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00:09 En France, 3,5 millions de personnes souffrent de BPCO
00:13 ou bronchopneumopathie chronique obstructive.
00:16 Une maladie respiratoire qui s'accompagne de complications aigües
00:20 et quand la maladie s'aggrave, elle se manifeste alors
00:23 par des exacerbations qui peuvent conduire à l'hospitalisation des patients.
00:27 Mais est-ce possible d'éviter ce stade sévère ?
00:29 Voici la question du jour et nous allons la poser au professeur Crestani,
00:34 chef de service de pneumologie à l'hôpital Bichat à Paris.
00:37 Et en fin d'émission, nous aurons aussi le plaisir de nous connecter avec Patrice Canut,
00:42 président de l'association Second Souffle, atteint lui-même de BPCO.
00:46 Bonjour professeur.
00:48 – Bonjour.
00:48 – Alors professeur, je l'ai dit, la BPCO, c'est une maladie qui atteint les poumons,
00:53 une maladie respiratoire.
00:54 Quels en sont les symptômes et surtout qui concernent-elles ?
00:57 – Alors c'est une maladie chronique, c'est une maladie qui va entraîner
01:00 une obstruction des bronches.
01:02 – D'accord.
01:02 – La maladie va se développer insidieusement, tout doucement,
01:07 sans qu'on s'en rende compte.
01:09 Elle va toucher en France essentiellement les patients
01:12 qui sont exposés à un environnement toxique.
01:14 Le premier environnement toxique c'est le tabac.
01:16 – Le tabac évidemment.
01:17 – Mais il peut y avoir d'autres environnements toxiques sur le lieu de travail,
01:20 lorsqu'on respire, on peut développer une inflammation des bronches
01:23 qui va entraîner une BPCO.
01:26 Il y a différents stades de BPCO.
01:27 Le pneumologue, lorsqu'il va mesurer le souffle,
01:29 et c'est très important de mesurer son souffle,
01:31 va apprécier la sévérité de l'obstruction des bronches.
01:34 Alors finalement, quels sont les symptômes ?
01:36 C'est ce que vous me demandez.
01:37 – Oui, tout à fait.
01:37 – C'est la toux d'abord, tousser, écraser, ce n'est jamais normal.
01:41 – Ok, même quand on fume.
01:43 – Même quand on fume, surtout quand on fume je dirais.
01:46 Deuxième chose, être essoufflé, ça n'est jamais normal.
01:49 Même quand on fume, même quand on a 70 ans,
01:52 ça n'est jamais normal d'être essoufflé.
01:54 Donc la toux, l'écrasat, l'essoufflement sont les symptômes
01:58 qui doivent inquiéter, qui doivent conduire à consulter son médecin traitant.
02:02 – Alors, il y a un phénomène d'exacerbation aussi dans cette maladie.
02:06 On en parlait, alors j'aimerais bien savoir ce qu'est une exacerbation.
02:10 Moi je me dis, est-ce que c'est une toux qui n'en finit pas ?
02:13 Est-ce que c'est un signe d'une maladie qui s'aggrave justement,
02:16 qui a un stade un peu plus sévère ?
02:19 – L'exacerbation est plus fréquente quand la maladie est plus sévère, c'est vrai.
02:22 Qu'est-ce que c'est ? C'est l'aggravation pendant plusieurs jours de la toux,
02:26 éventuellement avec des écrasats qui deviennent purulents,
02:28 et un essoufflement qui s'aggrave.
02:30 Éventuellement, ceci peut survenir avec de la fièvre ou sans fièvre.
02:34 Il faut savoir que le facteur déclenchant principal des exacerbations,
02:38 c'est l'infection virale, qui peut survenir en hiver,
02:41 mais qui peut survenir également à la belle saison.
02:44 – Bien sûr.
02:44 – Et donc ça peut être la grippe, ça peut être le coronavirus,
02:47 ça peut être aussi les bactéries, et donc c'est pour ça qu'on se vaccine.
02:50 – Oui, on se vaccine, c'est très important, on le rappelle.
02:52 Et alors ces exacerbations, elles peuvent conduire finalement à l'hospitalisation.
02:56 Est-ce à dire que la vie des patients est en danger ?
03:00 Et est-ce qu'on peut les traiter finalement ?
03:02 – Une exacerbation, c'est jamais anodin.
03:04 Faire une exacerbation, c'est un mauvais signe dans une maladie,
03:07 ça doit inquiéter, ça doit faire faire un bilan.
03:10 Alors bien sûr, l'exacerbation, on va commencer par la traiter,
03:13 et on a des bons traitements.
03:14 On va donner des antibiotiques s'il y a une infection bactérienne.
03:17 – D'accord.
03:17 – On va donner toujours des bronchodilatateurs.
03:19 Les bronches rebouchées, on essaie de les ouvrir.
03:22 Éventuellement, on peut donner des anti-inflammatoires à des bronches,
03:25 si c'est nécessaire, de l'oxygène à la phase aiguë, qu'on arrêtera secondairement.
03:29 Au maximum, on va être amené à l'hôpital.
03:31 Et il faut parfois aider d'ailleurs les patients à respirer.
03:34 Pour ça, on a des ventilations non-invasives pendant quelques jours
03:38 qui vont permettre de passer le cap aigu.
03:40 – Merci infiniment, professeur.
03:42 Vous restez avec moi, c'est le moment de nous connecter avec notre patient,
03:45 Patrice Canut. Bonjour Patrice.
03:48 – Bonjour.
03:49 – Alors vous, vous avez été diagnostiqué très jeune,
03:52 à l'âge de 44 ans à peine, de BPCO.
03:54 Vous étiez à un stade 2 de la maladie.
03:57 Vous avez perdu 74% de votre capacité respiratoire
04:01 et vous avez aussi connu l'hospitalisation d'urgence
04:04 dont on parlait avec le professeur Crestani.
04:07 Quelles conséquences finalement sur votre vie, Patrice ?
04:10 – La toute première, en me concernant,
04:11 parce que ce n'est pas le cas de tous les BPCO,
04:13 a été à la fois la perte de mon travail
04:16 et ça a impliqué la perte du tissu social,
04:19 ça a été la perte de la confiance en soi.
04:23 C'est beaucoup de pertes.
04:24 Être diagnostiqué BPCO, dans mon cas,
04:26 ça a entraîné beaucoup de pertes,
04:27 et notamment celle d'être en cadre actif.
04:32 – Vous me semblez particulièrement actif.
04:34 Est-ce que ça veut dire qu'on peut vivre quand même bien,
04:37 relativement normalement,
04:39 je n'aime pas le mot "normalement"
04:40 mais on est obligé peut-être de le dire là,
04:42 avec une BPCO ?
04:43 – On vit différemment,
04:45 mais on peut vivre effectivement bien avec une BPCO.
04:49 Je pense à une condition absolue,
04:50 c'est d'abord d'être observant des traitements qu'on nous donne
04:53 et ensuite d'être acteur de notre maladie.
04:56 Et pour être acteur de sa maladie,
04:58 il faut être tout simplement acteur de sa vie
05:01 et donc être actif, avoir des loisirs,
05:04 avoir des instants qui font qu'on reste pas chez soi.
05:09 Et donc je me suis mis à chercher une activité sportive
05:12 ou physique plutôt adaptée.
05:15 Moi il s'est trouvé que c'était le golf.
05:17 Et à partir de ce moment-là,
05:19 on vit différemment, on se restructure différemment
05:21 et on peut vivre effectivement heureux avec une BPCO.
05:24 – Merci beaucoup Patrice.
05:26 Alors professeur Crestani,
05:28 on vient d'entendre ce témoignage quand même.
05:30 Alors on comprend bien que la maladie,
05:32 elle a véritablement des conséquences sur la vie des patients.
05:37 Patrice par exemple a dû s'arrêter de travailler
05:39 à l'âge seulement de 44 ans.
05:41 Il a été mis en invalidité pour autant.
05:43 Il fait aussi du sport, de l'activité physique.
05:45 Il nous a parlé du golf.
05:48 Toute la question est donc de se dire
05:50 qu'il y a aussi de l'espoir professeur
05:53 et qu'on peut prendre en charge la BPCO.
05:56 Comment fait-on pour vivre le mieux possible ?
05:59 – Il est indispensable d'être pris en charge.
06:01 On va être pris en charge par son médecin traitant, son pneumologue.
06:05 Il y a deux types de prise en charge.
06:07 Je dirais la première, elle est médicamenteuse.
06:09 C'est je vais prendre des bronchodilatateurs,
06:12 je vais prendre éventuellement des anti-inflammatoires
06:14 qui vont permettre de déboucher les bronches qui sont bouchées.
06:17 Je vais me protéger contre les exacerbations.
06:19 Et ça c'est se vacciner contre la grippe, le coronavirus,
06:23 le pneumocoque bien sûr.
06:24 – On l'a dit bien sûr.
06:25 – J'arrête de fumer, ça va de soi je pense.
06:28 Et puis à côté de ça, il faut se remettre à l'exercice.
06:31 Et ça c'est une prise en charge globale
06:33 qui est absolument indispensable,
06:34 qui va se faire en coordonnée par un pneumologue,
06:36 avec des kinésithérapeutes, des diététiciens, des psychologues.
06:40 On va se remettre à l'exercice.
06:42 Patrice il fait du golf, donc vous préférez se promener,
06:45 faire de la marche nordique, aller à la plage, aller à la piscine.
06:49 Mais en tous les cas se remettre à l'exercice
06:51 et c'est absolument fondamental.
06:53 Et on a comme ça une prise en charge qui est absolument globale
06:56 des médicaments, de la prévention et de la réadaptation respiratoire.
07:00 – Et pour éviter la BPCO j'imagine ?
07:03 – Alors éviter la BPCO c'est absolument crucial.
07:07 Ça veut dire en France arrêter de fumer.
07:10 Ça veut dire protéger les travailleurs dans leur environnement
07:13 pour éviter de respirer des particules,
07:16 limiter la pollution aussi qui est un élément
07:18 qui participe à la genèse de la BPCO.
07:21 – Merci Professeur Crestani.
07:23 – Merci à vous.
07:23 – On rappelle que vous êtes également président
07:25 de l'association La Fondation du Souffle.
07:29 Merci à vous tous de nous avoir suivis.
07:31 Je vous dis à très vite pour de nouvelles Expertises santé.
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