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00:03 RTL Matin, 7h-9h
00:06 700 millions de chinois
00:09 Et moi, et moi, et moi
00:11 Avec ma vie, mon petit chénard
00:14 Jacques Dutronc est de retour, moins d'un an après la fin de sa tournée triomphale avec son fils Thomas
00:18 Il publie son autobiographie intitulée évidemment "Et moi, et moi, et moi"
00:22 C'est aux éditions du Cherchmidil, chanteur recafété cette année, ses 80 ans
00:26 a reçu Steven Bellery dans son village corse
00:28 Un entretien absolument délicieux et d'une fraîcheur exceptionnelle
00:32 Bonjour Jacques Dutronc
00:34 Bonjour
00:35 J'y pense et puis j'oublie, c'est la vie, c'est la vie
00:37 C'est parce que vous avez peur d'oublier que vous avez commencé à écrire ce livre ?
00:40 Ben non, et là j'ai pas trop oublié
00:43 Ça fait assez bizarre mais j'ai raconté le plus simplement possible
00:47 Ce qui m'est arrivé ou ce que j'ai fait arriver
00:49 Moi je voulais pas du tout être chanteur, musicien peut-être à la limite
00:53 On se rend compte en lisant le livre que la musique fait partie de votre vie depuis le tout début
00:57 Notamment grâce à cet oncle qui s'appelait Jacques Dutronc
01:00 C'est la première révélation du livre
01:02 Toute la famille jouait au moins d'un instrument, déchiffrait parfaitement la musique
01:06 Tout le monde était "musicien" entre guillemets, que ce soit le chant aussi
01:10 Un autre oncle, le plus âgé, lui c'était le violoncelle, c'était sinistre
01:13 Non c'est pas très gai comme instrument
01:15 Et son truc préféré c'était bien sûr le truc de Saint-Saëns, le carnaval des animaux
01:20 C'était terrifiant, le dimanche après-midi à Montrouge, bon
01:23 Un père qui était ingénieur, mais qui était aussi balle au char
01:26 Qui tous les week-ends allait jouer comme ça dans des balles populaires
01:28 Vous l'avez beaucoup accompagné à ses balles ou pas ?
01:31 Non non, trop jeune, mais il jouait pas mal
01:33 Mon père disait de lui qu'il a jamais su jouer mais que personne s'en était aperçu
01:39 Vous en avez fait des conneries gamins, jusqu'à élever 150 souris que vous parfumiez
01:44 Vous avez même décidé de ne pas vous laver un pied pendant des mois
01:47 Ces conneries vous le faisiez pour quoi en fait Jacques ?
01:49 Pour attirer l'attention ? Vous aviez un besoin d'attention ou c'était plus profond que ça ?
01:54 J'étais peut-être sur scène pour le pied mais c'est assez drôle
01:57 Ça faisait une chaussette imperméable
01:59 Non c'est vrai d'ailleurs c'était très délicat, vous savez le reste
02:01 De toute façon c'était de gauche ou de droite je sais plus
02:04 C'était compliqué, mais c'était pas une connerie les souris
02:07 J'adorais ces animaux
02:08 Plus tard je m'en suis rendu compte, c'est que mes parents les emmenaient en vacances
02:11 Dans le train, dans une cage
02:13 Si les gens supposaient qu'il y avait une centaine de souris au-dessus, c'était terrible
02:17 A 16 ans vous tombez malade, mon rapport à la musique a complètement changé le jour où je me suis mis au lit
02:23 Vous bénissez votre rhumatisme articulaire aigu avec le recul ?
02:27 Oui, ne sachant pas quoi trop faire dans le pieu, du matin au soir
02:31 J'ai commencé à toucher la guitare, la guitare qui appartenait à mon frère Philippe
02:36 A l'instinct vous dites ?
02:38 J'aurais dû apprendre vraiment parce qu'on prend de mauvaises habitudes
02:41 Et après pour les virer c'est très difficile
02:43 Enfin maintenant je ne joue plus parce que j'ai les doigts cassés
02:46 Et tout est cassé d'ailleurs
02:48 Donc oui on disait il joue d'instinct, sans partition mais il valait mieux jouer avec une partition quand même
02:53 Enfin vu les chansons de l'époque, du twist et compagnie, les trois accords c'était redoutable
02:58 Mais c'était sympa je trouve
02:59 Ça allait direct au cerveau comme le jambon persillé ou les oeufs mayonnaise par exemple
03:05 Est-ce que vous pensez que votre allure a fait partie de votre succès au début ?
03:08 Allez savoir ce qui se passe dans la tête des gens, je sais pas même
03:11 Bientôt il y aura l'intelligence artificielle, ça va être beau
03:15 Il fallait que je reste le plus près de moi quoi
03:17 Parce que je me voyais mal faire un...
03:19 Bon c'est vrai que Johnny est passé par un tas de trucs lui
03:22 Ce qui prouve bien qu'il avait quelque chose quand même
03:24 Il pensait de Davy Crockett, après il était en Mad Max, après il était en Buffalo Bill
03:28 Enfin il a fait tous les trucs
03:29 Vous une cravate a suffi et un costume
03:31 Je n'en avais jamais eu de costume
03:35 Et donc premier achat, à part les frigidaires pour ma famille, mes amis j'ai acheté plein de frigos
03:40 Pourquoi ? Je sais pas, parce qu'on nous en manquait
03:42 Parlons de votre caractère, il y a un chapitre qui s'appelle "Désinvolte, dilettante et provocateur"
03:48 Dès le début il y a eu une ambiguïté, on vous a mal cerné à l'époque ou vous avez joué de tout cela ?
03:54 Il fallait que les gens me catalogue dans je ne sais quoi mais...
03:57 Désinvolte peut-être, alors que c'est faux
04:00 Vous pensez bien que je n'allais pas à la télévision comme ça en faisant Youpi
04:05 J'aurais bien aimé mais non non, je prenais ça quand même très au sérieux
04:08 Et le fait de bien gamberger avant et de prendre ça très au sérieux, j'arrivais tout à fait à l'aise
04:13 Vous énumérez tous les qualificatifs qu'on vous a collé
04:16 Cynique, désinvolte, dilettante, équivoque, je m'en foutiste, loufoque, paradoxal, potache, provocateur et sarcastique
04:23 C'est lequel votre préféré Jacques ?
04:24 Sarcastique ? Non non non, j'en sais pas, j'aimerais bien être tout ça, loufoque, tout ça
04:30 Non mais c'est mieux que Bachidouzou, Komoulagou, frère, non, l'ectoplasme
04:34 Vous aviez quand même une soutane, ça fait de vous un loufoque ça
04:36 Oui oui, ça me faisait marrer moi, et un pote ou deux avec moi
04:40 Et j'avais une Ferrari cabriolet et donc on partait tous les soirs à 18h de la rue de Provence et on faisait tous les embouteillages
04:46 Donc j'étais encuré, je bénissais dans les embouteillages, enfin bon c'est marré
04:50 Vous vous êtes amusé pendant 80 ans Jacques ?
04:53 Pas assez, je sais que ça va se terminer, la finive rigolote mais oui j'ai dû m'amuser de temps en temps
04:59 Mais c'est dur de s'amuser de soi-même mais les autres aussi, faut pas être égoïste dans ces cas là
05:04 Mon truc c'était de dire si j'arrive à faire sourire quelqu'un déjà ce sera beaucoup
05:08 D'ailleurs il m'est arrivé de chanter de dos, bah y'avait pas un bruit dans la salle, c'était à Berlitz ça, pas un bruit
05:13 Donc comme j'ai dit je suis mis hop, je vous entends pas, je vous vois pas, donc j'ai chanté de dos et je me suis tiré ça
05:18 C'était l'anniversaire d'Emmery Mathieu, vous vous rendez compte quelle carrière
05:21 Et je lui ai offert un cochon, un vrai, un petit cochon rose avec un énorme ruban
05:26 Il gigotait dans ses bras, je me suis marré
05:28 A quoi ressemble votre vie aujourd'hui ? Vous dites que vous êtes un demi-ermite
05:32 Un demi-ermite ? Un demi-ermite la grenouille ? Non non je sais pas, je fais pas à moitié les choses
05:38 Mais là je suis bien, y'a pas grand monde, quand y'a une mobilette par mois, les gens disent "putain y'a un bruit ici"
05:44 Mais je suis vraiment jamais seul, enfin y'a mes chats, mais ils me parlent pas, c'est bizarre
05:48 Vous avez besoin de ce silence aujourd'hui après la folie de plusieurs décennies de succès aussi ou pas ?
05:54 Ah le silence c'est très impressionnant, mais c'est une vie folle je sais pas, j'ai jamais eu de camisole
05:58 Quoique, on arrive vers la dépression rapidement, je crois, malgré soi
06:02 Vous quittez une salle de 20 000 personnes, d'un seul coup plus personne, y'a ça, y'a l'âge, la mort qui arrive, qui plane
06:09 C'est vrai qu'on va vers une espèce de dépression, ouais, c'est possible qu'on plonge un peu, c'est même sûr, je peux vous en parler
06:16 Vous dites que justement la mort, vous n'y pensiez jamais et que maintenant elle commence à rôder dans votre esprit
06:22 Je sens qu'elle affûte, ça faut, mais sinon j'y pensais jamais mais là à force
06:26 Autour de moi ça dégragole, ça fait bizarre
06:29 La dernière aventure musicale qui vous a mené sur les scènes, c'est votre tournée avec Thomas Dutronc, votre fiston
06:35 L'album Live va sortir dans quelques jours, cette tournée, elle vous a fait du bien ?
06:40 Oui, elle m'a fait du bien, mais j'étais mal, voilà
06:42 Y'a eu plein de petits détails, journaliers, j'étais pas bien, j'ai chopé l'espèce de connerie
06:47 La Covid, je crois que c'est le premier festival, Jackie, Jaco, et hop, j'ai eu 40, le chœur à 133
06:54 Mais ça fait rien, c'était une très belle expérience, j'étais auprès de mon fils et tout ça
06:59 Et puis j'ai travaillé avec des gens formidables, bons souvenirs
07:02 Bon sur le moment j'ai été un peu ronchon, j'ai été pas le seul d'ailleurs
07:05 Parce que Thomas a son caractère, son père doit avoir le même, enfin non il ressemble à sa maman quand même
07:09 Avoir vécu comme ça, ces moments, sur une même scène avec Thomas pendant plusieurs mois, ça vous a fait chaud au cœur aussi j'imagine ?
07:15 Oui, oui, bien sûr chaud au cœur, mais pas chaud dans la bagnole
07:18 Enfin si, il était, y'avait pas de crime dans la bagnole, ça a commencé par ça aussi, c'est bien
07:22 Et l'hiver bien entendu, pas de chauffage, c'était bien de voir son fils
07:26 Bon j'ai pas assez embrassé, mais pour cause, un jour j'ai foncé vers lui pour l'embrasser
07:30 Mais lui il se l'est, couvert de soeur, et c'est salé, c'était mignon, c'était charmant
07:34 Merci Jacques Dutronc
07:36 Moi aussi je vous remercie, je vous embrasse tous
07:38 Et surtout si je dis un petit mot, tu le diras à mon préféré Yves Caduilh
07:42 J'aime cet homme, que dira notre Jacques, un grand merci, effectueux tout simplement
07:46 Jacques Dutronc au micro RTL de Steven Bellery, le chanteur public, donc et moi et moi et moi
07:51 Et donc et moi et moi et moi.
07:52 Merci à tous !
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