00:00 ...
00:07 -On sait que le circuit, c'est l'argent, le nerf de la guerre.
00:12 Qu'est-ce que ça fait, à 32 ans, d'avoir l'assurance
00:15 de toucher le plus gros chèque de ta carrière ?
00:18 ...
00:23 -Ca fait évidemment plaisir.
00:26 Ca fait évidemment plaisir.
00:28 Après, quand j'ai repris,
00:30 c'était l'objectif de faire les Grands Chlems.
00:33 Je savais que j'avais le niveau,
00:35 donc je savais que c'était une étape
00:37 qui allait arriver dans la conquête des Grands Chlems.
00:41 Ca fait évidemment plaisir, ça fait du bien,
00:44 parce qu'il y a énormément d'argent investi sur la table.
00:47 Mais bon, j'y pense pas non plus de masse.
00:50 Vraiment, pour moi, le grand kiff,
00:53 c'est de rentrer dans Melbourne, sur le complexe,
00:56 et de taper des balles et de faire un match.
00:58 Plocher la case et faire le straight du 24.
01:02 Le prix en soi, c'est cool, c'est une conséquence,
01:05 mais c'est pas ce que je pense en premier.
01:08 -En avril 2020, tu nous avais expliqué qu'il fallait faire un choix.
01:11 C'était jouer sur le circuit français et gagner ta vie,
01:15 ou faire 2 à 3 ans sur le circuit ATP
01:18 et essayer de jouer les qualifs de Grands Chlems.
01:20 Là, on y est.
01:22 Ca s'est peut-être joué à rien, finalement.
01:24 Mais c'est ce qui a fait pencher la balance du bon côté pour en arriver là.
01:28 Est-ce que t'étais vraiment proche de te consacrer qu'au CNJT ?
01:32 -Alors, en fait, il y a eu...
01:36 Je sais pas si vous le saviez, sûrement pas,
01:39 mais en 2020, quand il y a eu le Covid, là,
01:44 donc en mars, février-mars,
01:47 je l'ai fait finale à l'Open de Caen en 2019, en décembre.
01:51 Là, je jouais vraiment très, très bien.
01:53 J'ai fait le futur de bagnole de l'Orne en 2020, en janvier, j'ai gagné.
01:57 Et là, je donnais des cours, moi, à l'époque, à Montrouge,
02:01 au CAM, vers Paris.
02:03 Et j'ai voulu reprendre le circuit.
02:07 Je m'étais inscrit en Angleterre, etc.
02:09 Et là, il y a eu le Covid, donc impossible de partir.
02:12 Et puis après le Covid, cette envie m'est passée.
02:14 Et puis après, quand j'ai définitivement repris
02:20 en février à Cherbourg, en 2022,
02:23 donc l'élément d'éclat de chœur, c'est ça que tu me demandes.
02:28 L'élément d'éclat de chœur, ça a été l'Open de Caen.
02:32 L'Open de Caen, évidemment que j'ai gagné.
02:35 Je me bats 3 top 50, ce qui était juste un miracle, on va dire,
02:40 même si pour eux, c'est pas l'objectif de l'année.
02:42 Je sais pas si c'était à 100 %, c'est pendant leur période de frontière,
02:45 mais mine de rien, sur le terrain, il faut quand même les battre.
02:48 Donc ça, c'est génial.
02:51 Cet engouement qu'il y a eu avec cette chaîne YouTube qu'on avait déjà,
02:55 et tous les messages positifs, les commentaires sympas,
02:58 reprendre la TP, etc.
03:01 J'ai fait peignot de l'or, je me suis baissé,
03:04 je suis parti à Dubaï 5 jours voir un ami qui habite là-bas.
03:08 On a parlé un peu de mes ambitions sportives,
03:11 en CNJT, c'est vrai que c'était un peu limité,
03:13 de la chaîne YouTube, qui pourrait être un super boost
03:17 pour m'aider justement et prendre mon élan sur la TP,
03:20 et aussi pour mon après-carrière.
03:23 Donc voilà, c'est le mix des deux qui m'a fait reprendre.
03:27 C'est l'enjeu sportif, le fait qu'effectivement, en 2015,
03:31 avant mon arrêt, je pense que j'avais pas coché toutes les cases
03:36 que j'aurais dû cocher, faire les 4 Grands Chelens,
03:39 ce qui est un rêve pour toujours Tannis, je pense.
03:41 Et j'en avais le niveau, j'avais le classement.
03:45 Donc voilà, faire les 4 Grands Chelens,
03:48 essayer de monter avec un classement, voilà, top 150, top 200 déjà,
03:53 battre mon meilleur classement d'avant, top 200,
03:56 et puis pourquoi pas, si tout se passe très bien,
03:59 ça peut aller très vite, pourquoi pas top 100 ?
04:01 Et puis faire les 4 Grands Chelens, voilà.
04:03 Open de camp, plus chaîne YouTube, le mix des deux,
04:06 plus tous les gens qui me suivent et qui m'ont envoyé
04:09 des commentaires vraiment sympas, voilà, tout ça.
04:13 -Je voulais revenir sur ton premier voyage en Océanie.
04:16 J'ai une question un peu anecdotique,
04:18 mais est-ce que tu avais eu accès à Melbourne Park
04:21 lorsque tu étais en dehors du Côte ?
04:23 Et deuxième petite question, ce sont des 3e Cahiers de Chelens,
04:27 si tu devais regarder tes matchs de l'époque,
04:29 c'était quoi, ça remontait à une dizaine d'années,
04:32 est-ce que tu dirais si c'est le jour ou la nuit
04:33 ou est-ce que le même joueur est en quel domaine que tu as progressé ?
04:37 -Alors, oui, je suis allé à Melbourne en 2015,
04:42 en tant qu'alternate, j'avais un badge alternate,
04:44 j'attendais qu'il y ait un joueur ou deux qui fassent forfait.
04:48 Donc j'ai pu jouer, j'ai pu accéder au stade, bien sûr,
04:51 j'ai pu jouer sur les cours, sur l'art...
04:54 Non, je confonds avec le Cévennes.
04:56 Mais oui, j'ai pu m'entraîner,
04:58 d'ailleurs, j'ai publié encore des vidéos et des photos.
05:01 Je me suis entraîné, j'avais accès au vestiaire alternate.
05:05 Alors, il y a un vestiaire pour les genres de double et alternate,
05:08 il me semble que c'est ça.
05:11 Je sais pas si je confonds avec New York,
05:12 parce que l'USC Cévennes aussi, du coup, j'y suis allé pour rien,
05:15 je sais pas m'entraîner une place près.
05:17 Mais voilà, non, j'ai pu jouer, accéder au stade, ouais.
05:21 Et il y a une deuxième question ? Non, je sais plus.
05:24 Ah oui.
05:25 -Il y a rien de genre ou pas ?
05:26 -Alors, en fait, à Roland-Garros, c'était un peu spécial,
05:29 parce qu'en 2013,
05:31 j'avais joué pendant presque un an et demi que sur dur, en futur,
05:37 parce que la table là-dessus, c'était vraiment pas ça.
05:39 Et puis sur dur, je me sentais un petit peu mieux.
05:41 Donc j'arrive à Roland, je joue sur dur pendant un an et demi,
05:43 très compliqué, puis je joue du Zanajovic,
05:46 le serbe qui fait finale à Monte Carlo, Master 1000,
05:48 donc qui fait pas bien, qui est monté de 30, tout est de 25.
05:51 Donc déjà, tirage pas facile.
05:53 J'avais pris, je crois, je reprenais 6-0, 1-0 au break,
05:55 et finalement, après, je me suis un peu...
05:57 J'ai un peu mieux joué, j'ai perdu 7-5, en dernière balle de 7.
06:01 Et 2015, pareil, je fais Roland, je joue en espagnol,
06:05 que j'ai battu deux fois sur dur.
06:07 Et en fait, je suis blessé, j'ai le syndrome de l'essuie-glace,
06:10 c'est le petit truc qu'il y a à droite du genou,
06:14 qui m'empêche de courir pendant deux semaines avant de faire Roland.
06:18 Et je m'entraîne une seule fois en 15 jours avec un mec à 15-30, un pote.
06:22 Et je vais sur le cours, et là, incroyable, aucune douleur.
06:25 Je casse à 5-3, en crampant au mollet gauche et droite,
06:29 je crois, à 5-5 au 3e, parce que tellement pas de physique en deux semaines.
06:33 Et évidemment, en 10 ans, énormément d'expérience.
06:39 L'Open de Corn m'aide beaucoup,
06:41 parce que c'est un énorme stade, un énorme complexe,
06:44 et c'est ce qui fait, personnellement, le plus "peur",
06:48 c'est de jouer devant énormément de personnes, c'est impressionnant.
06:52 Donc je pense que ça va m'aider, je pense, dans cette aventure de l'Australie.
06:59 Donc non, je ne suis pas le même joueur, je joue, je pense, aussi bien,
07:03 peut-être encore un peu plus mature, évidemment, plus d'expérience.
07:06 Et j'espère que ces années d'Open de Corn et de tournois futurs et challengers
07:13 vont m'aider à bien gérer les émotions là-bas.
07:16 -Bon, l'Open Australie arrive,
07:18 mais j'imagine que tu te projettes peut-être sur les 4 Grands Chemins qui vont arriver.
07:24 Est-ce que tu t'es déjà mis à rêver du cours 14, par exemple, en calife à Roland ?
07:29 On sait que l'ambiance, elle est monstrueuse, tu as de la notoriété.
07:32 Est-ce que tu t'es déjà imaginé au milieu de l'arène avec une ambiance de dingo ?
07:37 -Complètement, complètement.
07:41 Le cours 14, ouais, ouais, je me suis complètement déjà imaginé dedans, quoi.
07:45 Et ça me fait des frissons, rien que d'en parler, c'est ouf.
07:48 Donc ouais, ouais, je me suis projeté, je sais combien de points j'ai à défendre pour le faire.
07:52 Je sais que si je déconne pas, si je suis sérieux, je vais le faire.
07:56 Donc voilà, je me suis évidemment projeté.
07:59 J'ai eu d'ailleurs des idées de t-shirts à distribuer à tous les breakers sur place, dans la foule.
08:10 Des t-shirts, vous savez, avec la balaie de cœur.
08:13 Donc ouais, j'ai eu plein d'idées, je me suis déjà projeté, j'ai déjà des frissons.
08:16 -Qu'est-ce qui prime chez toi aujourd'hui ?
08:21 Est-ce que c'est la fierté d'avoir réussi ça ?
08:23 Est-ce que c'est du soulagement ?
08:25 Est-ce que c'est une petite revanche aussi, au fond, pour toi ?
08:27 Voilà un petit peu ton sentiment général d'avoir réussi cette mission-là.
08:31 -Franchement, de la fierté en premier.
08:34 C'est sûr que de repartir de zéro à 30 ans,
08:39 et en ayant en plus un barème sur les points TP plus difficiles qu'à l'époque,
08:44 en ayant des joueurs aussi entre, on va dire, 400 et 1500, beaucoup plus forts qu'à l'époque,
08:51 et réussir ça en ayant fait justement une première année en 2022 où je n'ai pas gagné un titre.
08:57 Même en ayant fini qu'à le top 500, pas gagné un titre.
09:01 Je savais qu'il fallait en gagner au moins, si j'étais en futur, au moins six.
09:06 Ce n'était pas évident.
09:08 Donc l'avoir fait, grosse fierté.
09:11 Je suis super content, je suis soulagé, je suis heureux.
09:14 Et puis petite revanche, évidemment, je l'ai dans un coin de la tête
09:19 pour tous ceux qui n'y ont pas cru et qui m'ont un peu descendu.
09:22 Mais ça, ça passe vraiment en second plan.
09:24 D'abord, et aussi revanche, parce qu'en 2015, je ne sais pas si vous le savez,
09:28 quelques-uns, oui j'imagine, j'étais allé en Australie pour rien.
09:31 J'avais fait Adelaide, Auckland, et je n'étais pas rentré à deux places près à Melbourne,
09:36 sachant que j'étais 262e mondial et que tous les ans, toutes les années précédentes,
09:42 ça rentrait à 300, 310.
09:44 Mais cette année-là, en 2015, ils ont commencé à payer les billets d'avion pour tous les joueurs.
09:48 Du coup, il y a eu beaucoup plus de joueurs qui sont venus et le cut était beaucoup plus fort.
09:52 Donc là, c'était vraiment pas de chance et ça m'a un peu attristé.
09:56 Et c'est vraiment un gros gré que j'avais eu pendant ces six années de CNGT,
10:01 après mon arrêt.
10:04 Donc là, fierté, revanche envers moi-même et puis, super content.
10:08 - Du coup, en tant que 226e, statistiquement, tu situes tes chances où d'accéder au tableau final ?
10:14 - Alors, je n'ai pas regardé les stats, donc je ne sais pas,
10:18 mais je pense que j'ai une chance sur deux d'intégrer le tableau.
10:23 On est 129 joueurs, je ne sais plus, 129 joueurs.
10:31 Franchement, on ne sait plus.
10:34 Et je vous l'ai montré toute l'année dans les vidéos,
10:36 c'est qu'à Maillorque, je joue un 117 mondial, je gagne 6-1, le mec fait plein de fautes.
10:41 Trois semaines après, je vois un mec qui a 800, il me met 6-3,
10:46 pas une faute, il joue grave.
10:48 Il y a réellement très, très peu de différence entre un mec qui est 100
10:54 et un mec qui sera 230, du coup.
10:58 Il y a très peu de différence.
10:59 En fait, la différence qui va se faire, ce n'est pas sur le tennis,
11:01 c'est sur la capacité à gérer les émotions,
11:05 la capacité à gérer la chaleur et la récupération, bien dormir.
11:12 Mais tennistiquement, on sait tous faire un couloir, un service,
11:15 on sait tous servir à 200, on sait tous faire un couralon de la ligne.
11:17 Alors c'est sûr qu'il y aura des joueurs qui sont 105, qui ont été 50.
11:22 C'est sûr, peut-être qu'ils ont un petit truc en plus, je n'en sais rien,
11:26 mais n'empêche que Calife de Grandchelem, tout peut se faire.
11:30 Et on a déjà vu plein de surprises.
11:33 On a déjà vu des lucky losers arriver au troisième tour d'un Grandchelem.
11:36 Je ne sais plus à quel temps, on a déjà vu deux lucky losers se jouer
11:41 au troisième tour d'un Grandchelem, je crois que c'était à Wimbledon,
11:42 mais je ne sais plus qui c'est.
11:43 On a déjà vu Karadzeff qui s'est qualifié et qui a fait demi-finale.
11:48 Enfin voilà, tout est possible, il faut juste y croire.
11:52 Qui croyait que j'allais me qualifier à l'Open d'Australie en partant de non-classé ?
11:57 Qui croyait que j'allais me qualifier à l'Open d'Australie après ma blessure ?
12:00 Et pourtant, je suis là, je vais le faire.
12:03 Donc en vrai, c'est juste dans la tête, il faut juste y croire.
12:06 Et puis bien sûr, tu peux perdre au premier tour 6-2, 6-2,
12:11 mais ça n'aura pas de grande valeur en vrai.
12:14 Je prendrai match par match et puis on fera les comptes au final.
12:23 Et puis si je perds au premier tour, l'année prochaine, je ne serai pas au second,
12:26 l'année prochaine, je me qualifierai.
12:27 Je rebondis justement sur ton statut de YouTuber.
12:32 Je voulais savoir un petit peu sur le circuit à l'époque, comment ça a été accueilli ?
12:37 Est-ce qu'il y a des joueurs qui t'ont pris un peu pour un dingo de filmer tout ça
12:41 et de vouloir relier tout ça ?
12:42 Et auprès des fans aussi, j'imagine que maintenant,
12:45 tu dois avoir des anecdotes où on te reconnaît dans la rue,
12:47 alors que peut-être normalement, ce serait moins le cas.
12:50 Et dans les tournois, est-ce que tu as senti un engouement vraiment monter
12:53 ces dernières semaines autour de toi ?
12:56 Alors oui, quand je l'ai repris, on a mis un peu le paquet sur développer la chaîne.
13:04 Effectivement, maintenant, il y a Baptiste.
13:08 Je venais en tournoi avec un vidéaste, en étant, je crois, 1300 ATP.
13:14 Il y avait Léo Poulain aussi qui s'occupait de développer un peu mes réseaux sociaux,
13:17 donc TikTok et Instagram.
13:22 Alors mon frère aussi est venu sur quelques tournois.
13:25 On a été trois plus un ostéopathe, Florian.
13:29 Donc on a été quatre plus moi cinq, avec la caméra arrivée sur moi tout le temps
13:34 sur toute ma team un petit peu.
13:36 Je revenais en qualif en 15 000.
13:38 Donc c'est sûr que là, en France, les gens m'ont regardé,
13:41 sachant qu'en fait, les joueurs me connaissent.
13:43 Ils savent que j'ai gagné le Pem de camp.
13:44 Ils savent que je ne suis pas, entre guillemets, n'importe qui.
13:48 Je ne suis pas un mec qui…
13:49 Enfin, je suis un mec qui vit des grands chelèmes et c'était plausible.
13:55 Ce n'était pas incohérent.
13:56 Mais n'empêche qu'ils se sont dit, j'imagine, pour qui il se prend, etc.
14:02 Et puis quand j'ai eu ses premiers sponsors, Célio, par exemple,
14:06 j'ai eu aussi beaucoup d'échos de joueurs dans le top 150, dans le top 100,
14:11 qui ne l'ont pas très bien pris, en mode,
14:16 pourquoi lui qui est seulement 1 200 et nous qui sommes top 100,
14:20 pourquoi il a des sponsors ?
14:23 En bref, je n'ai pas entendu de…
14:25 Tous les joueurs, c'était un peu mis sujet.
14:27 C'était un peu mis sujet.
14:30 Et puis effectivement, au fur et à mesure, les mois qui suivent,
14:36 et puis la réussite qu'a la chaîne,
14:39 et puis les sponsors qui me suivent, ça se sait, etc.
14:42 Et je vois quand même d'autres joueurs bien classés commencer
14:46 à travailler un peu leur Instagram, à faire des petits visuels, des petites stories.
14:52 Je vois que le truc un peu évolue sur les réseaux.
14:57 Et puis aujourd'hui, clairement, les joueurs, et j'ai des messages,
15:02 me disent "Mec, bravo, t'as réussi ton pari, YouTube, ça fonctionne, Instagram aussi,
15:09 tout est réuni pour que tout soit trop cool".
15:12 Aujourd'hui, ils ont compris que tout ça, ce n'était pas pour rien.
15:19 Merci d'avoir regardé cette vidéo !