00:00 Aujourd'hui, c'est pour présenter mes condoléances au nom de l'État, à la famille de Thomas Perrottaud, ainsi qu'à tous ses proches et à ses amis.
00:08 Thomas avait le visage de ce fils, ce frère, cette amie, cet élève, ce jeune adulte en devenir.
00:15 Certains diraient un jeune sans histoire. Au contraire, il avait une histoire, elle était belle, c'était la nôtre.
00:21 Celle d'une jeunesse française, libre, aimée, aimante. Son rapport aux autres était sain. L'appartenance à sa famille, à son village, à son pays, il le vivait comme une chance.
00:34 Il aimait le rugby et quand on aime le rugby, on aime le respect pour soi et pour les autres.
00:39 Les parents de Thomas sont envahis par la peine et la douleur. Je leur ai dit ce matin notre détermination à poursuivre sans relâche et punir ceux qui lui ont fait ça.
00:50 Leur colère, c'est la nôtre. Leur chagrin, c'est le nôtre. Parce qu'à l'opposé des lâches qui ont assassiné Thomas, nous avons cette capacité d'empathie qui rend insupportable à nos yeux et à nos cœurs.
01:03 Ceux qui, par leur comportement, nous montrent qu'ils en sont dépourvus. Ce n'est pas parce que Thomas était là, à cette fête de village, sur ce parking, qu'il a été poignardé.
01:13 C'est parce qu'il y avait, sur ce parking, des hommes qui étaient prêts à le tuer. Ce n'est pas une bagarre qui a mal tourné. Ce sont des personnes qui ont agressé gratuitement d'autres personnes qui étaient venues pour se retrouver.
01:25 Je voudrais dire le soutien absolu et sans aucune réserve de l'État à l'ensemble des victimes de ce drame. Thomas et proches, bien sûr, toutes les personnes blessées, certaines d'ailleurs grièvement,
01:35 mais aussi tous ceux que ce drame a ébranlé dans leur chair parce qu'ils étaient présents ce soir-là et ils m'ont dit pour certains avoir cru qu'un attentat était en cours.
01:44 Ou parce que, même absents, ils vivent désormais dans la peur de vivre cela un jour. Je veux vous dire que vous n'êtes pas seuls. Nous ne vous laisserons pas seuls.
01:53 Vous pouvez compter sur la mobilisation pleine et entière de l'ensemble du gouvernement pour garantir la sécurité de tous nos concitoyens.
02:00 Je sais que vous attendez légitimement des réponses rapides et fortes, des réponses à la hauteur de la gravité des faits.
02:06 La première des réponses, c'est la protection des victimes, toutes les victimes, dont le statut doit être pleinement reconnu.
02:12 Chaque fois qu'un drame survient, c'est la même chorégraphie qui se répète, des bandeaux, des chaînes de télévision en continu, des commentaires et souvent des polémiques.
02:19 Et puis vient le jour d'après, quand les caméras s'éteignent, quand une nouvelle actualité chasse la précédente, restent les victimes.
02:26 Elles qui ne sont pas passées à autre chose et qui sont toujours des victimes.
02:30 Après les condoléances, les rassemblements, les minutes de silence, vient la solitude du deuil dans l'ombre.
02:36 Et avec l'intérêt médiatique qui s'éteint, les victimes désormais oubliées.
02:40 Mais les besoins, eux, demeurent. La peine, elle est toujours aussi grande.
02:44 Les besoins sont administratifs, juridiques, psychologiques, ils sont nombreux.
02:48 C'est pourquoi, je l'ai annoncé ce matin, un comité local d'aide aux victimes se réunira dès les prochains jours, présidé par le préfet et par le procureur de Valence.
02:56 Je l'ai annoncé à madame la maire de Crépole, aux représentants des forces de sécurité intérieure et aux pompiers,
03:01 qui tous se sont remarquablement mobilisés, ainsi qu'aux familles qui étaient réunies ce matin.
03:06 Madame Alexandra Louis, déléguée interministérielle à l'aide aux victimes, qui m'a accompagnée aujourd'hui, en fera un suivi précis et consciencieux.
03:13 Chacun pourra être accompagné de la manière la plus appropriée dans ce travail de deuil et de reconstruction qui commence,
03:19 et qui, je le sais, mobilise et mobilisera énormément de force et d'énergie.
03:23 La deuxième réponse, c'est celle du travail efficace, rapide, intraitable de la police, pour retrouver les coupables et pour les empêcher de nuire à nouveau.
03:33 Elle a déjà conduit cette police à l'interpellation de plusieurs individus, dont certains sont désormais mis en examen et en prison,
03:39 dans l'attente de les juger, de déterminer leur niveau de responsabilité, et donc les peines auxquelles seront condamnés tous ceux qui seraient reconnus coupables.
03:47 Je le dis, l'auteur du coup mortel risque désormais la prison à perpétuité, puisque le procureur a retenu le motif de meurtre en bande, de crime en bande organisée.
03:59 La troisième réponse, tout aussi indispensable, c'est celle de la justice. La justice en toute indépendance,
04:04 et je remercie M. le procureur qui était à mes côtés ce matin, qui a pu répondre aux questions nombreuses des habitants,
04:09 cette justice apportera des réponses et elle prononcera des sanctions. Aucun détail, aucun mobile, aucune circonstance aggravante, s'il y en a, ne sera écartée.
04:18 Je salue l'action du procureur, je le dis et je le réaffirme, c'est à la justice de rendre justice, et pas aux Français eux-mêmes et entre eux.
04:26 La justice permet de ne pas céder à la tentation de la vengeance par la violence, dont se sont rendus coupables à Romand,
04:32 des factions d'ultra-droite animées par la haine et par le ressentiment. Et comme la violence alimente la violence,
04:38 cela a provoqué à son tour un autre drame, avec un jeune homme grièvement blessé dans le quartier de la Monnaie, ce qu'il nous faut également condamner.
04:45 À la violence, on ne répond pas par la violence, on répond par la justice. À la violence, on ne répond pas par la division, on répond par la détermination.
04:54 Nous avons à cet égard aussi un devoir de décence. Je le dis aujourd'hui, sans aucun détour, ceux qui tenteraient de salir la dignité du deuil par la polémique,
05:01 et qui parasiteraient l'émotion nationale à leur profit, ne le font pas au nom des victimes. Je le dis à ceux qui crient vengeance au lieu de réclamer justice.
05:09 Une fois que les faits auront été pleinement établis, une fois que la justice aura tranché, une fois que les victimes auront été accompagnées, nous n'oublierons pas Thomas.
05:18 Au-delà de l'émotion et du deuil, nous devons regarder la réalité en face et avoir le courage de dire les choses.
05:24 Nous le devons à Thomas, aux blessés, aux habitants, et nous le devons à tous les Français.
05:29 Nous sommes lucides. Lucides face à cette violence insupportable, meurtrière, qui effraie autant qu'elle met en colère.
05:36 Cette violence qui déferle parfois en solitaire, mais qui se conjugue souvent en meute.
05:41 Qui, chaque fois et partout où elle frappe, exacerbe un peu plus les tensions dans notre société.
05:46 Vous n'en pouvez plus de ces bandes violentes, nous non plus.
05:50 Et c'est la raison pour laquelle nous luttons avec détermination et des moyens sans précédent pour la police et la justice.
05:55 Comme ces deux casernes de gendarmerie qui avaient été annoncées le mois dernier par le président de la République ici dans la Drôme, et donc une à seulement 20 kilomètres de Crépole.
06:04 Ce qui a coûté la vie à Thomas n'est ni un fait divers, ni une simple rixe en marge d'un bal de village.
06:11 C'est un drame qui nous fait courir le risque d'un basculement de notre société si nous ne sommes pas à la hauteur.
06:18 Affirmons-le ce matin avec clarté, les Français peuvent compter sur un Etat fort, sur des institutions inébranlables pour les protéger et pour rendre justice.
06:26 Police, gendarmerie, tribunaux, élus locaux dont je salue l'action Madame le maire.
06:31 A tous les niveaux, dans tous les territoires, le droit s'érige un rempart absolu.
06:35 C'est grâce à lui et par lui que justice sera rendue pour Thomas.
06:39 L'ordre républicain ne tolérera ni condition, ni contestation.
06:43 Il est le garant de notre démocratie, de nos libertés, de notre existence en tant que nation.
06:49 Nous devons avoir le courage de sanctionner, de combattre la violence partout où elle se trouve, avec la plus grande fermeté,
06:56 pour sauver ce que nous sommes, des femmes, des hommes, libres, dans un pays libre.
07:02 Je vous remercie.
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