00:00 - C'est la question du jour, avez-vous eu des difficultés pour trouver un médicament prescrit par votre médecin ?
00:04 On va en parler dans un instant avec Christelle Carmel qui est la présidente du syndicat des pharmaciens de l'Euro.
00:09 D'ailleurs vous êtes là, bonjour, bienvenue.
00:11 - Bonjour.
00:11 - Vous n'êtes même pas assise, que déjà il y a des questions qui arrivent parce que Liliane qui joue avec nous là il y a un instant,
00:17 visiblement a quelques soucis. Liliane, expliquez-nous.
00:19 - Oui bonjour, j'ai un problème avec un médicament pour mon cœur, ça s'appelle le flécaïne ou le flécaïdine 150.
00:27 Et ma cardio elle m'a dit faites toutes les pharmacies de Montpellier pour trouver et j'arrive pas, j'en ai fait 5 donc je vais pas faire tout l'Euro.
00:34 Voilà, et un problème pour mon cœur, pour l'arrhythmie.
00:37 - Je pense que notre invité n'a pas forcément la réponse de où en trouver mais voilà comment ça se fait qu'elle a effectivement des soucis pour s'apprévisionner,
00:44 c'est surtout la question qu'on se pose ce matin Xavier.
00:46 - Oui avec Christelle Carmel, présidente du syndicat des pharmaciens de l'Euro.
00:49 Est-ce que la situation dans laquelle est Liliane, sans rappeler où on peut trouver peut-être le médicament qu'elle cherche précisément,
00:55 ou en tout cas c'est quelque chose auquel vous êtes confronté dans l'Euro ?
00:58 - Tous les jours.
00:59 - Tous les jours ?
01:00 - Notamment pour le médicament dont parle Liliane.
01:02 - Alors est-ce que c'est, on va prendre un cours, c'est un antibiotique ?
01:06 - Pas du tout, c'est un médicament pour le cœur en l'occurrence dont elle parle,
01:09 mais voilà donc quand même un médicament on va dire très important pour sa santé.
01:14 - Est-ce qu'on est en mesure de lui répondre, de lui dire il y en a à tel endroit ou est-ce que c'est quand même super flou ça ?
01:18 - On va pas faire de pub.
01:19 - D'accord, d'accord, on peut en trouver quand même quoi.
01:22 - Je pense qu'elle peut en trouver, oui.
01:23 - C'est quoi les types de produits donc qui sont en pénurie dans les pharmacies ?
01:27 Ce sont majoritairement les antibiotiques quand même ?
01:30 - Alors on parle des antibiotiques parce qu'on va dire que c'est la saisonnalité qui veut ça
01:33 et que actuellement voilà l'hiver, le froid, tout le monde commence à être malade,
01:37 le changement de saison, on est fatigué.
01:39 Mais il n'y a pas que les antibiotiques, il y a aussi les médicaments pour le cœur comme celui de Liliane,
01:45 les médicaments pour le diabète, les médicaments pour la tension,
01:49 les médicaments, enfin voilà, tout type de médicaments, tout type de molécules,
01:53 aujourd'hui, peut être en rupture en France.
01:55 - Eh bien on va voir ça peut-être avec Bernadette aussi qui nous appelle du gros du roi.
01:59 Bonjour Bernadette !
02:00 - Oui bonjour.
02:01 - Vous cherchez votre médicament tous les mois, c'est ça ?
02:05 - Ah oui depuis le début de l'année, c'est une galère pas possible,
02:08 je fais au moins 15 pharmacies tous les mois pour arriver à trouver,
02:12 ou je peux avoir quelquefois, il y a eu des mois où j'ai été obligée de faire 2 pharmacies
02:16 pour arriver à avoir le traitement.
02:18 - C'est quoi votre traitement ?
02:20 - Le Betacyarc, alors Betacyarc, Betaxime, ou Lectil, enfin vous savez le générique,
02:25 peu importe, mais j'essaie, et là depuis un mois, j'ai diminué à une dose par jour,
02:31 mais je sens vraiment la différence.
02:33 - Christelle Carmel, est-ce que le cas de Bernadette,
02:36 est-ce que vous voyez aussi des patients qui soit suivent moins bien leur traitement,
02:40 du coup mécaniquement, ou alors carrément ne suivent plus du tout leur traitement du fait de cette pénurie ?
02:43 - Absolument, parce que dans le cas de Bernadette,
02:45 alors pour le coup, c'est que là on ne peut pas du tout changer, il n'y a pas d'équivalent.
02:48 Donc même si on se rapproche du médecin, même si on essaye de trouver une solution avec lui,
02:52 il n'y a pas d'équivalent à la molécule qu'elle prend.
02:55 - Et alors comment on explique cette pénurie ?
02:57 Pourquoi Bernadette et d'autres qui nous écoutent,
02:59 continuent à témoigner avec nous sur France Bleu Héros,
03:01 pourquoi ont-ils tant de problèmes à trouver leurs médicaments ?
03:04 - Parce qu'en fait, en France, le seul prix qui baisse, c'est le prix du médicament.
03:08 Votre baguette de pain, elle augmente, le paquet de cigarettes, il augmente,
03:10 l'essence, elle augmente, l'électricité, elle augmente.
03:13 Mais la seule chose qui diminue en France, c'est le prix du médicament.
03:15 - Et donc ça veut dire quoi ?
03:16 Ça veut dire que ce n'est pas intéressant pour les laboratoires de vendre des médicaments ?
03:19 - Après, ils préfèrent aller les vendre, oui, là où on les paye plus cher.
03:22 - À l'étranger, vous voulez dire ?
03:23 - À l'étranger.
03:24 - Comment... un des arguments avancés par le ministère de la Santé,
03:27 c'est qu'il y a des grosses pharmacies qui feraient beaucoup de stocks,
03:30 et que du coup, dans les petites pharmacies, il y aurait moins de flux, forcément, de marchandises.
03:35 Est-ce que c'est une réalité ?
03:37 - Alors ça, c'est absolument faux, parce que les deux personnes qui viennent de témoigner,
03:41 elles peuvent trouver leurs médicaments dans une plus petite pharmacie
03:44 ou dans une grosse pharmacie.
03:46 Ça n'a rien à voir avec l'histoire des stocks.
03:48 Le gouvernement, en fait, on va dire, s'est retourné contre les pharmaciens
03:52 et a expliqué que c'était les pharmaciens qui avaient créé la pénurie.
03:55 Moi, je ne connais pas un chef d'entreprise qui fait des stocks au-delà de son délai de paiement.
03:59 Ça, c'est juste un principe du commerce.
04:01 On n'a aucun intérêt aujourd'hui à faire des stocks.
04:04 Expliquez-moi pourquoi je vais faire des stocks.
04:06 On va dire que comme chaque année, on fait un peu, en fonction de la saison,
04:09 ce que je vous disais tout à l'heure, on fait un petit peu de stock d'antibiotiques,
04:13 on fait un petit peu de stock, quand on arrive au printemps,
04:16 sur des antihistaminiques, contre l'allergie.
04:18 Je vais vous dire, quand il va y avoir une épine-épine gastro,
04:22 on va faire aussi des stocks par rapport à ces médicaments-là,
04:25 mais je veux dire, on gère ça en bon père de famille et en tout cas en bon chef d'entreprise.
04:29 Donc, je ne vais pas faire des mois et des mois de stock,
04:32 alors qu'aujourd'hui, le délai de paiement ne me le permet pas.
04:35 Et dans tous les cas, c'était des pratiques qui, si elles existent,
04:38 existaient déjà avant et on a juste eu ce nombre de pénuries.
04:42 En tout cas, que ce soit le cas de Bernadette,
04:44 et on voit même les résultats de notre sondage que nous avons fait sur les réseaux sociaux,
04:47 200 personnes ont répondu à la question
04:50 "Avez-vous déjà eu des problèmes pour trouver les médicaments prescrits par votre médecin ?"
04:54 C'est du 2/3, 1/3, 2/3 qui disent "Oui, j'ai déjà eu des problèmes".
04:57 Christelle Carmel, on est face à un enjeu de santé publique, du coup,
04:59 si les gens ne peuvent plus trouver le médicament qui leur est prescrit,
05:03 c'est quand même grave.
05:05 Oui, c'est grave.
05:07 La santé de chacun est en danger.
05:10 Justement, le ministre de la Santé, Aurélien Rousseau,
05:13 doit réunir cette semaine les différents acteurs de la filière
05:16 pour faire un petit peu le point sur tout ça.
05:18 Il devait être dans l'héros et dans le gars aujourd'hui, son déplacement a été annulé.
05:20 Si vous l'aviez en face de vous, le ministre de la Santé,
05:22 qu'est-ce que vous lui diriez, qu'est-ce que vous lui demanderiez ?
05:25 Je lui demanderais qu'il s'occupe de la santé de proximité
05:30 et que surtout, on va dire, on est le dernier rempart,
05:34 on a des déserts médicaux aujourd'hui,
05:36 on est en train de créer des déserts pharmaceutiques,
05:39 parce qu'aujourd'hui, il faut quand même imaginer
05:41 qu'il y a 25 pharmacies par mois qui ferment en France,
05:44 donc c'est énorme.
05:46 C'est à la fois dans les grandes villes et c'est à la fois aussi à la campagne,
05:50 qu'il aide tous les acteurs du médicament,
05:53 c'est sûr, les industriels, il va falloir aussi remonter le prix du médicament
05:57 pour que le médicament soit accessible à chacun.
05:59 Donc voilà.
06:00 C'est difficile à entendre comme discours, ça, forcément,
06:02 d'augmenter les prix du médicament,
06:04 ça voudrait dire plus de dépenses, forcément ?
06:07 Oui, alors, rendez-vous compte quand même
06:11 qu'un traitement antibiotique, c'est le prix d'un café à une terrasse à Paris.
06:17 Voilà, votre traitement antibiotique, vous êtes malade,
06:20 c'est le prix d'un café, une terrasse à Paris.
06:23 Je ne suis pas sûre qu'on soit dans des grandes dépenses.
06:25 Alors certes, il y a des médicaments qui valent très cher
06:27 pour, on va dire, des maladies plus rares,
06:32 pour des maladies très graves,
06:34 mais on va dire quand même que là, on parle d'antibiotiques,
06:37 on parle de la flécaïne, on parle de la bétahistine,
06:40 là, on a des médicaments qui valent quelques euros, quoi.
06:42 Un, deux, trois euros.
06:44 Donc, on ne peut pas me dire ça.
06:46 On vous pose la question ce matin,
06:47 avez-vous eu des difficultés pour trouver un médicament prescrit par votre médecin ?
06:50 Vous avez encore quelques secondes pour nous appeler au 0467 58 6000
06:54 et on voit aussi sur la page Facebook vos commentaires,
06:56 puisqu'on a mis la question sur la page Facebook.
06:59 Et effectivement, il y a Virginie qui dit,
07:01 en tant que pharmacienne, je suis contente que vous parliez de ça au grand public,
07:04 c'est un très gros problème.
07:06 Il y a aussi Odile qui, visiblement, a des soucis pour trouver des crèmes de nuit ophthalmiques,
07:10 apparemment, et de la vitamine A également.
07:12 Catherine est aussi vent debout,
07:15 et nous dit effectivement que ce n'est pas normal qu'on ne trouve pas les médicaments qu'on nous prescrit.
07:20 Donc, voilà, c'est plutôt…
07:21 Ça donne quoi au niveau des résultats, d'ailleurs, sur la question ?
07:23 Sur la question, je vous l'ai dit, c'est du 2/3 à 1/3.
07:26 2/3 des participants, il y a 200 personnes qui ont voté,
07:28 répondent que oui, ils ont ou elles ont eu déjà des problèmes
07:32 pour trouver les médicaments prescrits par leur médecin.
07:34 Donc, c'est assez prégnant.
07:36 En tout cas, Christelle Carmel, il y a une question peut-être évidente,
07:41 mais est-ce qu'on va passer l'hiver ?
07:42 Est-ce que ça va être compliqué pour certains traitements, vraiment ?
07:45 Est-ce qu'on va rentrer dans le dur ?
07:47 Alors, je ne suis pas là pour affoler la population.
07:49 Je ne suis pas de vin non plus,
07:51 mais je peux vous dire que l'hiver va être difficile, oui.
07:53 Il l'est déjà.
07:54 On est dans les roues et il ne fait pas encore trop froid.
07:57 Parce qu'avec la saison, vous voulez dire, forcément,
07:59 les petites maladies de saison vont augmenter.
08:02 L'un de vos combats aussi, vous en avez un petit peu parlé,
08:05 c'est la santé financière des officines.
08:07 Est-ce qu'on risque, selon vous, on parle beaucoup des déserts médicaux,
08:10 est-ce qu'on risque des déserts pharmaceutiques ?
08:12 Oui, c'est ce que je vous disais, oui.
08:14 Alors, il y a des fermetures, on va dire, de pharmacie en ville,
08:17 et il y a des fermetures de pharmacie en campagne,
08:20 et même dans des campagnes très reculées,
08:22 où, on va dire, il ne reste que le pharmacien
08:25 en professionnel de santé,
08:27 ouvert 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.
08:30 Là aussi, c'est un enjeu de santé publique ?
08:32 Oui.
08:33 Et qui est pris à bras le corps, selon vous, pas nécessairement ?
08:37 Pas suffisamment.
08:38 Il y a 20 000 officines en France,
08:40 on ne peut pas se permettre d'enfermer 25 par mois encore pendant longtemps.
08:44 Il y a combien de pharmaciens dans le département ?
08:47 Dans le département ? 450, 400, pardon.
08:50 400 pharmaciens.
08:51 Oui, mais vous voyez, l'an dernier, il n'y a pas eu une fermeture,
08:54 cette année, on est déjà à deux fermetures dans l'Hérault.
08:57 Et c'est une tendance qui pourrait s'accélérer dans les mois et les années qui viennent.
09:01 Merci beaucoup Christelle Carmel, présidente du syndicat des pharmaciens de l'Hérault.
09:05 Merci d'avoir été avec nous ce matin sur France Bleu Hérault.
09:08 Merci pour votre invitation.
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