00:00 Mes amis au secours, une femme est morte cette nuit à 3h sur le trottoir du boulevard Sébastopol,
00:06 serrant sur elle le papier par lequel avant-hier on l'avait expulsée.
00:11 Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel.
00:16 Sans toit, sans pain, plus d'un presque nu.
00:21 Ça c'était les mots de l'abbé Pierre dans ce fameux appel du 1er février 54.
00:25 Il y a des choses qui ont évolué positivement depuis 54 sur la question du logement,
00:28 mais il y a encore beaucoup de monde qui n'a pas d'autre choix que de vivre à la rue et ça c'est pas acceptable.
00:32 Quand j'ai lu le scénario, j'étais vraiment ahuri de voir le romanesque de sa vie.
00:41 C'est presque une fresque, c'est épique, c'est une vie à chapitres.
00:44 En effet, je ne savais pas qu'il avait été frère capucin, puis mobilisé pendant la guerre sous officier,
00:50 résistant, un grand résistant dans le Vercors, dans le Maquis,
00:53 qu'il avait sauvé des Juifs à 3000 mètres d'altitude, qu'il les avait fait passer en Suisse,
00:57 puis député, j'avais l'impression que c'était un peu exagéré,
01:01 que les scénaristes avaient déliré alors que pas du tout.
01:03 Cette rencontre avec Lucie Coutaz, cette femme de l'ombre que personne ne connaît
01:07 et qui était absolument essentielle au mouvement Emmaüs, c'est l'histoire d'un duo.
01:10 Et ça, vraiment, je l'ai appris.
01:12 Je vais bien vous aider.
01:14 Merci ma sœur.
01:15 Je m'appelle Lucie Coutaz.
01:17 Ma sœur, c'est pour tromper les Boches et les Colabos.
01:20 Et n'imagine pas qu'une bonne sœur leur ferait un enfant dans le dos.
01:24 Comme Benjamin, je connaissais l'histoire de Lucie Coutaz,
01:27 mais pas aussi précisément.
01:29 Et c'est déterminant.
01:30 On peut presque, alors là je prends les risques en mon nom,
01:32 mais on peut presque se demander si tout ça aurait été possible sans Lucie Coutaz.
01:36 Je ne crois pas.
01:36 Et ça, c'est une magnifique histoire.
01:38 Je pense que ce film rend compte de cette histoire,
01:41 qui était une histoire de l'ombre, mais qui est déterminante.
01:43 Quand j'ai vu le film et donc revu l'abbé Pierre, ça m'a fait beaucoup d'émotion.
01:47 En particulier, le moment où l'abbé est suffisamment vieux
01:50 pour correspondre à l'époque où je l'ai connu.
01:52 Et là, ça m'a fait un choc.
01:54 Ça donne de la force, parce que c'est vraiment moi
01:56 ce qui m'avait le plus marqué chez l'abbé Pierre,
01:58 avant même de le connaître, c'est la constance.
02:01 Et moi, quand j'ai des moments de mou, parce que parfois c'est difficile,
02:03 parce qu'on n'arrive pas à aider tout le monde,
02:05 parce qu'on voit des choses très difficiles,
02:06 je repense à ce que l'abbé Pierre nous disait
02:09 ou surtout ce qu'il faisait.
02:11 Il ne lâchait pas.
02:12 C'est un grand rôle, l'abbé Pierre, en fait, c'est aussi ça.
02:13 C'est un orateur, un tribun extraordinaire.
02:16 Il avait une voix, une sincérité, un cœur qui faisait que tout d'un coup,
02:19 avec ses réquisitoires et ses fulgurances,
02:21 même les politiques les plus inflexibles l'écoutaient.
02:24 Grâce aux dons, on finance 800 projets par an
02:30 que portent 500 associations pour construire du logement, les rénover,
02:34 aider les personnes justement à pouvoir sortir de la rue,
02:36 les aider à accéder à leurs droits.
02:37 Donc, il y a tout un pan de notre société qui est extrêmement positif
02:41 et qui n'est d'ailleurs pas souvent dans le viseur de l'actualité.
02:44 Mais ça existe.
02:44 Dans la jeunesse, l'envie de dire "mais moi, je ne me contente pas d'un monde
02:48 qui produit autant d'exclusions, autant d'inégalités".
02:50 Donc, il faut le cultiver tout ça.
02:52 Le risque, c'est qu'on dégrade cette réponse sociale.
02:55 Tout le monde n'a pas vocation à être travailleur social.
02:57 Tout le monde n'a pas vocation à faire des maraudes, franchement.
03:00 Par contre, tout le monde peut apporter sa contribution
03:02 et c'est parce qu'on sera nombreux à se dire que c'est le monde que nous voulons,
03:05 que nous réussirons à faire les bons choix politiques, les bons choix économiques
03:08 et puis à exercer la solidarité concrètement au quotidien partout où on vit.
03:12 Quand un scénario arrive et qu'il y a le bonheur d'avoir à incarner ce personnage
03:15 et qu'en plus, c'est son tour des valeurs qui vous bouleversent
03:18 et qu'on a envie de communiquer, c'est gagnant.
03:20 Si le cinéma peut faire réfléchir les gens en les divertissant,
03:23 mais qu'ils sortent de la salle un peu changés et avec "pas juste, on a passé un bon moment,
03:27 mais dis donc, nous aussi, on peut apporter notre pierre à l'édifice".
03:30 Alors dans ce cas-là, oui, le cinéma peut peut-être lui aussi un peu changer le monde.
03:34 [Générique de fin]
03:36 Merci.
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