00:00 Une histoire d'amour par définition, c'est dire "Oh, tiens, j'y avais pas pensé,
00:04 mais maintenant que c'est là, je ne peux plus m'en passer."
00:07 Donc l'amour, c'est une couleur qui n'existe pas encore dans ma vie
00:10 et qui manque à ma palette.
00:11 Voilà, c'est ça qu'il faut dire.
00:13 Salut Lou.
00:15 Hola, buenos dias Lou.
00:16 Y esto y feliz.
00:19 Salut Lou, je suis Félix Radu et aujourd'hui, je vais vous parler d'amour.
00:22 Je ne sais pas grand-chose de l'amour,
00:24 ou du moins j'en sais ce qu'un garçon de 20 ans peut en savoir.
00:26 Je me suis cassé deux, trois fois les dents.
00:29 J'ai beaucoup aimé.
00:30 C'est, je pense, un long apprentissage en fait,
00:32 de remettre la fiction là où elle doit être, au théâtre,
00:34 et d'admettre que la personne en face de toi,
00:36 tu vas l'aimer pour ce qu'elle est et non pas pour ce que tu projettes dessus.
00:38 Donc ouais, l'amour, ce sont ceux qui en savent le moins, qui en parlent le mieux.
00:42 T'as aimé à en crever toi ?
00:44 Ouais, bien sûr. Je ne suis pas mort du coup.
00:47 Ou alors on meurt toujours un petit peu.
00:48 L'amour, c'est sublime parce que ça tue, mais ça nous laisse envie.
00:51 Et quelque chose de ça, en fait, on est tous un peu des morts vivants.
00:53 Je pense qu'à chaque fois qu'on aime, on aime à en crever.
00:55 C'est la définition de l'amour d'ailleurs.
00:56 Nombreux de fois que je me suis dit "Putain, si elle s'en va,
01:00 qu'est-ce que je vais faire ? C'est toute ma vie qui s'arrête."
01:02 Et c'est un peu vrai d'ailleurs.
01:03 C'est comme si la vie prenait un autre chemin,
01:04 comme si elle avait pris un accident de voiture.
01:06 C'est intéressant parce qu'il y a plein de gens qui pensent qu'il faut survivre
01:08 ou faire quelque chose pour survivre à un chagrin d'amour ou aux grosses déceptions.
01:12 Je pense en réalité que cette vieille phrase qu'on comprend mal,
01:14 qui est de laisser faire le temps, elle est véridique.
01:17 C'est pas toi qui dois faire quelque chose, c'est le temps qui va le faire.
01:19 Toi, t'as juste à serrer les dents et attendre que ça passe.
01:21 On quitte jamais ce qu'on a vécu avec quelqu'un,
01:23 on quitte ce qu'on ne veut plus vivre ensuite.
01:26 Et les gens confondent.
01:27 Les gens, quand ils s'en vont, ils disent "Oui, mais j'ai tellement vécu de bonheur avec..."
01:29 Ouais, justement, justement.
01:30 Arrêter une histoire, c'est admettre qu'elle a été réussie.
01:32 Et pour réussir quelque chose, il faut savoir bien commencer,
01:35 savoir bien le continuer et savoir bien l'arrêter.
01:37 On ne peut pas faire une histoire d'amour tout seul.
01:39 Et la seule personne qu'on doit à jamais et pour toujours aimer, c'est soi-même.
01:42 Et on doit et on mérite de ne pas courir après quelqu'un qui s'en va.
01:46 Donc, se poser dans son canapé, grosse doudoune,
01:49 petite glace à gundas,
01:51 aux cookies là, les cookie doogs,
01:52 et petite série Netflix.
01:54 Voilà comment on se remet d'un chagrin d'amour.
01:56 -Pendant combien de temps ?
01:57 -Ouf, mon Dieu, le temps qu'il faudra.
01:58 La première fois que je suis tombé amoureux, j'avais 20 ans, c'était à Paris.
02:01 Et je me rappelle très bien parce que j'étais au théâtre,
02:03 elle était comédienne, donc j'étais dans le public.
02:05 Elle est montée sur le plateau et j'ai fait "Oh...
02:07 Mon Dieu, faites que cette femme soit célibataire
02:09 et faites qu'elle soit une femme dans ma vie un jour."
02:11 Elle s'appelle Clémentine, pour la nommer,
02:12 parce que ce serait malheureux qu'on la nomme pas.
02:14 Elle s'appelle Clémentine, c'est un joli prénom, en plus je l'aimais beaucoup.
02:16 On est sortis un an ensemble,
02:17 et elle me disait qu'elle avait peur de pas trouver de travail.
02:20 Elle m'a dit "Je ne correspond pas aux standards de beauté
02:21 qu'on cherche d'une femme aujourd'hui.
02:23 Je ne suis pas assez grande, je ne suis pas assez fine, je ne suis pas assez..."
02:25 Et j'ai dit "Mais t'es ouf de dire ça, en fait.
02:27 Pour moi, t'es plus qu'assez, en fait.
02:28 T'es même trop, tellement...
02:29 T'as de charme, tellement t'es belle, tellement t'es talentueuse."
02:32 Et j'ai dit "Moi, si le monde est trop idiot que pour pas te donner de travail, je vais t'en donner.
02:35 Et puis, s'il faut qu'il y ait un rôle à ta hauteur, moi je vais te l'écrire, il n'y a aucun problème."
02:38 Elle est repartie de chez moi, je pense, avec une sorte de petit sourire amusé,
02:42 en mode "Oui, bien sûr."
02:43 En fait, elle ne s'en est pas rendue compte,
02:44 mais moi, je me suis senti instruit d'une mission,
02:46 et j'ai passé une semaine dans mon lit à gratter.
02:49 Tous les jours, je m'endormais sur mon PC,
02:51 je me réveillais sur mon PC,
02:52 et j'ai écrit la pièce en une semaine.
02:54 Et j'ai apporté le texte, avec une rose dessus, un post-it.
02:57 Et sur le post-it, j'avais écrit "Cette pièce t'appartient, puisque c'est dans tes yeux que je l'ai trouvée."
03:01 Et je suis rentré chez moi.
03:02 Voilà comment est née Rosé Massimo.
03:04 Puis derrière, je lui ai promis au téléphone, je lui ai dit "Tu vas voir, on va la monter.
03:07 Je ne sais pas comment, je ne sais pas quand, mais on va la monter, je te jure sur ma vie que j'y arriverai."
03:10 Et de l'appeler sept ans plus tard, et de lui dire "Voilà, la parole est tenue, la pièce est montée, putain."
03:18 On a pleuré au téléphone tous les deux, comme deux enfants.
03:20 Puis c'était très intime, parce que ça correspond à plein de choses qui lui appartiennent et qui m'appartiennent.
03:25 J'ai mis son parfum dans la pièce, et des formulations qu'elle me disait, des formulations que je lui disais.
03:30 C'est presque un...
03:33 C'est très intime.
03:36 [musique]
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