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  • il y a 2 ans

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00:00 Un enfant meurt en France tous les 4 jours sur les coups de ses parents.
00:02 160 000 enfants victimes de violences sexuelles.
00:05 80% de ces violences ont lieu au sein même de la famille.
00:08 On arrête le massacre ou on continue ?
00:10 C'est un sujet qui me touche particulièrement
00:13 parce que j'ai moi-même été victime quand j'étais enfant,
00:15 victime de différentes formes de violences,
00:17 des violences déjà physiques, psychiques, par mon père.
00:20 Et j'ai été la proie après d'un prêtre pédocriminel
00:22 entre l'âge de 8 ans et 11 ans
00:24 qui m'a violé à ma connaissance à 5 reprises.
00:26 Et après de deux cousins à l'âge de 12 ans.
00:28 Vous êtes enfant, vous êtes déjà vulnérable.
00:30 Mais quand en plus, vous êtes violenté de manière régulière
00:34 par votre père, que tout le monde le sait,
00:36 forcément j'ai été la proie de ce prédateur.
00:39 Je veux dire, tous les cas étaient cochés d'une certaine manière.
00:42 Je veux dire, mes parents le faisaient quand même dormir dans ma chambre.
00:44 C'était une époque où je faisais pipi au lit.
00:45 Et je me suis rendu compte, grâce aux années de psychothérapie, etc.,
00:49 que c'était un des signals de maltraitance.
00:52 Et personne n'a tiré le signal d'alarme,
00:54 alors qu'une certaine manière, je veux dire, il n'y a pas de bout.
00:57 J'ai fait deux types d'amnésies différentes.
00:59 J'ai fait une amnésie traumatique partielle,
01:02 avec les viols de mon grand-oncle,
01:04 qui était prêtre missionnaire également.
01:06 Partielle, ça veut dire quoi ?
01:07 Ça veut dire que je me rappelais uniquement de certains faits,
01:10 ceux, entre guillemets, qui m'arrangeaient.
01:11 Et donc, j'ai souvent cru, longtemps cru, en grandissant,
01:15 donc en étant ado notamment, que j'étais homosexuel, etc.,
01:18 que j'étais responsable de ce qui m'était arrivé.
01:19 Et surtout, je ne comprenais même pas en réalité, j'avais ces flashes.
01:22 Mais ça, il m'a fallu des années pour revenir dessus,
01:24 tellement que la culpabilité, qui est celle que ressentent beaucoup de victimes,
01:28 c'est moi qui l'ai apporté.
01:29 Et après, pour mes cousins, j'ai fait plus de 13 ans d'amnésie.
01:32 Et la chance que j'ai eu derrière, c'est que mes cousins ont reconnu les faits,
01:36 ont banalisé.
01:36 Cette banalisation, c'est celle qui a été acceptée par la famille.
01:39 C'est-à-dire, pour la famille, a priori, violer, ça peut être un jeu,
01:42 c'est des jeux d'enfants, c'est du "touche pipi", etc.,
01:44 alors que moi, pour le coup, ils m'ont imposé une fellation, etc.
01:46 Ces cousins-là, il faut le savoir, je partais avec eux en vacances.
01:49 Comme les souvenirs n'étaient pas revenus, j'étais proche d'eux, d'une certaine manière.
01:53 Et ça, c'est important, parce que le mécanisme qu'a souvent la société,
01:56 c'est de se dire "mais attends, ce n'est pas possible que ça soit passé,
01:59 pourquoi tu n'as rien dit avant ?"
02:00 Je n'ai pas été protégé, c'est vrai qu'on peut se poser la question
02:02 quand même de la responsabilité, de l'entourage,
02:05 que 9 fois sur 10, les victimes ne sont pas soutenues par leur famille.
02:08 Je le dis de manière très forte, c'est-à-dire qu'il y a la question
02:10 de la non-dénonciation qui se pose.
02:11 En fait, dans des questions de violences sexuelles, on n'a pas le choix,
02:14 on doit croire et protéger.
02:16 On vit en fait de beaucoup de préjugés en matière de violences sexuelles
02:19 faites aux enfants.
02:20 Il est faux de dire, même si ça peut arriver bien évidemment,
02:23 que quand on a été victime, on peut devenir agresseur.
02:26 80% des victimes, un peu plus d'ailleurs, sont des femmes.
02:29 S'il y avait un risque de reproduction, etc.,
02:32 on aurait des agresseuses en face, en fait, à 80-90%.
02:35 - Que vous en voulez à vos parents ?
02:36 - Ah oui, j'en veux, oui. J'en veux de m'avoir mis tellement en danger,
02:39 je me dis même aujourd'hui, vous voyez, quand il y a des infanticides, etc.,
02:42 je me dis "je suis peut-être passé pas loin".
02:43 Et j'en veux à la société, je me dis "mais dans quel danger
02:47 on m'a fait courir d'une certaine manière ? Pourquoi ?".
02:50 C'est pas possible, ça faut qu'on arrête avec cette culture du déni.
02:52 Les séquelles psychologiques, elles ont été importantes,
02:55 je pense qu'elles le sont d'ailleurs toujours aujourd'hui.
02:57 Ce qui m'a sauvé en fait tout petit, c'est de comprendre que cette violence
03:00 dans laquelle je vivais n'était pas normale.
03:01 On doit tout aux enfants, en fait, aux enfants qui survivent aujourd'hui
03:03 de ces violences-là, il faut qu'on arrête en fait ce massacre en France
03:06 avec ces chiffres qui sont abominables.
03:08 Un enfant meurt en France tous les quatre jours sur les coups de ses parents.
03:10 160 000 enfants victimes de violences sexuelles.
03:13 80% de ces violences ont lieu au sein même de la famille.
03:16 Je veux dire, à un moment donné, on arrête le massacre ou on continue ?
03:21 J'ai fait partie des 22 signalements de la commission Sauvé,
03:24 donc la fameuse commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église.
03:27 Déjà, ça a été un traumatisme inouï pour moi.
03:29 Cette commission, qui a rendu son rapport en 2020,
03:33 a dit qu'il y avait eu 330 000 victimes de pédocriminalité dans l'Église en 70 ans.
03:37 C'est 13 enfants par jour.
03:38 C'est-à-dire qu'il y a une boucherie criminelle dans ce pays.
03:40 Il y a un rapport qui est remis au chef de l'État,
03:42 à savoir Emmanuel Macron, et l'Église fait sa tambouille derrière.
03:45 Elle met en place deux commissions qui sont en dehors de toute justice,
03:48 parce que 90% des faits sont prescrits.
03:50 Donc déjà, là où il y a un problème,
03:52 c'est que les victimes qui cherchent,
03:54 inévitablement, a priori, dans leur construction,
03:57 à se séparer de leur agresseur, là on nous a rattachés.
04:00 Et puis, dans le processus en tant que tel,
04:01 j'ai raconté six fois mon histoire, dans les détails.
04:05 Avec des fois, effectivement,
04:08 "Ah ben, vous auriez pu ressentir à un moment donné une érection."
04:11 Vous voyez, les trucs qui m'ont mis dans un état de décompensation.
04:15 Je veux dire, je suis sorti de là, sincèrement.
04:17 Bien sûr que l'État est responsable.
04:18 23% des victimes de pédocriminalité dans l'Église
04:22 ont eu lieu dans des établissements scolaires, sous contrat.
04:25 Mais sous contrat avec qui ?
04:26 Avec le bon Dieu ou avec l'Éducation nationale ?
04:28 De la même manière, par exemple, pour les violences sexuelles faites aux enfants,
04:30 dans la famille, donc les 80% des violences sexuelles,
04:33 bien sûr qu'il y a une responsabilité.
04:34 C'est un enjeu de santé publique.
04:35 Ça nécessite donc, au bout d'un moment, de sortir du huis clos familial
04:39 et que ce soit une affaire collective.
04:41 Et ça, c'est essentiel.
04:42 Et tant qu'on ne sera pas là-dedans, on n'aura absolument rien compris.
04:45 Et chacun se défause, d'une certaine manière, de sa responsabilité.
04:47 Et donc, on reste dans cette dualité qu'on aime bien,
04:49 entre l'agresseur et la victime.
04:50 Et ça, ce n'est pas possible.
04:51 Que faire quand on a un doute ?
04:53 Il y a un numéro qui existe, qui s'appelle le 119.
04:55 C'est un numéro qui est extrêmement important.
04:56 On a toutes cette capacité d'agir.
04:58 Et je pense que les adultes, on est toutes et tous responsables aussi,
05:01 évidemment, de la protection des enfants.
05:02 Et on a un devoir d'agir et même une obligation de résultat.
05:05 *BIP*
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