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00:02 RTL événement
00:06 Et l'événement ce matin sur RTL c'est cette enquête édifiante sur les grands oubliés des règlements de compte à Marseille. Les enfants, oui,
00:12 les enfants qui voient mourir leurs proches parfois
00:15 sous leurs yeux alors que le procureur de la république doit dresser aujourd'hui le bilan d'une année record au moins
00:20 47 morts. Le bureau RTL de Marseille a rencontré plusieurs de ses victimes collatérales. Bonjour Etienne Baudu.
00:27 Bonjour Amandine, bonjour Yves, bonjour à tous. C'est un sujet dont on ne parle jamais et pourtant le traumatisme de ces enfants est bien réel.
00:34 Des blessures psychologiques invisibles mais qui ont évidemment un impact sur leur vie de tous les jours.
00:39 Oui, ces enfants qu'on a croisés parlent en réalité assez librement de ce qu'ils ont vu, des scènes parfois insoutenables.
00:45 Par exemple le 13 août dernier, cité de la Caillolle dans les quartiers sud, il est 22h30,
00:50 il fait chaud, les fenêtres sont ouvertes. Ahmed, 9 ans, assiste à l'assassinat de son grand frère juste devant chez lui.
00:57 J'étais en train de regarder la télé, après j'ai entendu "trois jetés de pétards".
01:02 J'ai regardé, le mec il s'est garé devant ici et là il y avait mon frère.
01:06 Après ils ont tiré sur lui, j'ai dit à ma mère, les gens disaient "appelez les pompiers, appelez les pompiers".
01:11 Et depuis ce jour là, ma mère, des fois elle est malade, des fois elle nous dit de ne pas sortir.
01:16 Autre exemple parmi tant d'autres, au début du mois de juin dernier, cité du Castellas dans les quartiers nord cette fois-ci,
01:22 il est 21h30, Mehdi, 13 ans, rentre chez lui avec son petit frère.
01:25 Les mecs sont rentrés dans la mosquée, ils l'ont préparé les cheveux, ils l'ont sorti, ils l'ont tiré dessus dehors, devant la mosquée.
01:31 Mon frère il a tout vu. C'est entre eux normalement ça, mais moi j'ai juste peur des balles perdues.
01:35 Des scènes effectivement terribles. Etienne, ces enfants sont-ils pris en charge et comment ?
01:41 Les premiers à intervenir ce sont les psychologues, des cellules d'aide psychologique,
01:45 dépêchés sur place juste après une fusillade mortelle ou un règlement de compte.
01:48 A Marseille c'est principalement l'AVAD, l'association d'aide aux victimes d'actes de délinquance.
01:53 Ils interviennent à chaud. Alors bien entendu chaque cas est particulier, mais certains symptômes traumatiques reviennent fréquemment.
01:59 Les cauchemars, le refus de dormir seul, les difficultés de concentration à l'école, les troubles de l'alimentation,
02:04 la perte d'appétit ou au contraire la boulimie et parfois même des phénomènes de régression.
02:09 Lisa est psychologue au pôle d'urgence de l'AVAD.
02:12 Ça peut être par exemple un enfant de 5 ans qui veut remettre sa tétine, un enfant qui va commencer à perdre un petit peu le langage,
02:19 qui va vouloir s'alimenter uniquement de purée ou de biberon.
02:21 Ces symptômes-là peuvent marquer après l'enfant dans sa personnalité, dans son fonctionnement psychique sur du plus long terme.
02:27 Mais oui parce que ces blessures invisibles j'imagine Etienne qu'elles ont sans doute des répercussions à long terme.
02:33 Évidemment cet environnement d'une extrême brutalité conditionne en partie ces enfants avec une violence sous-jacente
02:38 qui se banalise chez certains d'entre eux, c'est ce que nous explique Johanna, elle aussi est psychologue au pôle d'urgence de l'AVAD.
02:44 Ça peut être qu'eux-mêmes peuvent être violents sans avoir conscience qu'ils sont violents,
02:49 ça peut être des violences verbales, pas forcément passées à l'acte sur un plan physique ou intégrée à un réseau.
02:55 Ça peut être, je peux parler fort, je peux être un peu dans l'insévisme mais sans forcément rendre compte que là je suis dans la violence
03:03 parce que si j'ai connu le summum de la violence que je l'ai banalisée, après si je manque de respect à quelqu'un, je ne me rends même pas compte que je le fais.
03:12 Etienne, vous nous l'avez dit, il y a une prise en charge d'urgence sur le moment, qu'en est-il de la suite à moyen et long terme ?
03:18 Et c'est bien là que le bas blesse, d'abord il faut bien le dire, les parents sont assez réticents à envoyer leur enfant chez le pédopsychiatre
03:24 et puis les structures d'accueil sont trop peu nombreuses. Nina est présidente de l'association Cheba, installée citée de la Busserine,
03:30 théâtre de plusieurs fugiades et règlements de comptes.
03:32 Pour moi, il faut qu'il soit de suite vu par un spécialiste, mais le problème c'est qu'il n'y a pas de rendez-vous, ça peut mettre des mois et des mois,
03:37 et après c'est cher, c'est pas remboursé un psychologue libéral, et voilà, ça serait bien quand même de peut-être, dans des cas comme ça,
03:43 de faire un suivi gratuit pour ces enfants-là, mais un vrai suivi, pas deux cellules de crise et après on arrête.
03:48 Voilà, des psychologues et des psychiatres libéraux trop peu nombreux dans les quartiers nord devenus des déserts médicaux
03:53 et des centres médicaux psychologiques gratuits mais débordés, entre un an et un an et demi d'attente pour un premier rendez-vous.
03:59 Or le temps est précieux pour les enfants, il faut agir le plus vite possible pour éviter des répercussions irrémédiables,
04:05 pour cicatriser ces blessures invisibles.
04:07 Les enfants grands oubliés de ces règlements de comptes à Marseille, c'est une enquête de notre bureau de Marseille,
04:12 Étienne Baudu, Hugo Hamelin et Manon Meyère. Merci à tous les trois.
04:15 Merci à tous les trois.
04:16 [SILENCE]
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