00:00 Ce matin-là, dans les couloirs du Bushman Café, à Abidjan, on se presse.
00:12 Au programme, des conférences et des retours d'expérience sur un thème un peu particulier,
00:17 la repatriation. Dans l'auditoire, des Africains ayant vécu en Europe, au Canada ou aux Etats-Unis,
00:24 qui ont fait le choix de revenir.
00:27 J'encourage beaucoup les Africains qui sont à l'étranger à rentrer, comme nous l'avons fait.
00:32 Nous avons pris le risque, parce que c'est vrai que c'est un risque.
00:34 On n'est pratiquement pas préparés, mais comme c'est chez nous, il faut qu'on rentre.
00:39 Je me dis que mes parents ont fait le sens inverse en partant en France,
00:42 et moi j'ai envie de faire le sens inverse. Je me sens en fait redevable et responsable.
00:47 À l'origine de ce forum, Pierre Djemis, du cabinet PKD World, lui-même un ripas de la première heure.
00:55 L'objectif ? Mettre en lumière ce phénomène et montrer la richesse que représentent ces ressortissants
01:01 pour l'économie ivoirienne. Ils sont jeunes actifs, diplômés et occupent des postes confortables
01:08 en Europe ou en Amérique du Nord. Pourtant, ils sont de plus en plus attirés par l'Afrique,
01:13 au point de tout quitter pour s'y installer. Eux, ce sont les ripas, ces ressortissants d'origine africaine
01:20 prêts à faire le chemin inverse. Pour les rassurer et les accompagner dans leur démarche,
01:24 des associations ont vu le jour, car tout est à reconstruire dans leur nouveau pays.
01:29 Réseau professionnel, familial, cadre de vie, Made in Africa vous plonge dans l'aventure de la repatriation.
01:37 Le quartier de la Palmeray Complexe, à Abidjan, n'a plus de secret pour Ismene Kejjo.
01:50 Bonjour maman, ça va ? Il y a un petit bar avec de la musique, j'ai ma vendeuse de garbas,
01:59 ma vendeuse de poissons, il y a le complexe avec le terrain de foot, le terrain de basket,
02:05 donc ça vit en fait et moi c'est ça que j'aime. Là c'est le coin où je viens quand j'ai un peu faim à midi,
02:12 donc là il y a la vendeuse de poissons frits, mais aujourd'hui j'ai plutôt envie d'un garbas,
02:17 donc on va aller par là-bas.
02:20 Si Ismene a ses habitudes, et s'est sélectionnée son garbas comme toute bonne abidjanaise,
02:29 tu peux mettre oignon, piment.
02:32 elle n'a pourtant pas grandi dans ce quartier, ni même en Côte d'Ivoire.
02:37 Elle est ce qu'on appelle une ripatte.
02:41 Il y a un an, cette franco-béninoise décide de quitter sa vie parisienne pour s'installer en Afrique de l'Ouest,
02:48 et c'est à Abidjan qu'elle choisit de démarrer sa nouvelle vie.
02:53 Alors là c'est chez moi, à la Palmaray Complexe, un appartement de 2 chambres au salon,
03:00 traversant, hyper lumineux, que j'adore.
03:03 C'est vrai que des appartements comme ça à Paris à ce prix là, c'est pas évident,
03:07 ça fait partie aussi un peu de l'aventure pour moi, de la repatriation.
03:11 C'est le confort de vie, c'est la qualité de vie, c'est l'espace, c'est la possibilité d'avoir une terrasse,
03:15 et d'être dehors toute la nuit. Ça c'est vraiment mon petit plaisir.
03:19 Un changement de vie pour cette ancienne employée de l'administration française, reconvertie dans le tourisme,
03:26 avec un tout nouvel outil de travail.
03:29 Alors ça c'est Wondja, c'est la première nez de la flotte African Explorer.
03:33 Wondja ça veut dire liberté en douala, et donc c'est un van que j'ai conçu pour voyager en Afrique,
03:40 en toute sécurité, liberté et autonomie.
03:44 Son idée ? Proposer des parcours touristiques en van.
03:49 Il y a 10 mois, elle fait venir ce van d'Europe, un véhicule dont elle conçoit elle-même l'aménagement,
03:55 s'inspirant des modèles en vogue aux Etats-Unis ou en Australie,
03:59 et qu'elle loue à des touristes désireux de découvrir la Côte d'Ivoire.
04:02 Vous avez un lavabo, un lit escamotable qui permet du coup de dégager, en toute simplicité,
04:15 un espace pour deux voyageurs complémentaires avec ceinture, mais aussi un espace bureau.
04:20 Vous avez une douche avec des toilettes à l'intérieur, et d'autres commodités, un frigo et voilà.
04:31 Mon envie de repatriation est vraiment ancrée dans mon adolescence.
04:34 J'ai vécu deux ans et demi au Bénin, entre mes 15 et 17 ans,
04:38 et c'est un séjour qui m'a vraiment marquée, qui a changé vraiment mon parcours de vie.
04:43 À mon retour en France pour passer mon bac, je me suis dit de toute façon, quoi qu'il arrive, je reviendrai vivre en Afrique.
04:48 Ça a pris un peu de temps, j'ai fait mes études, j'ai bossé, et à un moment donné je me suis dit,
04:52 de toute façon, il faut que je reparte, et j'avais aussi envie d'un projet de reconversion,
04:56 aller vers d'autres métiers, et notamment ceux du tourisme.
04:59 Donc le van, c'est clairement inscrit dans ça, et c'est comme ça que je débarque à Abidjan,
05:03 avec l'idée d'organiser des séjours nomades en camper-van.
05:06 Un projet ambitieux, qui n'aurait peut-être jamais vu le jour sans l'aide d'une association dont elle est adhérente,
05:18 Ripat Africa.
05:20 Son objectif, aider les membres de la diaspora à se réinstaller en Afrique,
05:25 en les accompagnant dans leurs projets entrepreneuriaux.
05:29 Régulièrement, Ismene s'entretient avec Cara Diaby, le président de l'association.
05:34 J'aimerais solliciter Ripat Africa, pour voir dans quelles mesures on pourrait financer d'autres véhicules ensemble,
05:41 et donc permettre une entrée au capital privilégié aux membres de l'association.
05:45 Ismene, ça fait trois ans que je la connais, c'est une des premières membres de Ripat Africa,
05:49 elle a souscrit à l'association en 2020, et moi j'ai vu tout le projet African Explorer grandir,
05:55 parce qu'on en a parlé à ses tout débuts, à ses prémices.
05:58 Au sein de Ripat Africa, on est 300 membres, et sur ces 300 membres,
06:01 il y a 50 personnes qui sont revenues s'installer sur le continent,
06:05 donc ont pris le risque de quitter leur confort et de revenir en Afrique,
06:09 développer des business, il y en a qui travaillent dans des entreprises,
06:12 et on leur donne des conseils, des tips, etc., des contacts,
06:16 et ça, ça leur permet vraiment de préparer leur retour.
06:19 Des conseils précieux pour des entrepreneurs pour qui tout est à refaire dans leur nouveau pays.
06:25 Selon moi, les grands défis de la repatriation, et de la repatriation en mode entrepreneuriat,
06:31 c'est qu'en fait, tu gères tout en même temps.
06:33 T'es vraiment sur un défi à 360, il faut gérer ton installation,
06:37 la mise en place de ton entreprise, trouver des collaborateurs,
06:40 trouver des partenaires, ton appart, te refaire un réseau.
06:44 Aujourd'hui, je suis quand même bien installée, j'ai déjà un réseau d'amis,
06:48 ma vie à Abidjan, au bout de quasiment un an, aujourd'hui, elle roule, ça va.
06:54 Sur cet aspect-là, c'est cool. Je voudrais plus voyager, j'ai pas mal bossé en fait.
06:59 Faire en sorte que la repatriation ne soit plus un parcours du combattant,
07:04 mais plutôt un jeu d'enfant, c'est le crédo de Cara Diaby.
07:08 Nous le retrouvons dans cet immeuble du Valon,
07:13 en plein appel avec un futur IPAT qui hésite encore à sauter le pas.
07:18 Mais du coup, tu vois, ça c'est une question qui revient souvent.
07:21 Nous, ce qu'on recommande, c'est de mettre un an à un an et demi de salaire de côté.
07:25 Je pense qu'on peut faire un point d'ici un mois,
07:30 voir si t'es un peu avancé dans ton projet, etc.
07:32 Ça te va ?
07:33 Cette association, je l'ai créée en 2020, en plein Covid.
07:37 Moi, j'avais beaucoup envie de revenir en Afrique, etc.
07:40 Mais je ne trouvais pas d'organisation qui proposait un accompagnement complet.
07:48 C'est-à-dire des informations concrètes sur les opportunités qu'il y a en Afrique,
07:54 et aussi un réseau.
07:56 Et en fait, je me suis dit, étant donné que je ne trouve pas,
07:58 je vais le créer moi-même.
07:59 Et c'est comme ça qu'on a commencé.
08:00 Aujourd'hui, l'association compte 300 adhérents, triés sur le volet.
08:06 Pour intégrer Ripat Afrika, les candidats doivent remplir un formulaire de motivation,
08:11 où ils doivent renseigner, entre autres, leur âge, leur profession,
08:16 s'ils ont un projet entreprenarial en Afrique, et leurs origines.
08:20 Après un entretien, les candidats sélectionnés doivent payer une cotisation de 500 euros par an,
08:25 soit 330 000 francs pour adhérer à l'association.
08:28 Les critères de sélection peuvent sembler élitistes,
08:32 mais pour Cara Diaby, ils sont justifiés.
08:34 Plus on a des membres qui sont dans le même état d'esprit,
08:37 qui ont les mêmes ambitions, et qui partagent les mêmes valeurs,
08:40 plus l'organisation est performante et s'agrandit.
08:44 Au sein de Ripat Afrika, on est très axé économie, impact socio-économique.
08:50 Donc on ne fait pas de bénévolat, on ne fait pas d'œuvres caritatives,
08:53 mais on est vraiment investissement, business, entrepreneuriat,
08:56 et création de valeur par l'entrepreneuriat, par l'investissement.
09:00 C'est vraiment notre credo.
09:02 Une vision qui séduit de plus en plus les jeunes entrepreneurs de la diaspora,
09:07 comme Faouzia Khoza.
09:09 Cette Parisienne a créé sa marque de sac à main de luxe,
09:12 et hésite entre la Côte d'Ivoire et le Sénégal pour sa repatriation.
09:16 Et elle a quelques questions à poser à Cara sur la vie à Abidjan.
09:20 Comment se déplacer sur Abidjan ?
09:23 Tu as les taxis, par exemple, tu as les taxis classiques,
09:26 après tu as les Yango, qui est pas mal, c'est l'équivalent des applications VTC que tu peux connaître.
09:33 Des questions d'ordre pratique, comme les déplacements ou encore le logement.
09:39 Tu devras payer 5 mois de loyer cash, en fait.
09:44 Donc c'est différent de ce que tu peux connaître à Paris.
09:48 5 mois de loyer en cash, en fait c'est énorme.
09:54 Cara tient aussi à attirer l'attention de Faouzia sur des aspects parfois négligés par les ripates.
10:01 Il y a énormément de personnes qui viennent s'installer ici,
10:04 et quand je leur pose la question "est-ce que tu as pris une assurance santé ?"
10:07 ils disent "ah bon, je dois en prendre une".
10:09 Après c'est un certain coût, c'était pas moins de 300-400 euros par mois.
10:14 Par mois ou par an ?
10:16 Par mois.
10:17 Une somme importante, qui peut sérieusement fausser les comptes
10:21 si elle n'est pas prévue dans le budget de repatriation.
10:23 Chez Ripat Africa, on cherche à prévenir plutôt que guérir.
10:28 Lorsqu'on a ce genre de questions, nous ce qu'on fait,
10:30 c'est qu'on fait des voyages d'immersion de deux semaines en Afrique.
10:33 L'objectif c'est vraiment de venir découvrir la réalité du terrain,
10:37 se faire du réseau, et avoir aussi un réseau sur place avant d'arriver.
10:41 Ça c'est très important.
10:43 De quoi convaincre les sceptiques.
10:45 Et le prochain voyage à Abidjan approche.
10:48 Dans quelques semaines, Cara accueillera une vingtaine de membres
10:53 de l'association dans la capitale économique.
10:55 Dans ce bus, une délégation Ripat Africa.
11:02 On retrouve Cara, Fao, et une dizaine d'autres membres
11:07 qui ont fait le déplacement.
11:09 Tous sont tentés par la repatriation.
11:12 J'ai fait toute ma vie en France jusqu'ici.
11:15 Je suis allée de temps en temps en vacances en Côte d'Ivoire pour voir ma famille.
11:19 Mais sinon mon parcours académique et professionnel était en France.
11:22 Je n'ai pas forcément les codes et la culture locale.
11:25 Donc ça va demander un temps d'adaptation,
11:27 de vraiment apprendre à connaître les gens,
11:29 apprendre à connaître les manières de travailler,
11:33 les manières d'échanger que je ne connais pas forcément
11:36 après une expérience uniquement en France.
11:38 L'objectif du voyage, en apprendre davantage sur l'entrepreneuriat
11:43 et l'investissement en Côte d'Ivoire.
11:45 Cet après-midi, ils vont visiter une usine de transformation de thon pour l'export.
11:53 Je ne savais pas qu'il y avait du thon ivoirien qui arrivait en Italie ou en France.
12:01 Donc intéressant de découvrir ça.
12:03 La visite est organisée dans le cadre du Forum Ripat,
12:08 dans le but de donner une image dynamique de l'industrie ivoirienne.
12:13 Je pense que ça ouvre un peu l'esprit.
12:15 On peut avoir une idée du secteur dans lequel on veut s'engager,
12:19 qui a aussi un impact local avec le nombre de salariés qu'ils ont,
12:22 qui est assez impressionnant.
12:24 Donc ça inspire, je pense, et ça ouvre un peu l'esprit,
12:27 sur les secteurs qui sont porteurs en Côte d'Ivoire.
12:30 Il arrive à faire 500 boîtes par minute.
12:33 Et les autres lignes, les plus petites, sont 300 boîtes par minute.
12:40 Et pendant plusieurs jours, les rendez-vous s'enchaînent.
12:45 Au Bushman Café, Ler est hospite dating professionnel.
12:50 Bonjour, Evelyn Gomes, enchantée.
12:53 Ravie de vous rencontrer.
12:57 Evelyn Gomes, entrepreneur, candidate à la repatriation,
13:01 discute avec un potentiel investisseur.
13:04 Elle cherche à faire financer sa start-up,
13:07 et le marché est de plus en plus concurrentiel à Abidjan.
13:10 C'est vrai que peut-être qu'il y a quelques années encore,
13:14 on arrivait en terrain conquis en se disant
13:16 « oui, je vais sauver mes frères, je vais apporter la solution »
13:20 et non, en fait, personne ne nous attend.
13:23 Les solutions sont déjà là, peut-être pas toutes,
13:26 et l'idée, c'est vraiment de pouvoir agir en complémentarité,
13:29 d'apporter, nous, notre expertise,
13:31 de pouvoir prendre l'expertise aussi qui est sur place,
13:33 et de pouvoir mutualiser tout ça,
13:35 vraiment pour qu'on puisse atteindre le niveau
13:38 qu'on a besoin d'atteindre, tout simplement.
13:40 Ne pas arriver en terrain conquis,
13:42 mais plutôt comprendre son nouvel environnement,
13:45 c'est peut-être le secret d'une repatriation réussie.
13:48 Pour convaincre nos futurs ripaptes,
13:51 le Forum a organisé un gala mettant à l'honneur
13:54 ceux qui ont fait le choix de revenir avec succès.
13:58 Ce Forum a été conçu,
14:00 travaillé parce que je suis un ripapte,
14:02 mais je suis avant tout un Ivoirien qui croit en la Côte d'Ivoire,
14:04 qui vit la Côte d'Ivoire,
14:07 et qui se bat pour la Côte d'Ivoire comme beaucoup d'autres.
14:11 Au programme, remise de prix par des stars de la diaspora
14:15 comme Harry Roselmack ou Rokaya Diallo.
14:18 L'occasion de récompenser des ripaptes au parcours
14:22 inspirant et impactant,
14:24 comme Teresa Kouassi,
14:26 femme d'affaires à succès.
14:29 Je suis très fière de recevoir ce prix,
14:32 mais ce n'est pas forcément pour moi.
14:34 C'est surtout pour l'inspiration que ça peut donner
14:37 à d'autres jeunes,
14:39 d'autres jeunes dames notamment.
14:41 Des exemples qui inspireront peut-être les hésitants
14:44 à sauter le pas de la repatriation.
14:46 Il serait 71% de la diaspora
14:49 à envisager de revenir travailler en Afrique,
14:52 portée par l'espoir d'un continent en pleine mutation.
14:56 [Musique]
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