- il y a 2 ans
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00:00 Un procès pour féminicide ouvre aujourd'hui devant les assises de Colmar, deux jours seulement après la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.
00:07 Alors on reçoit ce matin le directeur de l'association SOS Femmes Solidarité dans le Barin. Bonjour Thomas Ferlet.
00:12 Bonjour.
00:13 On parle depuis ce matin de ce féminicide et puis de ces chiffres de façon plus générale des violences intrafamiliales qui augmentent.
00:19 12% par exemple d'augmentation dans le Haut-Rhin.
00:21 Vous ce que vous voyez, tous les jours ce ne sont pas des chiffres, ce sont des femmes qui viennent toquer à votre porte.
00:27 Est-ce que vous constatez vous aussi une vraie hausse ?
00:30 Oui, oui bien sûr on constate une vraie hausse des sollicitations de l'association.
00:33 On constate aussi une vraie hausse du type de violence parce qu'il faut savoir qu'il n'y a pas toujours des violences physiques.
00:38 Il y a des violences économiques, il y a des violences administratives, il y a des violences psychologiques, il y a des violences verbales.
00:43 Mais il y a aussi aujourd'hui, on voit une recrudescence des violences et une intensification des violences où les auteurs effectivement sont de plus en plus violents
00:52 et utilisent des méthodes de plus en plus violentes, peut-être parce qu'ils sont aussi plus au fait aujourd'hui de
00:57 qu'est-ce qu'ils peuvent faire au niveau tribunal, qu'est-ce qu'ils peuvent faire au niveau tribunaux, etc.
01:00 Donc effectivement on voit et une hausse des flux et des personnes qui viennent nous voir et une hausse aussi du type de violence.
01:08 Pour avoir une idée, vous prenez en charge combien de victimes par an par exemple dans le Bas-Rhin ?
01:12 Dans le Bas-Rhin, alors sur l'accueil de jour, qui est la plateforme barénoise pour l'accueil des femmes victimes de violences conjugales,
01:17 on est à 350 à 400 nouvelles situations par an pour un flux de 2200 à 2500 sollicitations.
01:24 Ça fait beaucoup de nouvelles demandes à gérer tous les ans. Est-ce que vous derrière, vous avez assez de personnes, de bénévoles peut-être ?
01:30 Alors ce n'est pas des bénévoles. Alors on a des bénévoles qui sont à l'association, mais c'est des professionnels, des écoutantes et des éducatrices spécialisées de cette centre sociale formée
01:38 qui prennent en charge les femmes victimes de violences conjugales qui frappent chez nous.
01:41 Malheureusement, on aimerait bien avoir des postes supplémentaires parce qu'on n'arrive pas à répondre comme on voudrait à la demande.
01:47 Il manquerait combien de personnes par exemple ?
01:49 Alors si déjà on avait, là on a, sur l'accueil de jour par exemple, il y a deux travailleurs sociaux à la temps pleine.
01:53 Si on pouvait doubler, ce serait vraiment bien, mais là je suis en train de négocier pour avoir au moins un poste supplémentaire.
01:57 Parce que les situations dont vous parlez, des cas de victimes de violences de plus en plus graves, ça demande aussi beaucoup de temps pour les prendre en charge ?
02:05 Ça demande du temps, c'est des situations de plus en plus complexes, c'est des situations pour lesquelles les femmes ont du mal effectivement à savoir par quel bout prendre la situation.
02:13 C'est des accompagnements au tribunal, c'est des accompagnements pour déposer plainte, c'est trouver un avocat ou une avocate spécialisée,
02:18 trouver des fois, quand c'est la demande, un psychologue ou un psychiatre spécialisé, donc oui ça demande énormément de temps.
02:23 Parce que vous, vous êtes un petit peu la porte d'entrée en fait, l'association qui va permettre d'accéder à tous ces différents services ?
02:29 Voilà c'est ça, une des associations, parce que malheureusement, nous on est tout seul et on ne veut pas, mais tout seul on n'y arriverait pas,
02:35 donc on travaille en réseau, mais on est une des portes d'entrée effectivement spécialisée pour accéder à l'ensemble de ces services.
02:40 On vous pose la question ce matin, comment faire pour prévenir ces violences, pour mieux sensibiliser sur ce sujet ?
02:46 Le sujet c'est les violences faites aux femmes, vous étiez extrêmement nombreuses et nombreuses à vous être mobilisées ce samedi pour la journée internationale contre les violences faites aux femmes.
02:55 Alors vos idées, si vous en avez, elles sont les bienvenues, votre sensibilité, 0388 25 15 15, c'est le sujet du jour sur France Bleu Alsace.
03:03 Thomas Ferlet, à partir du 1er décembre, une aide financière d'urgence sera accessible pour les victimes de violences conjugales,
03:09 alors c'est une somme entre 250 et 1300 euros qui doit permettre de quitter le plus rapidement possible le domicile, est-ce que c'est suffisant cette aide ?
03:18 Alors il faut qu'elle soit accompagnée, alors c'est déjà bien, évidemment, parce qu'on sait qu'il y a une précarité économique qui va avec la situation de départ, de toute façon.
03:29 Mais il faut qu'elle soit accompagnée de mesures d'accompagnement, il faut qu'elle soit accompagnée d'un débergement,
03:32 parce que par exemple en moyenne on dit qu'il y a 4 à 7 ruptures évolutives, c'est-à-dire qu'une femme va partir 4 à 7 fois de son domicile avant de partir définitivement,
03:42 et de s'extraire définitivement des violences conjugales.
03:44 Mais si il y avait une aide financière et un hébergement, je suis sûr qu'on pourrait réduire ce nombre de ruptures évolutives pour qu'elle parte plus rapidement.
03:51 C'est dû à des contraintes financières, aux enfants aussi parfois, des situations qui sont très complexes,
03:56 et il manque encore aujourd'hui des places d'hébergement d'urgence, dans le Barin par exemple c'est combien ?
04:01 Alors je ne pourrais pas vous dire combien il en manque, mais je sais que nous on a par exemple une file active de 10 à 15 situations qui pourraient être hébergées demain matin,
04:08 alors que nous, sachant qu'il y a d'autres associations qui accueillent des femmes victimes de violences conjugales.
04:12 Et au niveau national, les associations demandent 15 000 places de débergement d'urgence en plus,
04:17 ce moment du départ du domicile, effectivement c'est un moment clé dans l'accompagnement, qui est particulièrement difficile pour vous en tant qu'association ?
04:24 Disons que c'est là où il faut qu'on puisse donner les moyens à la femme qui décide de partir,
04:30 de lui donner tous les moyens pour partir définitivement, et c'est ce qu'on n'arrive pas à faire, c'est ce qu'on essaye de faire au mieux,
04:34 mais c'est ce qu'on n'arrive pas à faire, parce que c'est là où justement, juste un exemple, on parlait de l'hébergement d'urgence,
04:38 si elle se retrouve dans un hébergement insalubre, ou dans un endroit où elle ne se sent pas en sécurité,
04:42 ou alors un endroit où elle ne peut pas chauffer son biberon parce qu'elle part avec ses enfants,
04:45 elle va préférer retourner au domicile où l'auteur est présent.
04:48 Thomas Ferland, on a recensé cette année en France, pour revenir sur les chiffres,
04:53 244 000 victimes de violences conjugales, si on regarde juste ce chiffre, c'est deux fois plus qu'en 2017,
04:59 et une des explications c'est aussi parce que la parole de ces victimes, de ces femmes en l'occurrence,
05:05 est mieux reçue par les forces de l'ordre, les forces de l'ordre sont mieux formées,
05:09 ça c'est encore un point clé ce moment-là du dépôt de plainte ?
05:13 Oui, alors sachant que toutes les victimes ne déposent pas plainte,
05:16 donc en fait ce qui se passe c'est qu'on est à peu près à 28 à 30% de faits qui sont donnés à la police,
05:22 déclarés à la police et qui sont antérieurs à l'année où ils ont été déclarés,
05:26 c'est-à-dire qu'en gros il y a quand même 70% de faits qui sont encore déclarés l'année où ils se sont déclarés,
05:31 donc on a effectivement une libération de la parole, mais c'est que 30%,
05:34 il ne faudrait pas qu'on se dise "la parole est libérée donc c'est bon, il n'y a plus de nouveaux faits de violence",
05:39 ce n'est pas la réalité.
05:41 Il y a la formation des forces de l'ordre qui est un point essentiel,
05:44 je vous avoue pour être tout à fait franc que ce n'est pas le cas partout et ce n'est pas le cas tout le temps.
05:48 On l'entendait dans votre collègue du 68, il disait que c'est beaucoup une question de personnes.
05:53 C'est beaucoup une question de personnes et de sensibilité.
05:55 Il y a aussi la question des soignants à l'hôpital de Strasbourg,
05:58 on peut maintenant porter plainte directement depuis l'hôpital,
06:00 ça c'est essentiel justement pour prendre les faits au moment où ils sont commis.
06:04 C'est ça, l'idée c'est de pouvoir en même temps donner la possibilité,
06:06 en fait si vous voulez nous on a ce qu'on appelle la pédagogie de la porte ouverte,
06:08 c'est-à-dire qu'il faut donner les moyens à la femme victime de violence conjugale
06:10 au moment où elle décide de parler, de pouvoir le faire.
06:13 Mais si elle ne veut pas le faire, il faut aussi respecter cette temporalité
06:16 parce que c'est la seule qui est experte de sa situation.
06:18 La sensibilisation il faut aussi la commencer dès le plus jeune âge, à l'école par exemple ?
06:22 Oui, clairement, nous on intervient en collège, en lycée,
06:26 on aimerait intervenir un petit peu plus en école primaire,
06:29 mais ça intervient, la sensibilisation et l'éducation interviennent dès le plus jeune âge, ça c'est sûr.
06:33 On a un message de Martine, tenez, laissé sur les réseaux sociaux,
06:35 qui nous dit, et on l'entend avec ce que vous proposez,
06:37 que ça avance mais qu'il reste beaucoup de travail et d'amélioration à faire
06:41 contre cette lutte lâche des hommes contre les femmes.
06:45 Voilà le message laissé par Martine sur notre page Facebook ce matin.
06:47 Alors justement, cette prévention, c'est l'éducation nationale qui doit s'y mettre ?
06:54 C'est l'éducation nationale qui doit nous ouvrir les portes,
06:56 aux associations spécialisées, à toutes les associations spécialisées,
06:59 pour qu'on puisse, on ne va pas demander aux professeurs encore de rajouter ça à leur arc,
07:03 mais par contre c'est effectivement à nous, d'associations spécialisées,
07:06 de pouvoir intégrer les processus scolaires pour parler de l'égalité femmes-hommes,
07:11 pour parler des relations filles-garçons, etc. dès le plus jeune âge, oui, tout à fait.
07:14 Il y a tout de même des avancées, on parlait il y a un instant de cette aide d'urgence,
07:17 d'une meilleure formation des professionnels,
07:20 des téléphones aussi, grave danger, qui ont été déployés,
07:23 des téléphones qui permettent de contacter très vite les forces de l'ordre,
07:26 si jamais son ex-conjoint, ex-conjointe, est très proche
07:30 ou est en train de commettre une agression.
07:33 Est-ce que vous, sur le terrain, vous voyez les effets de ces nouveautés ?
07:36 Est-ce que ça reste encore des annonces un peu politiques ?
07:39 Alors, la réalité c'est qu'il y a un écart entre ce qu'on annonce et la réalité du terrain.
07:44 Alors on avance, et ça c'est très bien, il y a aussi des pôles de juridiction spécialisés
07:47 qui vont ouvrir à partir du 1er janvier 2024,
07:50 mais par exemple, nous on attend de voir vraiment ce que ça va donner, tout ça,
07:53 parce qu'à chaque fois on a un écart entre ce qui est dit,
07:56 les hébergements d'urgence, on nous dit "on en a ouvert, on en a ouvert",
07:59 mais la réalité c'est que, certes, on en a ouvert, mais ils ne sont pas destinés à des femmes victimes d'inconjugation conjugale de manière spécifique.
08:04 Pareil pour les pôles de juridiction spécialisées ou l'attribution de zéphones,
08:07 il faut vraiment qu'on voit dans la réalité du terrain ce que ça donne.
08:10 Et c'est vrai qu'il y a généralement encore un petit écart.
08:12 Le chef de l'État, en parlant de ces nouveautés, nous a dit vendredi, samedi,
08:19 que le gouvernement va finir par mettre fin à ces violences.
08:22 Est-ce que c'est complètement irréaliste ?
08:25 Eh bien, le gouvernement, s'il y arrive, c'est bien,
08:28 parce que la remarque que vous avez eue sur le site Facebook,
08:31 la personne disait juste "c'est des violences masculines",
08:33 donc il faut d'abord travailler sur cette question-là de fond en comple,
08:36 c'est-à-dire que c'est le fond, ce n'est pas seulement des mesures, la justice, etc.
08:39 Parce qu'un chiffre, il y a à peu près 100 à 110 000 viols déclarés par an,
08:43 il y a 1% des auteurs qui sont punis.
08:45 Donc on est encore loin de mettre fin aux violences,
08:47 parce qu'il y a encore ce genre de dysfonctionnement et d'impunité qui existent.
08:50 Mais alors si, par exemple, on est un homme, qu'on vous écoute ce matin,
08:54 qu'est-ce qu'on fait ? Quelles questions on doit se poser ?
08:56 Quelle est ma position de pouvoir ?
08:59 Alors, malgré moi ou pas,
09:03 comment est-ce que je fais partie d'un système
09:05 qui, effectivement, favorise de fait les violences faites aux femmes d'une manière générale ?
09:09 Merci beaucoup Thomas Ferlet d'avoir été notre invité ce matin,
09:12 président de l'association SOS Femmes Solidarité dans le Barin.
09:15 On rappelle le numéro d'aide pour les victimes de violences sexistes et sexuelles, c'est le 3919.
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