Neila Latrous reçoit Éric Coquerel, président de la Commission des Finances à l'Assemblée nationale et député LFI, dans "Face-à-Face" sur BFMTV et RMC, ce vendredi 19 janvier 2024.
00:00 L'exécutif, Emmanuel Macron en particulier, a une idée, Éric Coquerel, pour augmenter les salaires.
00:05 Alors, pas partout, dans le public, c'est d'ajouter ou d'augmenter plutôt la part de mérite
00:11 dans la rémunération des fonctionnaires. Il l'a évoqué lors de sa conférence de presse mardi.
00:16 Est-ce que vous dites pourquoi pas ? Après tout, un fonctionnaire qui travaille bien, c'est normal qu'il soit mieux payé.
00:19 Mais ça revient à l'idée que les fonctionnaires aujourd'hui ne travaillent pas bien.
00:22 Et que ils gagnent...
00:23 C'est pas ce qu'il a dit.
00:24 Mais si, ça veut dire ça.
00:25 Si vous dites que la manière d'augmenter le niveau de vie des fonctionnaires, c'est de leur donner de l'argent à partir du moment où ils travaillent le plus,
00:32 c'est par exemple le fameux pacte pour les enseignants.
00:35 On va vous donner de l'argent si vous faites des heures en plus de devoir après vos cours.
00:40 Ça veut dire qu'on estime que vous gagnez assez pour ce que vous faites.
00:43 Eh bien, moi, je ne suis pas d'accord avec ça.
00:44 Je pense, par exemple, le point d'indice des fonctionnaires, il a été gelé dans ce pays depuis des années.
00:49 Donc déjà, payons les fonctionnaires correctement à la hauteur de ce qu'ils font.
00:52 Payons les soignants correctement.
00:54 Payons les policiers correctement, etc.
00:56 Et après, on parlera éventuellement peut-être de ce qu'ils pourraient gagner en plus.
01:00 Mais le problème, c'est qu'ils ne gagnent pas suffisamment par rapport à ce qu'ils font aujourd'hui.
01:03 Et c'est d'ailleurs pour ça qu'on a du mal à recruter des enseignants, du mal à recruter des infirmières, etc.
01:08 Vous parlez des infirmières.
01:09 Est-ce que ce ne serait pas normal ?
01:10 J'imagine une infirmière qui nous écoute ce matin, qui dit "moi, je suis très motivée dans mon travail.
01:16 Je suis contente d'aller voir mes patients.
01:18 J'arrive à l'heure tous les jours.
01:19 Je suis enthousiaste.
01:21 Ma collègue l'est peut-être un peu moins".
01:22 Et ce n'est sans doute pas de sa faute quand on voit, notamment dans l'hospitalier, l'état de l'hôpital.
01:26 Mais est-ce que ce ne serait pas normal que cette infirmière, au final, se dise "ah ben, finalement, j'ai un supplément de salaire".
01:32 C'est sans doute pas vrai.
01:33 C'est-à-dire que le Covid l'a montré.
01:35 Vous lui dites "vous n'avez aucun mérite à payer un peu plus".
01:37 Chacun sait, aujourd'hui, vous allez dans des hôpitaux aujourd'hui, chacun sait que le personnel soignant, c'est lui qui tient l'hôpital.
01:43 Et de manière globale, ce n'est pas quelqu'un qui travaille plus que quelqu'un d'autre.
01:46 Ils font un boulot énorme.
01:48 Ils ont fait un boulot énorme pendant le Covid, alors qu'ils avaient averti le chef de l'État avant que l'hôpital public était en train de craquer à force d'avoir fait des économies.
01:56 Ils l'ont fait en se construisant leur propre blouse, etc.
01:58 Mais donc c'est ce que vous êtes en train de dire, ils sont méritants, il faut les payer plus.
02:00 Non, la question, c'est bien sûr.
02:01 Non, il faut les payer plus pour ce qu'ils font aujourd'hui.
02:03 Voilà, aujourd'hui, par exemple, ils sont en dessous encore de la moyenne des soignants de l'OCDE.
02:08 Arrêtons avec ça.
02:10 On pense que c'est des métiers essentiels.
02:11 On a raison, on les paye plus.
02:13 Mais ce dont on parle là aujourd'hui par rapport aux infirmières, par rapport aux enseignants, dont vous savez aussi que 3000 postes ont été vacants au début de l'année
02:21 parce que les gens, ils n'ont plus envie d'aller faire un métier où ils se retrouvent devant 30 élèves par classe ou 26 en collège
02:27 et qu'ils ont un métier très dur, mal payé, qui les oblige en plus à se déplacer très souvent, parfois entre plusieurs collèges.
02:33 Payons davantage le travail.
02:35 Justement, moi, c'est ça que je propose.
02:37 Non pas de dire on va les payer plus s'ils ne travaillent plus.
02:41 Payons le travail aujourd'hui plus, ce qui veut dire qu'au niveau du partage des richesses, je vous le répète, on rémunère un peu moins le capital.
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