00:00 Je me suis également entourée de deux trafiquants de drogue
00:03 pour être le plus réaliste possible dans ce que je racontais.
00:07 -T'es l'avocate qu'il nous faut.
00:08 Tu fais parisienne, t'es d'ici, t'es pas cramé avec les voyous,
00:10 mais t'as pas oublié les codes, en plus t'es une femme.
00:12 -Je m'appelle Anne Landoy, je suis scénariste.
00:15 J'ai longuement écrit la série "Engrenage".
00:17 -Bonjour, moi, je m'appelle Danielle Arbide
00:18 et j'ai réalisé les quatre premiers épisodes de "66.5".
00:21 -C'est une série qui raconte l'histoire d'une jeune avocate d'affaires
00:25 dans un prestigieux cabinet d'avocats parisiens.
00:28 Et elle va retourner, malgré elle, dans la cité de son enfance,
00:31 où elle va se réinventer comme pénaliste.
00:33 -C'est assez riche, en fait.
00:35 Il y a plusieurs approches.
00:36 Je dirais que l'approche qui m'intéressait,
00:39 c'était la revanche d'une femme.
00:40 Comment cette femme va venger une blessure du passé.
00:45 C'est une bagarreuse née
00:48 et qui vient de cet endroit où on doit se bagarrer aussi pour exister.
00:51 Et en tant que femme, aussi, je voulais qu'elle ait beaucoup de caractère,
00:55 qu'elle confronte les hommes.
00:58 Qu'elle n'ait peur de rien, d'une certaine manière.
01:01 Elle a toujours un petit pas de côté, ne serait-ce que les bijoux.
01:04 Elle est chargée.
01:05 Elle est tellement contente d'en être arrivée
01:08 qu'elle porte tout ça.
01:10 -"66.5", c'est le texte de loi
01:12 qui protège la confidentialité des échanges
01:14 et donc le secret professionnel entre les avocats et leurs clients.
01:18 Dans un premier temps, pour l'écriture,
01:20 j'ai beaucoup travaillé avec Clarisse Serre.
01:22 Je me suis beaucoup inspirée de son parcours,
01:24 d'une avocate qui passe des beaux quartiers à la banlieue,
01:27 même si elle n'a pas le même âge qu'Alice Cizaz.
01:30 Ensuite, il y a une magistrate de Bobigny,
01:32 une procureure qui m'a beaucoup aidée, Marie-Claire Noiriel.
01:35 Et en banlieue, je me suis appuyée aussi sur Rachid Santaki,
01:39 journaliste, romancier.
01:40 Je me suis également entourée de deux trafiquants de drogue
01:44 que j'avais suivis pendant une audience
01:47 pour pouvoir échanger avec eux,
01:49 pour être le plus réaliste possible dans ce que je racontais.
01:53 Clarisse Serre a toujours tout relu.
01:55 Elle me dit qu'elle dirait plutôt ça que ça,
01:57 que le vocabulaire, c'est plus ça.
01:58 À chaque fois, elle relisait toutes les parties magistrates.
02:02 C'est quand même particulier, une audience.
02:04 Il y a des règles à respecter.
02:06 C'est une arène où la parole est très libre,
02:09 mais en même temps assez contrainte.
02:10 Vous n'avez pas à me dire ce que je dois faire.
02:12 Si ma présence vous pose problème,
02:14 c'est au bâtonnier de trancher, pas à vous.
02:16 On va peut-être pas déranger le bâtonnier pour si peu.
02:19 Maître Laurenti, vous avez autre chose à ajouter ?
02:21 Après, il y a eu la part de la fiction.
02:24 On a réinventé des choses.
02:27 Elle a donné des lignes directives.
02:31 Sinon, j'ai assisté à des procès à Bobigny
02:33 pour voir un petit peu comment les choses se passent.
02:36 La misogynie des cabinets d'avocats,
02:38 surtout des cabinets d'affaires,
02:39 ce n'est pas un secret.
02:41 Elle est extrêmement forte.
02:43 On préfère les femmes dans des bureaux
02:46 à rédiger des plaidoiries ou des conclusions
02:49 plutôt que dans des prêtoirs.
02:50 Ça, c'est vrai.
02:51 Ce parcours de Roxane,
02:54 ça s'inscrit aussi dans son parcours d'émancipation,
02:56 de lutter contre cette misogynie.
02:58 Oui, c'est une série un peu post-MeToo aussi.
03:00 C'est ce qui s'est passé
03:03 et le chemin qui reste à tracer pour les femmes.
03:06 C'est très important, cette série,
03:08 parce que c'est vraiment aussi rare
03:09 de voir un personnage féminin
03:12 porter toute une histoire
03:14 dans une série française.
03:16 Je trouve que c'est un personnage
03:17 qui a des coutures trop étroites pour elle.
03:20 Et quand elle retourne en banlieue,
03:23 c'est là qu'elle fait tout péter, d'une certaine façon.
03:26 Quand je travaillais sur "Engrenage",
03:27 j'ai beaucoup présenté la banlieue,
03:29 mais sous un angle assez sombre,
03:34 même dans les couleurs, dans la violence qui y régnait.
03:37 Et là, j'avais envie de la montrer très différemment.
03:39 En plus, on a tourné en été,
03:40 donc ça a aussi permis à Daniel
03:42 de faire un travail sur la lumière
03:44 et sur une ambiance quand même très joyeuse
03:46 et très gay de la banlieue.
03:48 Quand Anne me l'a proposé,
03:50 je voulais faire Marseille à Paris.
03:52 Il fait chaud, c'est l'été,
03:54 il faut arroser de la lumière partout.
03:56 Il y a l'idée d'une famille,
03:57 certainement très contrastée par rapport à Paris,
04:00 où c'est un peu...
04:02 C'est une famille dans laquelle elle ne rentre pas, à Paris.
04:03 Et finalement, sa vraie famille, c'est la banlieue.
04:06 Et je trouve qu'il y a une chaleur dans les rapports humains,
04:08 même si ce sont toujours des...
04:10 Il y a une langue de parade qui est assez intéressante.
04:12 Il y a toujours de la violence sous-jacente.
04:15 Il y a une joie qui ressort de tous ces personnages.
04:19 En tout cas, il y a une chaleur humaine en banlieue qui est énorme.
04:22 Il suffit d'y aller.
04:24 Moi, avant d'aller faire des repérages dans le 93,
04:26 j'avais l'impression que c'est la guerre,
04:28 alors que je viens de Beyrouth.
04:30 Et là, je me suis dit,
04:34 c'est ça, ce qui est intéressant,
04:36 c'est d'être là et pas à Paris,
04:38 parce que là, tu sors une chaise, tu te mets dans la rue,
04:41 tu parles aux gens, les gens se parlent.
04:43 Les gens passent leur vie à se croiser, finalement.
04:45 Et ça, c'est intéressant.
04:47 Et ils se croisent et ils se parlent.
04:49 C'est très différent du monde qu'on peut raconter à Paris.
04:53 C'est intéressant.
04:54 [SILENCE]
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