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00:02 RTL ÉVÉNEMENT
00:05 Et l'événement ce matin sur RTL, c'est cette enquête édifiante sur la consommation de drogues en milieu rural, en particulier la consommation
00:12 d'héroïne dans la meuse. On estime dans ce département qu'un habitant sur 300 en consomme. Un sur 300, c'est colossal.
00:20 Le Grand Est est même désormais la première région de France où l'on compte le plus de morts par overdose.
00:26 Bonjour Samuel Gauchemit. Bonjour. C'est vous qui avez mené cette enquête sur plusieurs mois pour RTL et vous avez rencontré un usager en rémission.
00:34 Pourquoi a-t-il commencé à se droguer ?
00:36 Le chômage qui arrive, simple, l'ennui et dans ce département de village peu peuplé, on rencontre très vite l'ami qui propose la première dose.
00:44 Après c'est le désentendre en fer. On consomme de plus en plus, on a besoin de plus en plus d'argent.
00:49 Ouais c'est 30 balles le gramme et vous pouvez monter jusqu'à 5 grammes par jour.
00:53 À 30 balles le gramme. Je vous fais pas un dessin. C'est 150 balles par jour. Il n'y a plus que ça qui compte.
00:59 Et l'héroïne c'est un enfer pour s'en sortir.
01:02 J'étais en galère, je ne savais pas quoi faire. Je voulais m'en sortir mais je ne savais pas comment.
01:06 Au début quand on est à 5 grammes par jour, au moins tu te lèves mieux, on s'en met dans la gueule.
01:09 Ça c'est clair. Il y en a qui montent encore plus.
01:12 C'est quand on a de l'argent, on monte à 5, 6 grammes. Quand on n'a pas de thunes, on se compte en 1 gramme, 1 gramme et demi.
01:17 Mais c'est 1 gramme et demi minimum.
01:19 Minimum, c'est le minimum syndical pour une personne.
01:22 Jusqu'à une prise par demi-heure, c'est faux. Samuel, pourquoi c'est l'héroïne qui a le plus de succès dans la Meuse ?
01:27 Alors deux choses. Le prix qui a baissé beaucoup et la proximité historique des Pays-Bas,
01:32 ce qui engendre un vrai phénomène ici pour le procureur de la République Barleduc, Sofian Saboulard.
01:37 Moi je fais un constat. Je fais un constat qu'on a une jeunesse en zone rurale qui consomme en effet de l'héroïne en masse.
01:43 C'est un enjeu de santé publique. Ça c'est une réalité.
01:45 C'est ce qu'on appelle le trafic du lavoir. Le consommateur en zone rurale d'héroïne
01:50 qui est désœuvré socialement, économiquement et qui tombe dans cette drogue, qui est une drogue mortifère.
01:54 Et on ne peut pas fermer les yeux sur ce point-là.
01:56 Et comme il y a un gros marché, cela attire de gros réseaux. Sophie Partout, chez procureur de Verdun.
02:00 C'est le lucre, c'est l'argent qui motive tous ces gens-là.
02:02 Dans certaines affaires, on a entendu des groupes. Alors on a eu le gang des Antillais, pour vous dire,
02:08 qui étaient venus s'installer ici quand même et qui nous disaient "c'est l'El Dorado à Verdun".
02:12 C'est l'El Dorado. On a des chiffres d'affaires de 5000 euros par jour sur un point de vente.
02:18 4 à 5000 euros par jour, il faut quand même se représenter. Donc oui, c'est l'argent qui motive.
02:23 Mais comment fonctionne ce trafic, Samuel ?
02:26 Alors la réponse, ce sont les gendarmes de la cellule spécialisée installée à Commercy qui nous la donnent.
02:30 Soit le revendeur consommateur qui lui va chercher généralement dans les grandes villes, le plus souvent à Nancy,
02:37 va ramener une vingtaine de grammes, va revendre et va lui faire sa consommation personnelle.
02:41 Et on a à côté de ça des points de deal qui sont implantés par des dealers et qui vont l'implanter
02:46 dans l'appartement d'un toxicomane et qui va vendre à longueur de journée.
02:49 Le toxicomane en échange du service rendu, de l'allocation, est rémunéré en stupéfiant.
02:54 Maintenant qu'on a bien conscience de l'ampleur du phénomène, une question forcément,
02:58 comment lutter contre cette grande graine ?
03:00 Alors, la bonne nouvelle, c'est que les deux procureurs en font une priorité,
03:02 presque une affaire personnelle malgré les difficultés, comme le dit Sofian Saboulard.
03:06 Si vous voulez tenir dans ce métier, il faut gérer la frustration.
03:09 Je partirai de ce département, il y aura encore du trafic en déruine, si c'est votre question.
03:13 Mais en tout cas, ce qui est certain, c'est qu'eux, ils doivent savoir, et ça se sait,
03:15 on le sait dans les écouts téléphoniques, on le voit, que le parquet de Barleduc et la BR sont derrière eux.
03:19 C'est rendre leur quotidien difficile, qu'ils se retournent pour s'assurer qu'il n'y ait pas de gendarmes,
03:23 qu'ils aient peur lorsqu'ils appellent, c'est ça, c'est rendre leur quotidien difficile
03:27 et qu'ils sachent que s'ils sont interpellés, la réponse judiciaire est à la hauteur de la gravité des faits commis.
03:31 Et on y arrivera.
03:32 Et à Verdun, Sophie Partouche mise aussi sur la rapidité.
03:34 Si possible, quatre jours entre le démantèlement d'un point de deal et la présentation en comparution immédiate.
03:39 En moins de deux ans, le tribunal de Verdun a prononcé un total de 37 années de prison ferme.
03:44 La lutte est difficile, mais elle est active et permanente.
03:47 La lutte contre l'héroïne dans la meuse.
03:49 Enquête signée Samuel Goldschmidt.
03:51 Merci à vous, Samuel, qui sera d'ailleurs à retrouver bientôt dans un long podcast.
03:54 À écouter dans la série Focus sur RTL.fr.
03:56 Et je rappelle ce chiffre...
03:57 - Merci beaucoup.
03:58 [SILENCE]
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