00:00 -Lauren, c'est l'une des sorties ciné les plus attendues de cet automne.
00:02 "Napoléon" débarque mercredi en France.
00:05 Film de Ridley Scott, qui fait déjà beaucoup parler de lui.
00:09 -Je vais pas lancer la guerre de cent ans,
00:10 mais c'est important pour la compréhension de cette chronique
00:12 de préciser une chose.
00:14 Ce film est réalisé par l'Anglais Ridley Scott.
00:17 Alors, forcément, il revisite l'histoire
00:19 avec sa sensibilité toute britannique,
00:22 de quoi faire frémir les historiens d'angoisse et d'effroi.
00:25 Et ça a commencé dès les bandes-annonces.
00:27 -Quoi ? Il parle anglais et c'est canon !
00:29 Impossible qu'il tire aussi loin.
00:31 Les épaulettes de son uniforme ne sont pas raccord
00:34 avec son statut de général.
00:35 Donc, déjà, là, ça a commencé à agacer.
00:36 Les bandes-annonces, OK, mais 2h40 de film,
00:40 imaginez qu'ils ont perdu leur sang-froid.
00:42 -Mais il y a des erreurs historiques.
00:43 -Je te donne deux exemples.
00:45 Le premier, c'est la scène d'ouverture avec la mort de Marie-Antoinette.
00:49 -Vous devez avoir vu le chaos qui règne dans la rue.
00:55 ...
00:57 -Toulon doit servir d'exemple, sinon d'autres villes seront prises.
01:00 ...
01:03 -Vous l'avez vu, Napoléon, dans la foule ?
01:05 Eh ben, c'est pas possible.
01:07 Il ne pouvait pas être présent à la décapitation de Marie-Antoinette
01:09 parce qu'il était au siège de Toulon.
01:10 Autre exemple, une scène de la campagne d'Égypte.
01:13 C'est un chapitre, on le sait, primordial des épopées napoléoniennes.
01:17 Regardez, on voit Napoléon tirer au canon les pyramides d'Égypte.
01:21 Alors non, Ridley, aucun boulet n'a été tiré.
01:24 Ça, c'est complètement inventé.
01:26 -En réalité, le film ravive des antagonismes
01:29 entre les Anglais et les Français.
01:31 -C'est là que vous vous rappelez le début de ma chronique
01:33 quand je vous disais que "Cri de l'escote" était anglais.
01:34 -Fidélio !
01:35 -Pour les Français, de voir un Anglais s'emparer d'une figure de l'histoire française.
01:38 Jean-Marie Marchand a interrogé justement l'historien Patrice Guénivra.
01:41 Écoutez-le.
01:43 -Ça ressemble à un procès que faisait l'historiographie anglaise,
01:49 anglo-saxonne, contre Napoléon, il y a déjà quelques décennies.
01:52 Ça se termine notamment par une liste défilante
01:56 des victimes des campagnes napoléoniennes,
01:59 liste qui est entièrement bidon, d'ailleurs.
02:01 C'est tout à fait accablant pour Napoléon,
02:04 en oubliant que pour faire la guerre, il faut être deux, en général.
02:06 C'est vraiment un film, de ce point de vue, très curieux,
02:11 qui ramène des passions et une hostilité qui sont un peu d'hier.
02:16 -Alors, chef de guerre, impitoyable.
02:18 On voit aussi en marée de goujats, c'est sûr que ce n'est pas le côté
02:20 le plus reluisant de Napoléon qui est montré.
02:22 Alors, que répond Ridley Scott à ces critiques ?
02:24 -Il se défend. Claire Fleury l'a rencontrée la semaine dernière
02:26 et pour lui, il ne pouvait pas tout lire et tout dire.
02:29 -Personne n'est capable de lire 10 000 livres,
02:35 mais nous avons choisi celui qui était le plus reconnu.
02:38 Mais on apprend beaucoup plus en lisant sa correspondance
02:42 et éventuellement aussi les lettres qui lui étaient adressées.
02:46 Donc, on a commencé à construire la structure
02:49 et les ramifications de l'histoire
02:51 pour montrer la vraie nature de l'homme derrière le dirigeant.
02:54 -Alors là, il est très poli, mais dans le "Time",
02:59 il raconte qu'il y a un historien qui lui fait remarquer
03:01 que ce n'est pas toujours vrai ce qu'il raconte sur Napoléon
03:03 et il répond "Tu étais là ? Non ? Eh bien, fermez-la."
03:07 Voilà, tout simplement.
03:08 Et si on regarde la filmographie de Ridley Scott,
03:10 qui a 85 ans, il n'est pas un débutant,
03:12 pour donner par exemple deux exemples,
03:13 Christophe Colomb en 1992 et "House of Gucci",
03:16 il a beaucoup romancé la vie des Gucci,
03:18 il a beaucoup romancé la vie de Christophe Colomb,
03:20 il a toujours pris des distances avec les personnages qu'il traite.
03:22 En fait, les gars, on se détend.
03:24 C'est du cinéma, tout simplement, ce n'est pas un documentaire.
03:27 Et vous, en tant que spectateur et pas en tant que spécialiste de Napoléon,
03:29 vous allez voir un film à grand spectacle
03:31 et vous en foutez de la taille du canon ou des épaulettes.
03:34 Et il faut vous rappeler aussi que chez nous, Napoléon, il fait débat aussi
03:37 et qu'il y en a certains qui crient "Jeunie", d'autres à la brute épaisse
03:40 et que de toute façon, ça ne l'arrangera rien au débat.
03:44 -Et ça ne donnera pas des rues, Napoléon.
03:46 -Non, il n'y a pas de rue, Napoléon, à Paris, il faut bien préciser.
03:48 -Merci, Lauren. Dans 30 secondes, 8 heures, bon début de journée avec Première Édition.
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