00:00 Il y a des enfants qui pensent que le bébé sort par l'anus,
00:02 il y a des enfants qui pensent que c'est totalement normal de se faire taper dessus par ses parents,
00:05 ou bien qu'il faut se forcer pour faire un bisou.
00:07 Je donne des cours d'éducation à la sexualité à mes élèves de CE1.
00:10 Est-ce que vous connaissez le nom des parties intimes de votre corps ?
00:14 Il y a le sexe, le zizi et les fesses.
00:18 Moi je voulais dire une autre chose, c'était les testicules aussi.
00:23 C'est le petit sac qu'il y a devant ton zizi.
00:26 Les petites filles par exemple,
00:27 ne savent pas forcément la différence entre l'entrée du vagin et l'anus,
00:30 à quoi sert quel trou,
00:31 pour faire comprendre à un enfant que ses parties intimes sont intimes,
00:35 qu'on n'a pas le droit de les toucher.
00:36 Il faut que l'enfant connaisse son corps,
00:38 qu'il connaisse ses parties intimes, qu'il connaisse les vrais noms.
00:40 Et en fait donner cette connaissance aux enfants,
00:42 c'est leur donner un pouvoir sur eux-mêmes.
00:43 Si pour les garçons c'est le pénis,
00:46 pour les filles c'est la pénesse.
00:48 Mais ça permet aussi d'abord de l'hygiène.
00:49 Comment expliquer à une petite fille qu'il ne faut pas s'essuyer de l'anus vers le vagin
00:53 parce que ça peut causer des infections ?
00:55 Il faut leur expliquer que les trous sont à côté
00:56 et qu'il faut s'essuyer dans ce sens-là.
00:57 Des choses aussi bêtes que ça.
00:58 Ça sert à quoi l'anus ?
00:59 C'est là où le pipi passe.
01:01 C'est pour que la graine passe.
01:05 C'est pour que le bébé sorte.
01:07 Il vous sorte que les enfants tombent du ciel,
01:09 que les enfants naissent tout habillés.
01:11 Et ils ne savent pas par où sortent les enfants physiquement.
01:13 Un conseil à ce point, c'est de réfléchir déjà.
01:16 C'est réfléchir à quoi ?
01:17 Ça vient d'un verbe Arthur, tu sais ?
01:19 Concentrer.
01:21 Le consentement, ça commence à leur expliquer
01:23 que pour avoir un contact avec quelqu'un
01:25 ou même pour emprunter un objet à un autre enfant,
01:28 il faut lui demander son accord.
01:30 J'avais envie de leur faire entendre ce mot
01:31 et de leur faire comprendre que toutes les relations humaines
01:34 doivent être basées sur le consentement.
01:36 Moi, ma tata, parfois elle me fait des câlins
01:40 sans que j'ai envie, parce que j'ai envie de jouer avec mon cousin.
01:44 Moi, je le fais parce que j'ai pas envie de la rendre triste.
01:48 Nous, adultes, on ne respecte pas leur consentement aux enfants.
01:51 On ne respecte pas quand ils ne veulent pas de bisous,
01:52 on ne respecte pas quand ils ne veulent pas de câlins.
01:54 Je lui ai dit que je voulais me laver toute seule
01:56 et que j'étais assez grande, mais elle ne m'a pas écoutée.
02:01 Si nous, les adultes, on ne respecte pas le consentement des enfants,
02:03 eux ne vont pas respecter celui des autres,
02:05 mais surtout, ils vont comprendre que leur consentement n'a pas de valeur,
02:08 que ce qu'ils ressentent n'a pas de valeur,
02:10 que ce qu'ils pensent n'a pas de valeur,
02:11 que ce qui compte, c'est de faire plaisir aux autres.
02:12 Et ça, malheureusement, ça ouvre les portes aux violences,
02:15 et aux violences sexuelles.
02:16 Assez vite, les enfants commencent à me raconter ce qu'elles vivent à la maison.
02:19 Je ne peux pas vous retranscrire leurs paroles telles quelles,
02:21 pour les protéger, eux et leur famille.
02:23 Alors, on a fait rejouer la discussion à des adultes.
02:26 Moi, je me suis pris quatre claques derrière le dos.
02:28 Il m'a fait ça, mon père,
02:29 juste parce que je lui demandais de me lire une histoire.
02:31 Moi, mon papa, il m'a tapé le dos juste au-dessus des fesses.
02:33 Je n'avais plus du tout envie d'être sa petite fille.
02:35 Ce couple, les enfants ne savent pas qu'on n'a pas le droit de les taper.
02:38 Ils ne connaissent pas leurs droits, ils ne connaissent pas la loi.
02:40 Pour moi, c'était la chose la plus importante à leur dire,
02:42 avec leur intimité et de respect de leur intimité,
02:45 c'était qu'ils ont des droits et que les adultes sont obligés de les respecter.
02:49 Et que s'ils ne le font pas, ce n'est pas de leur faute à eux, aux enfants,
02:52 c'est de la faute des adultes.
02:53 Je sais qu'il y a un petit garçon qui est allé voir ses parents en disant
02:56 "tu sais que tu n'as pas le droit de me taper, c'est interdit par la loi".
02:58 Et au final, ils ont super bien réagi parce qu'ils ont écouté leurs enfants.
03:01 Ils se sont dit "ok, c'est vrai, tu as raison,
03:03 on va essayer de faire autrement, on va essayer de changer un peu ça".
03:05 Les parents, c'est un gros sujet parce que je pense que c'est une des raisons
03:07 pour lesquelles beaucoup de profs ne font pas d'éducation à la sexualité.
03:10 C'est la crainte de la réaction des parents.
03:12 C'est un sujet sensible pour tout le monde parce que ça fait appel à des choses intimes,
03:15 ça fait appel à des valeurs qu'on a qui ne sont pas les mêmes pour tout le monde.
03:18 Moi ce que j'ai essayé de faire dans le podcast, c'est de dépasser ces clivages
03:21 en disant "ok, on n'est pas tous d'accord, mais la priorité c'est quand même les enfants".
03:25 Les protéger des discriminations, les protéger de la haine de soi.
03:28 Quand on comprend qu'on est homosexuel ou bisexuel ou pas cisgenre
03:31 et que toute notre vie on a entendu que ce n'était pas bien,
03:33 que c'était pas normal, que c'était bizarre, que c'était sale,
03:35 on grandit avec une haine de soi.
03:36 Les protéger des violences, aujourd'hui c'est vraiment les transidentités
03:39 qui crispent tout le monde et qui crispent même les parents les plus ouverts.
03:42 On ne veut pas que les enfants n'entendent parler
03:43 parce qu'on a peur que ça les perturbe dans leur développement.
03:45 Mais ce qui perturbe un enfant dans son développement,
03:47 c'est justement de ne pas parler de certaines choses,
03:49 de mettre des voiles sur certaines choses.
03:51 Et puis il y a aussi cette idée qu'on va parler de sexualité,
03:54 qu'on va sexualiser les enfants.
03:56 On sait que les enfants voient des images pornographiques très jeunes.
03:59 Notre monde est sexualisé.
04:00 Donc soit on est là en tant qu'adultes référents pour les aider, les accompagner,
04:04 les aider à décrypter ce monde,
04:06 soit on les laisse se débrouiller en fait.
04:07 Mais on sait bien ce que ça donne quand on les laisse se débrouiller,
04:09 ça donne nos générations qui ont eu plein de tabous,
04:12 qui sont parfois traumatisées, qui ont grandi avec la haine de soi.
04:15 Voilà, l'idée c'est quand même de changer un peu ce qu'on fait depuis 50 ans
04:19 qui ne tourne pas hyper bien.
04:20 Moi j'ai commencé l'éducation à la sexualité sans vraiment le savoir
04:22 et c'est en faisant mon podcast et mon enquête que j'ai découvert
04:25 que c'était dans la loi depuis 2001
04:26 et que chaque prof devait dispenser chaque année
04:29 trois séances à ses élèves sur la sexualité.
04:30 Un des gros obstacles à la loi c'est que les profs ne sont pas formés,
04:33 c'est qu'il n'y a pas de moyens à louer,
04:34 il n'y a pas de temps dans l'emploi du temps à louer.
04:36 Et quand on a peur des parents, qu'on ne sait pas comment s'y prendre,
04:38 qu'on n'est pas formé, eh ben on ne fait pas.
04:40 Je pense qu'on devrait commencer peut-être par là, par les profs.
04:42 *BIP*
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