00:00 ce que je veux vous dire, c'est que ce n'est pas un portrait classique.
00:02 Ce documentaire, en fait, il parle de la matrice Sardou.
00:05 Comment fonctionne Sardou ? Quels sont ses moteurs ?
00:08 Comment, en fait, il a réussi à s'imposer pendant autant de temps
00:11 alors que c'est un provocateur,
00:13 alors que le gars n'est pas du tout dans le moule ?
00:15 On l'a encore vu chez nous la semaine dernière.
00:17 Et en fait, comprendre comment Sardou fonctionne,
00:19 c'est avoir en filigrane un peu un portrait de la France.
00:22 Et là, je sais que Christophe est d'accord avec moi.
00:24 On va regarder un extrait
00:26 pour montrer à quel point il vit ses chansons.
00:27 Exemple avec la chanson "Le France".
00:29 Cette chanson qui remange au Pâques-Beaufrance,
00:31 autrefois fierté nationale,
00:33 désormais, à ce moment-là, à quai depuis un an,
00:35 quasiment inutile.
00:37 Le 1er novembre 1975, il la chante pour la première fois,
00:39 la chanson, sur TF1.
00:40 Et d'un coup, il devient le bateau.
00:43 Extrait du documentaire de Caroline Mier,
00:45 Benoît Chevalier, Étienne Grelais et Julie Bourin.
00:48 -Ne m'appelez plus jamais France
00:54 La France, elle m'a laissé tomber
00:59 -Souvent, il le chante, il y croit.
01:01 "Ne m'appelez plus jamais France, la France, elle m'a laissé tomber."
01:04 Il dit pas ça comme s'il allait pas entendre chanter le botin.
01:07 Il y croit. Il y croit vraiment.
01:09 -La voix de Michel, tout d'un coup, on entend, on est pris,
01:11 et ça passe.
01:12 Il y a quelque chose qu'il a qui est rare.
01:15 -Sardou est le bateau,
01:19 jusqu'à l'incarner à la 1re personne.
01:21 -J'étais un bateau gigantesque
01:25 ...
01:28 Capable de croiser mille ans
01:31 -Il fait partie des gens qui disent toujours "je".
01:34 -J'étais un géant
01:36 J'étais presque, presque aussi fort que l'océan
01:40 -Vous avez vu ce regard caméra.
01:42 L'acteur, il vit sa chanson.
01:44 -Un vrai interprète.
01:45 -Ca donne des frissons.
01:47 Dernier mot sous-sacré de la chanson française,
01:49 "clivant".
01:51 -Sardou, depuis 60 ans, il donne son avis sur tout,
01:54 sur la France coloniale, sur l'homosexualité,
01:56 la peine de mort.
01:58 Cette chanson, "Je suis pour", en 1976,
02:00 c'est une chanson coup de gueule suite à l'assassinat
02:02 d'un petit garçon.
02:04 Sardou chante cette chanson, "Je suis pour",
02:06 ça veut dire "je suis pour la peine de mort",
02:09 à un moment où le sujet est en plein débat.
02:12 Il y a des comités anti-Sardou qui se forment.
02:15 En 1976, pendant la tournée, Sardou vit carrément sous protection.
02:19 ...
02:20 -Rien à faire !
02:21 -C'est la police !
02:23 -C'est la police !
02:24 -Partout, en France et en Belgique,
02:27 se créent des comités anti-Sardou.
02:29 Ils accompagnent le chanteur dans chacun de ses déplacements.
02:33 ...
02:36 Michel Sardou est placé sous protection.
02:38 Les concerts se déroulent sous haute surveillance.
02:41 ...
02:43 -Ca a pris des proportions au-delà de simplement
02:46 d'un sifflet dans la salle ou d'une tomate sur la tête.
02:49 Ca a pris des émeutes, il y avait les flics, les chevaux,
02:52 parce qu'en Belgique, la police montait,
02:54 c'est quelque chose d'assez spectaculaire.
02:57 On a tiré dans la voiture,
02:59 je passais mes tournées entre deux gendarmes,
03:02 c'était quand même pas très agréable, j'avais très peur.
03:06 ...
03:07 -La violence culmine à Bruxelles.
03:09 Une bombe est retrouvée dans la chaufferie
03:12 de la salle de concert Forêt Nationale.
03:14 ...
03:16 -Ca a été affreux, la période affreuse,
03:19 où on a arrêté la tournée.
03:21 ...
03:22 -C'est une violence qui l'a beaucoup marquée,
03:25 Michel Sardou, et étonnamment, c'est dans les années 80,
03:28 sous François Mitterrand, qui va abandonner ses chansons
03:32 un peu rebelles, il va revenir avec des tubes plus neutres,
03:35 comme "La Java de Broadway", "Je vais t'aimer",
03:37 il va être plus... J'ai envie de dire "lisse",
03:40 mais c'est pas un mot qui va bien à Michel Sardou.
03:43 En tout cas, qu'on aime ou pas, je mets au défi les téléspectateurs
03:46 de pas chanter devant le documentaire,
03:49 parce qu'on connaît les paroles, il y a un côté interactif,
03:52 limite karaoké.
03:54 - Bien oui!
03:55 - C'est sûr, donc!
03:56 - C'est sûr, 24/50!
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