00:00 11 kilos d'oignons.
00:01 Là, vous allez pleurer, les gars.
00:02 C'est une vie, ouais.
00:03 Je ne sais pas si je reprendrai une bouche qu'aujourd'hui.
00:05 Je ne sais pas.
00:05 Je gagnais mieux de la vie quand j'ai commencé.
00:07 Ça, c'est clair.
00:08 Pour pouvoir payer tout le monde,
00:10 il y a des mois où je ne me fais pas de salade.
00:11 Les gens ont du mal à payer les fins de mois, ouais.
00:13 Ah ouais ?
00:14 Et ça se ressent sur la consommation.
00:15 Bonjour.
00:20 Là, on va à Rungis
00:24 pour faire les achats
00:25 au début de semaine.
00:29 Je suis venu au minimum deux fois par semaine.
00:31 Ça y est, les gars.
00:34 Blouse blanche obligatoire.
00:36 Je m'appelle Xavier.
00:40 Je suis bouché depuis 87.
00:41 Je suis marié, j'ai une fille.
00:43 J'ai 52 ans.
00:44 On va aller du côté de la volaille
00:47 et de la triperie,
00:49 ainsi que le porc.
00:50 Ça va ?
00:51 Tu vas bien ?
00:52 Ça va et toi ?
00:52 Ouais.
00:53 Oh, c'est le bordel.
00:55 T'es déjà débordé.
00:57 Ça va, toi ?
00:58 Ouais.
00:59 Avant, il y avait plus d'ambiance comme ça.
01:01 Maintenant,
01:03 tout le monde fait plus de moi la gueule.
01:05 Avant, ça formait plus que ça.
01:08 Bon, les gars.
01:12 On va finir à Rungis.
01:13 On va à la boutique
01:14 faire la mise en place.
01:15 C'est reparti.
01:19 Blouse, veste, tablier.
01:21 J'ai commencé par faire les carreaux.
01:23 Je suis bouché depuis 1987.
01:25 Mes parents ont acheté la boucherie en 1976.
01:28 Et je l'ai repris en 2008.
01:30 C'est un métier dangereux.
01:31 Il y a un problème qui peut arriver,
01:32 c'est les coupures.
01:33 Je suis désolé, c'est le majeur,
01:35 mais je n'ai pas vu un couteau en dessous d'un autre.
01:37 Et puis, je me suis coupé.
01:39 C'est ma faute.
01:39 Chez nous, ça n'arrive pas souvent.
01:41 On fait attention,
01:42 on n'est pas stressé.
01:43 Est-ce que tu te coupes quand tu es stressé ?
01:45 Mon père aussi s'est coupé la cuisse.
01:47 Il a eu une nuit à l'hôpital.
01:48 Et puis, ça s'est remis.
01:51 Ça faisait 15 jours qu'il avait pris la boutique.
01:53 Il est retourné bosser à la suite.
01:55 On est dans un milieu aussi glissant.
01:57 Par terre, c'est toujours gras.
01:58 Ça nous arrive de tomber aussi.
02:00 On a quand même des poids à soulever.
02:02 Le plus lourd que j'ai soulevé, c'est 80 kg.
02:04 Je me faisais mal au dos.
02:05 Maintenant, on a un trouille, on essaie de faire attention.
02:08 Si tu ne veux pas porter,
02:09 si tu ne veux pas faire ce métier-là.
02:11 Je n'ai personne derrière pour reprendre le relais.
02:19 Je ferais que je vende.
02:20 Ma fille, elle ne fera pas la boucherie.
02:21 Je ne la forcerai pas à faire ce métier-là.
02:23 Depuis le Covid, on a mis des vitres.
02:25 En plus, ça évite que des grands passent la main
02:29 et viennent toucher à rien.
02:30 Moi, j'en ai vu.
02:31 Tu regardes les matchs.
02:38 Moi, j'ai l'impression qu'ils étaient payés
02:40 par les Sud-Africains pour perdre.
02:42 Maintenant, je ne regarde plus.
02:43 C'est la France qui m'intéresse.
02:45 Tu prends le boucher, même les roses vives,
02:47 ça ne t'intéresse pas ?
02:48 Pas cela.
02:49 Il est 7 heures.
02:50 Puis dans une heure, c'est l'ouverture.
02:52 Là, je prépare mon boudin.
02:53 Il faut 11 kilos d'oignons.
02:55 C'est une recette de mon grand-père.
02:57 Là, vous allez pleurer.
02:58 Une journée, je commence à 5 heures.
03:04 Puis, je termine le soir à 7 heures et demie
03:08 avec une coupure de 2 heures et demie l'après-midi.
03:10 Je ne travaille pas le lundi.
03:11 Sinon, je travaille tous les jours.
03:12 Lundi, j'ai toujours 2-3 courses à faire,
03:14 2-3 petits trucs à faire.
03:15 Moi, je travaille 65-70 heures par semaine.
03:19 J'ai toujours fait ça.
03:21 Mon métier, je ne sais pas si c'est un métier d'avenir ou pas,
03:25 à l'heure actuelle.
03:26 Je ne sais pas ce que ça va donner.
03:27 On vend moins de viande.
03:28 Par contre, on vend plus d'à côté,
03:30 un peu plus de près-l'appareil.
03:32 Le métier change.
03:33 Je ne sais pas si je reprendrai une boucherie aujourd'hui.
03:35 Je ne sais pas.
03:36 J'ai gagné mieux de la vie quand j'ai commencé,
03:38 ça, c'est clair.
03:39 Pour pouvoir payer tout le monde,
03:40 il y a des mois où je ne me fais pas de salaire.
03:42 Et les deux mois où je me fais 1 000 euros de salaire,
03:44 ce n'est pas tous les mois,
03:45 mais bon, les prix ont augmenté à l'achat,
03:47 mais je ne peux pas répercuter sur le prix de vente.
03:49 Sinon, les clients ne viennent plus et je n'aurai plus personne.
03:51 Les gens ont du mal à payer les fins de mois.
03:53 Et ça se ressent sur la consommation.
03:55 Quand tu payes l'essence à presque 2 euros le litre,
03:58 c'est ce que tu dépenses en moins dans le commerce derrière.
04:00 Je suis à mon compte.
04:01 Ce qui manque, c'est une couverture en cas où,
04:03 si on se plante, on n'a pas le droit de chômage.
04:05 Je suis obligé de prendre une assurance pour me couvrir.
04:07 Si je me blesse ou que je suis malade,
04:10 j'ai une assurance pour me payer des indemnités
04:13 pour pouvoir embaucher quelqu'un.
04:14 Je paye beaucoup de charges,
04:15 mais je ne suis pas assez protégé.
04:17 Ça pourrait être inclus dans les charges,
04:19 pour avoir le droit au chômage.
04:20 Ma femme est conjointe collaboratrice.
04:22 On est deux, on est à la rue.
04:23 Macron avait dit qu'il ferait pour qu'on ait le droit au chômage,
04:26 et on ne l'a pas.
04:27 Nous, les artisans, je ne suis pas depuis ça.
04:29 Les boulangers, c'est pareil,
04:31 mais bon, ça ira mieux dans quelques années, quelques temps.
04:34 Avec mes gars et mes clients, c'est super sympa.
04:42 On s'est connus depuis tout.
04:43 On a 15 ans, on s'est connus.
04:45 Mais ça, ça n'a pas de prix.
04:47 Il est 8h, donc on va ouvrir,
04:49 et les premiers clients vont arriver.
04:51 J'espère qu'on va avoir pas mal de clients aujourd'hui.
04:53 Bonjour !
04:54 Ça va ?
04:55 J'aurais besoin de brillettes de porc et de pâté de poisson.
05:00 [Musique]
05:10 [SILENCE]
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