00:00 - Il est 7h12 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le docteur en anthropologie et chargé de recherche au CNRS,
00:06 Florence Bergeau-Blackler.
00:08 - Bonjour Florence Bergeau-Blackler.
00:09 - Bonjour monsieur.
00:10 - Bienvenue sur Europe 1. Où sont les 1200 et quels qu'actes antisémites qu'il y a en France ?
00:15 Un drôle de phrase prononcée hier matin chez nos confrères de RMC par l'imam de la grande mosquée de Paris,
00:19 Abdelali Mamoun. Alors pour bien comprendre son propos, avant de vous donner la parole Florence Bergeau-Blackler,
00:25 je vous propose qu'on l'écoute ensemble.
00:26 - Bah parlons-en de ces actes antisémites, pourquoi on n'en parle pas à la télé ?
00:30 Où sont ces 1200 et quelques actes antisémites qu'il y a en France ? Pourquoi on...
00:34 Moi j'aimerais bien qu'on les dévoile, pour que nous puissons être véritablement solidaires et sensibles à cette question.
00:40 Moi j'aurais voulu qu'on dise voilà, tel synagogue a été profané, tel cimetière a été profané,
00:45 tel individu de confession juive a été agressé.
00:49 Pour que les musulmans de France soient sensibles à cette question, nous ne le contentons pas de chiffres.
00:55 - Alors qu'est-ce qu'il est en train de dire là Abdelali Mamoun, l'imam de la grande mosquée de Paris, Florence Bergeau-Blackler ?
01:01 - Alors bien évidemment on voit qu'il minimise, il relativise les chiffres du ministère de l'intérieur,
01:07 qui ont été donnés d'ailleurs par le ministre lui-même, 1762 faits antisémites contre par exemple 131 faits anti-musulmans.
01:16 - Est-ce que ce sont les chiffres qu'il conteste ou bien la factualité derrière ?
01:20 Il dit "je sais pas ce qu'on compte en réalité".
01:22 - Oui c'est ça. Alors évidemment les actes antisémites en tout cas, peu importe je dirais,
01:28 puisque les actes antisémites, les faits anti-musulmans et les faits antisémites,
01:31 les faits antisémites sont 13 fois plus élevés que les faits anti-musulmans, pour une population 20 fois moins nombreuse.
01:38 Donc peu importe la qualité derrière des faits, on peut imaginer quand même que le ministre de l'intérieur
01:45 qui compte ça régulièrement, le fait de façon équivalente d'un culte à l'autre.
01:51 L'idée c'est de faire passer ici qu'il y a aujourd'hui une grande montée de l'islamophobie.
01:56 C'est un scénario classique, dès qu'il y a des agressions de la part des attentats
02:03 ou des faits qui relèvent donc plutôt de la violence islamiste,
02:08 immédiatement les réseaux fréristes, les réseaux musulmans, plus largement en France et en Europe,
02:14 se mettent à crier à l'islamophobie.
02:17 - Il y aurait deux poids, deux mesures et on serait plus sensible à l'antisémitisme qu'à l'islamophobie.
02:23 C'est le message codé que nous envoie l'imam Abdelali Mahmoud, c'est ça ?
02:27 - C'est ça, et puis ça vise effectivement à relativiser bien sûr les faits antisémites.
02:32 Alors la position du recteur de la mosquée de Paris n'est pas exactement la même,
02:37 d'ailleurs il s'est fait un peu remonter les bretelles après sa sortie dans les médias.
02:43 Le recteur de la mosquée de Paris est responsable d'une institution donc très historique,
02:51 érigée en 1926 pour remercier les combattants musulmans d'avoir participé à la guerre,
02:58 qui est gérée par la société des abous et lieux saints de l'islam qui a son siège à Alger,
03:03 et qui envoie régulièrement donc des imams détachés.
03:06 - C'est le cas de l'imam Abdelali Mahmoud ?
03:08 - On n'a pas affaire à un imam détaché, on a plutôt affaire à un imam qui a été sans doute recruté
03:13 pour devenir une sorte de porte-parole, c'est un franco-algérien.
03:17 - Et donc il prêche dans l'enceinte de la mosquée ?
03:21 - Voilà, et ses intérêts à lui, à cet imam qui vient d'ailleurs, qui vient d'une mosquée d'Adalfortville je crois,
03:26 ne sont pas les mêmes que celui du recteur.
03:28 Le recteur est obligé de composer avec la ligne d'Alger et la ligne de Paris.
03:33 - Oui c'est un peu un diplomate.
03:35 - C'est ça, tandis que l'imam lui, à sa clientèle, sur les réseaux sociaux,
03:41 et sa sortie en fait, quand on regarde les réseaux sociaux, a été musulman, a été tout à fait appréciée.
03:46 Le fait qu'il ne condamne pas le Hamas, qu'il se plaigne de la hausse des actes anti-musulmans,
03:54 ce qui n'est pas avéré, mais en réalité, même si publiquement le recteur l'a désavoué,
04:04 le recteur a admis au sein de la mosquée de Paris des prêches très violents.
04:10 Si on prend par exemple le prêche du 3 novembre à la mosquée de Paris,
04:13 Gaza a été comparé à Médine assiégée comme au temps du prophète,
04:17 à une bataille qui se solda par le massacre de juifs.
04:21 Ce prêche parle de crimes odieux, d'Israël, de destruction totale,
04:26 de génocide barbare et d'extermination des Palestiniens.
04:30 - Ça c'était il y a 12 jours.
04:31 - Voilà, c'était il y a 12 jours et ça a été validé par le recteur.
04:36 - Florence Bergeau-Blackler, vous êtes une experte du frérisme.
04:39 Qu'est-ce que c'est que ce frérisme ?
04:41 Parce que vous dites que la grande mosquée de Paris est en train de se frériser.
04:45 Mais pour le grand public, ce n'est pas une notion forcément très bien connue.
04:49 - Alors le frérisme que j'ai étudié dans un livre qui est paru récemment,
04:54 c'est une vision, une identité, un plan.
04:56 Alors la vision, c'est inculqué aux jeunes enfants que la vision de l'histoire,
05:00 c'est celle qui commence avec le prophète et qui va vers l'accomplissement de la prophétie califale,
05:06 c'est-à-dire la société islamique mondialisée.
05:08 C'est une identité transnationale ou supranationale plutôt.
05:13 On est musulman avant d'être français, avant d'être corse, etc.
05:18 Et puis c'est un plan.
05:20 C'est-à-dire qu'il faut...
05:21 - C'est la méthode pour parvenir à cette société islamique mondialisée.
05:24 - Et les frères ne sont pas des grands théologiens,
05:26 ce sont des théocrates qui veulent instaurer le califat.
05:30 Et on voit petit à petit la Grande Mosquée de Paris
05:33 entretenir des relations plus étroites avec les frères de musulmans de France.
05:37 Ils participent à des réunions communes, ils signent des communautés communes.
05:41 Il vient d'ailleurs de créer l'AMAL,
05:45 qui est l'Alliance des Mosquées, Associations et Leaders Musulmans en Europe,
05:48 avec des personnalités salafistes et frères musulmans.
05:51 - Donc il y a un activisme frériste auquel la Grande Mosquée de Paris,
05:57 dites-vous, Florence Bergeau-Blacklare, est en train de s'arrimer d'une certaine manière.
06:01 - Absolument, mais plus encore de prendre le leadership
06:04 de certaines structures fréristes internationales.
06:08 - Ce frérisme aujourd'hui, vous évaluez son influence ?
06:15 À quelle hauteur, Florence Bergeau-Blacklare, en France aujourd'hui ?
06:19 - Alors la confrérie des frères musulmans,
06:21 c'est peut-être quelques milliers, peut-être dizaines de milliers de membres assermentés.
06:25 Donc relativement peu de personnes,
06:28 des gens qui ont dévoué leur vie à la confrérie.
06:31 Mais il y a un deuxième cercle, qu'on pourrait dire d'affiliés,
06:34 qui est bien plus large et bien plus influent dans la société,
06:37 qui dirige des associations dans le champ sportif, socioculturel,
06:44 puisque l'islam doit se vivre bien au-delà de la mosquée.
06:47 Ça n'est pas simplement un culte, c'est un mode de vie,
06:50 c'est le halal way of life des frères.
06:53 Donc c'est quelque chose qui passe par exemple par le halal,
06:58 le marché halal avec, on parle pas seulement de la viande,
07:02 on parle de tout type de consommation,
07:04 le fait de partir en vacances dans des hôtels halal,
07:08 enfin il y a des circuits comme ça qui amènent en fait le musulman à vivre dans l'espace du licite.
07:13 - Voilà, et pour en savoir plus, je renvoie les auditeurs d'Europe 1
07:17 vers votre dernier ouvrage, Florence Bergeau-Blacklare.
07:19 Vous avez beaucoup écrit sur le halal, mais en l'occurrence celui-ci,
07:22 "Le frèreisme, ses réseaux", paru chez Odile Jacob.
07:25 Merci d'être venue nous éclairer ce matin sur Europe 1, Florence Bergeau-Blacklare.
07:28 Bonne journée à vous. - Merci.
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