour avoir une idée aujourd'hui je vais vous donner quelques chiffres,
01:05 on a 21 postes vacants sur l'établissement.
01:09 - Sur un total de combien ?
01:10 - Sur un total de à peu près 150 surveillants.
01:14 - Ah oui donc c'est plus de 10% quoi, c'est 4%.
01:16 - Oui c'est ça.
01:17 On a des détenus qui souffrent de troubles psy qui sont dans notre établissement,
01:24 qui n'ont rien à faire en prison, qui devraient être dans des établissements spécialisés.
01:28 - Mais s'ils sont en prison c'est parce qu'ils ont été déclarés,
01:30 je dirais alors, pardon pour l'expression, mais aptes à la prison,
01:33 c'est-à-dire pénalement responsables, vous dites qu'ils devraient être dans des établissements spécialisés.
01:38 - Oui normalement mais ils ont quand même des troubles psy
01:41 qui fait que normalement ils devraient être dans un centre hospitalier adapté justement à leur pathologie.
01:48 - Et puis il y a cette série d'agressions, alors 4 agressions en 4 jours,
01:51 entre le 12 et le 16 janvier, toujours à peu près le même type d'agression ?
01:58 - C'est en fait, la cause c'est une surpopulation carcérale comme je vous ai dit,
02:06 donc des détenus qui se retrouvent avec des matelas au sol,
02:10 et forcément ça crée des tensions, à l'ouverture on est confronté à des agressions,
02:17 ce qui a pu avoir lieu sur les 4 derniers jours.
02:19 - En termes de surpopulation, la prison de Villeneuve-les-Maglones c'est à peu près 900 détenus pour 600 places ?
02:25 - Exactement, et aujourd'hui on est à peu près à 150% de surpopulation.
02:29 - Bon, j'ai l'impression, pardon de vous poser la question en ces termes-là,
02:34 Adil Oudim, j'ai l'impression que ces problèmes-là on en entend parler depuis des années.
02:38 Est-ce que ça s'est véritablement aggravé aujourd'hui ?
02:41 Est-ce que la tension est telle que les surveillants décident là, une journée comme aujourd'hui ?
02:46 Est-ce qu'il pourrait y en avoir d'autres derrière ? Quel est le contexte en ce moment ? Il est vraiment particulier ou pas ?
02:51 - On a un contexte qui est très tendu, j'ai rarement vu une surpopulation à ce niveau-là aujourd'hui.
02:55 On est à peu près à 40 matelas au sol, donc pour vous dire un petit peu l'étendue de la surpopulation.
03:03 Donc comme je vous l'ai dit, il y a des détenus qui présentent des troubles psy, un manque d'effectifs,
03:10 qui est quand même assez conséquent, des surveillants à qui on en demande toujours plus,
03:16 qui sont rappelés sur leurs jours de repos pour venir travailler.
03:19 Du coup, forcément il y a une conséquence à tout ça.
03:23 - Et pourquoi on demande à des surveillants de revenir travailler alors qu'ils n'auraient pas dû travailler ?
03:26 C'est parce qu'il y a un taux par exemple de congés maladie qui augmente ?
03:30 - Non, même pas, c'est par rapport au manque d'effectifs.
03:34 Sur la prochaine cape de mutation des surveillants, on n'a pas eu de surveillants,
03:39 on n'en aura pas pour la prochaine aussi.
03:40 Donc nous ce qu'on demande aujourd'hui, c'est du personnel,
03:45 des transferts automatiques qui se font après des agressions,
03:51 et des détenus qui soient placés dans des établissements spécialisés.
03:54 - Alors vous dites aussi que l'ouverture au mois de juin d'une structure d'accompagnement vers la sortie
03:59 pose aussi des problèmes aujourd'hui, expliquez-nous.
04:02 - C'est une mise en place, c'est une ouverture, c'est toujours compliqué.
04:05 - Oui, c'est quoi exactement ? Expliquez-nous de quoi il s'agit.
04:08 - De la structure d'accompagnement à la sortie ?
04:11 C'est un établissement qui est fait pour les détenus qui sont en fin de peine ou jusqu'à 24 mois.
04:18 Donc ils restent sur papier exactement au moins 24 mois de prison,
04:22 et à partir de 6 mois.
04:25 Et cet établissement est fait justement pour accompagner les détenus vers la sortie,
04:30 mais les détenus qui sont là-bas n'ont pas forcément le profil.
04:35 - C'est-à-dire ?
04:36 - C'est des détenus qui n'ont pas forcément l'envie de s'impliquer vers une sortie,
04:42 et du coup ça crée forcément des problèmes.
04:44 - Et ça crée des tensions supplémentaires ?
04:45 - Exactement.
04:47 - Alors j'imagine que vous ne vous êtes pas contenté de dire "bon allez, ce lundi",
04:52 on est le 22, merci, on va tout bloquer, des discussions,
04:59 un dialogue a été entamé avec votre administration, l'administration pénitentiaire,
05:04 qu'est-ce qu'on vous dit aujourd'hui ? Toujours la même chose que d'habitude ?
05:06 - Toujours la même chose, on va essayer de transférer les détenus,
05:10 on va vous apporter du personnel, ce qui n'est pas possible parce qu'on n'en a pas eu,
05:15 et pas plus, c'est toujours la même chose.
05:18 Donc là aujourd'hui il y a un ras-le-bol, il y a des collègues qui sont fatigués,
05:21 les camarades qui se sont mobilisés aujourd'hui,
05:23 c'est pour de réelles raisons, ils sont fatigués, usés, à bout de force.
05:30 À bout de force, et ça a des répercussions forcément sur même notre vie personnelle.
05:36 - Oui, surtout qu'ici à Villeneuve-les-Maglones, ou même à Nîmes, pas très très loin,
05:41 les détenus peuvent aussi venir d'autres établissements pénitentiaires,
05:44 il y a beaucoup de détenus marseillais je crois par exemple,
05:47 alors que vous dites à Marseille, les prisons marseillaises,
05:51 les Beaumet par exemple, sont beaucoup moins surpeuplées que les nôtres,
05:55 alors pourquoi ils viennent ici, pourquoi on les envoie ici ?
05:57 Est-ce que vous avez une explication ou pas ?
05:59 - À Montpellier, pardon à Nîmes, à la maison d'arrêt de Nîmes,
06:03 il y a un désencombrement qui a été fait justement, on n'écroule plus là-bas,
06:07 parce que son judiciaire a décidé de ne plus écrouler là-bas,
06:10 et tout a été renvoyé sur Villeneuve-les-Maglones.
06:12 Sauf que Villeneuve-les-Maglones absorbe les détenus des autres villes,
06:16 ce qui n'est pas possible, avec le manque d'effectifs qu'on a et le manque de place,
06:22 on a une capacité théorique de 600 et on se retrouve à 900, c'est énorme.
06:26 - Oui, là pour l'instant c'est une première journée d'action, il pourrait y en avoir d'autres ?
06:32 - Bien sûr, il pourrait y en avoir d'autres,
06:33 on poursuivra si jamais il n'y a pas de mesures qui seront prises.
06:36 - Oui, et comment la population carcérale,
06:38 alors évidemment pour l'instant on n'a peut-être pas le recul pour pouvoir répondre à cette question,
06:41 mais la population carcérale ou leur entourage, leur famille,
06:44 prennent une journée comme ça, ça ne risque pas de créer des tensions supplémentaires ?
06:49 - Aujourd'hui lundi il n'y a pas de parloir famille déjà,
06:51 donc déjà ça règle le problème par rapport à ça,
06:55 mais eux aussi, les détenus aussi, on le ressent, ça crée des tensions entre eux,
07:00 forcément se retrouver à quatre dans une cellule de 10 mètres carrés,
07:04 ça crée forcément des tensions.
07:07 - Oui, avec les surveillants et la sécurité des surveillants,
07:11 parce que c'est ça qui vous pose problème aujourd'hui.
07:13 - Exactement.
07:14 Merci Adil Loudi, secrétaire adjoint de l'UFAP à la prison de Villeneuve-les-Maglones
07:19 d'être venu nous expliquer ce matin les raisons de cette journée d'action
07:24 à la prison de Villeneuve-les-Maglones.
07:26 Bonne journée à vous.
07:27 - Merci.
07:27 - Et vous retrouvez cette interview comme toutes les autres,
07:30 comme tous nos invités en allant sur le site internet francebleu.fr.
07:34 Il est 8h19, vous êtes peut-être en voiture,
07:37 vous allez prendre la voiture, il y a des embouteillages,
Commentaires