00:00 Ça fait maintenant presque deux ans que nous subissons cette inflation supérieure à 2%.
00:05 En 2022, les prix ont augmenté en moyenne sur l'année de 5,2%.
00:09 Selon vos projections, ce sera 5,8% de moyenne sur cette année.
00:14 Est-ce qu'on peut se consoler en disant que ça va aller mieux l'année prochaine ?
00:18 Donc en effet, l'inflation c'est la première préoccupation des Français.
00:23 On peut en effet se consoler parce qu'on a passé le pic, on a été à plus de 7%.
00:30 Aujourd'hui, on est entre 5 et 6%.
00:32 La prévision, c'est une baisse sur l'année 2024 et un retour à 2% en 2025.
00:39 Je pense qu'il peut y avoir une différence entre la perception que peuvent avoir les consommateurs
00:46 sur le taux d'inflation et le taux que communique la Banque Centrale.
00:53 Parce qu'en effet, quand on regarde dans les composantes de l'inflation,
00:57 c'est essentiellement l'alimentaire et l'énergie qui progressent.
01:01 Ça représente 30% de la consommation des Français, mais c'est aussi les achats les plus fréquents.
01:09 D'où cette perception d'inflation plus élevée que la réalité.
01:16 Effectivement, quand on dit que les prix augmentent entre 5 et 6%,
01:20 c'est une moyenne qui comprend tous les produits de consommation.
01:23 Alors que si on regarde plus dans le détail, l'alimentation, les produits frais, on dépasse les 10%.
01:28 C'est exactement ça. On est à plus 11% sur l'alimentaire.
01:32 C'est 20% du panier de la consommation des Français.
01:37 Et le reste, c'est 70%.
01:40 Donc il y a à la fois les services pour environ 45% et le reste des produits manufacturés.
01:48 Et sur ce type d'achat, on n'est pas sur ces hausses.
01:54 La hausse est moindre.
01:56 Vous avez dit, Karine Juppin, que le pic est passé,
01:59 mais la hausse des prix semble effectivement s'être calmée au mois de juillet.
02:02 Et puis c'est reparti d'un coup avec la hausse des prix des carburants notamment.
02:05 On en est sûr que le pic est passé ?
02:06 J'ai l'impression que ça fait un an qu'on dit que le pic va passer, mais là c'est bon ?
02:10 Le pic est passé parce qu'en effet, il y a eu à nouveau une hausse du taux de l'inflation
02:15 avec les cours du pétrole qui sont repartis à la hausse avec la baisse de l'offre.
02:23 Mais par rapport à 2021-2022, on avait toutes les matières premières qui avaient progressé.
02:29 C'était le cas des métaux, des matières agricoles, du gaz.
02:32 Et en fait, il y a eu cette hausse forte liée au fait que tout progressait.
02:39 Aujourd'hui, c'est le pétrole.
02:41 Et donc en effet, avec l'impact sur les carburants et les retours médiatiques de la semaine passée,
02:50 je vous disais l'énergie c'est 10% et au sein de l'énergie, le carburant c'est 5% de la consommation des ménages.
02:58 Alors en effet, avec un impact qui peut être différent selon la situation des ménages,
03:04 parce que quelqu'un qui utilise le véhicule pour aller travailler,
03:07 ça va être différent que quelqu'un qui utilise les transports en commun.
03:10 - Il amende beaucoup plus cette hausse des prix.
03:12 Vous avez souligné justement cette inflation telle qu'elle est perçue,
03:15 avec notamment des prix qui augmentent beaucoup plus largement sur l'alimentation, sur les carburants.
03:19 Est-ce que vous avez constaté une évolution dans les dossiers de surendettement ?
03:23 Parce que cela fait partie des choses que vous gérez à la Banque de France.
03:26 Dans les Hauts-de-France, l'an dernier, c'était 16 000 dossiers de surendettement,
03:29 16 000 ménages qui ne pouvaient plus payer leur dette.
03:33 Est-ce que ces dossiers ont augmenté avec la hausse des prix ?
03:36 - Les dossiers de surendettement ont augmenté par rapport à l'année dernière.
03:40 On est à +8% en région Hauts-de-France,
03:43 donc une hausse un peu plus élevée de 2 points par rapport au niveau national.
03:48 On est dans une région où le surendettement touche plus fortement nos concitoyens.
03:53 Et à la fois, quand on compare à 2019,
03:57 on a toujours moins de dossiers de surendettement.
04:02 Et quand on regarde les incidents sur les comptes, les chèques impayés,
04:05 on est aussi en dessous de ce qu'on pouvait constater en 2019.
04:08 - C'est-à-dire que ça augmente avec la hausse des prix en ce moment,
04:11 mais on reste à des niveaux qui sont moindres que ce qui se faisait avant 2019, avant le Covid ?
04:16 - Oui. Ce qu'il faut aussi noter, c'est qu'en France,
04:20 le SMIC et les prestations sociales sont indexés sur l'inflation.
04:25 Donc les personnes au SMIC et avec des prestations sont plus touchées aussi
04:31 par les dossiers de surendettement.
04:33 Et il y a aussi les chèques, carburants, des transferts qui ont été effectués
04:38 qui permettent aussi de limiter la hausse du surendettement.
04:42 - 8h30 sur France Blue, notre invitée ce matin en direct avec nous est Karine Juppin,
04:47 directrice régionale de la Banque de France.
04:49 - Karine Juppin, l'une des conséquences de cette inflation, c'est aussi la hausse des taux d'intérêt,
04:53 puisque c'est ce que fait généralement la Banque Centrale Européenne,
04:56 elle relève ses taux directeurs.
04:57 C'est pas un peu la double peine de dire que les prix augmentent
05:01 et en même temps cela coûte plus cher d'emprunter.
05:03 Pourquoi est-ce qu'on augmente les taux d'intérêt quand il y a de l'inflation ?
05:05 - Alors, l'instrument, la hausse des taux, elle est incontournable en période d'inflation,
05:12 parce qu'en fait il faut lutter contre l'inflation.
05:14 Pourquoi il faut lutter contre l'inflation ?
05:16 C'est que ça crée de l'incertitude, c'est une maladie pour l'économie,
05:19 ça crée de l'incertitude pour les chefs d'entreprise, pour leur investissement.
05:23 Ensuite avec les impacts sur l'emploi, donc cette hausse des taux,
05:28 elle était nécessaire et il fallait agir rapidement,
05:31 parce qu'après le rebond suite au Covid et après l'invasion russe en Ukraine,
05:36 l'inflation était forte et donc il fallait un remède aussi fort
05:40 pour pouvoir lutter contre l'inflation.
05:42 Donc en effet on est passé à des taux directeurs qui étaient à -0,5% à aujourd'hui 4%.
05:48 - Et ça veut dire que là tous les gens qui réfléchissent à acheter un logement,
05:51 un appartement, une maison, voient les taux augmenter,
05:54 ça veut dire qu'il n'y aura pas de baisse des taux, de stabilisation des taux
05:57 tant qu'il y aura de l'inflation ?
05:58 C'est-à-dire qu'il faut attendre a priori pour voir les taux baisser ?
06:01 - Je dirais qu'on est plutôt...
06:05 Ce qui va plutôt être important maintenant c'est la durée.
06:08 La durée pendant laquelle les taux directeurs vont rester à 4%
06:14 plutôt que le niveau.
06:16 Sur le niveau, on a fait une bonne partie du chemin.
06:19 Donc mise à part s'il y a des nouveaux chocs extérieurs,
06:22 on devrait avoir atteint un bon niveau de taux.
06:28 Ensuite c'est sur la durée.
06:30 - Une toute dernière question Karine Juppin,
06:32 parce que quand on parle de pouvoir d'achat, il y a ce qu'on dépense,
06:35 il y a aussi ce qu'on gagne.
06:36 La Banque de France prévoit des hausses de salaire pour l'an prochain ?
06:39 - Oui.
06:40 - On peut aussi s'en féliciter.
06:43 - En effet, des hausses de salaire parce qu'il y a des difficultés de recrutement.
06:49 On a un chef d'entreprise sur deux dans la région qui nous dit
06:52 qu'il a des difficultés à recruter.
06:54 C'est la loi de l'offre et de la demande.
06:56 Évidemment, des hausses de salaire, c'est une donnée moyenne en général.
07:02 Il faut regarder ça de façon globale et pas entreprise par entreprise.
07:08 Mais en effet, il y a des hausses de salaire qui sont prévues pour l'année 2024
07:13 et qui seront supérieures à l'inflation.
07:15 C'est un gain de pouvoir d'achat et c'est une donnée positive pour l'année 2024.
07:21 - Une bonne nouvelle au milieu de cette hausse des prix, des hausses de salaire pour l'an prochain.
07:25 Une inflation qui va donc se stabiliser, c'est ce que vous nous avez dit ce matin.
07:28 Karine Juppin, merci beaucoup d'être venue dans l'Institut de France Bleu Nord.
07:31 Et pour tous ceux que ces questions intéressent, je signale que demain,
07:34 on vous organise d'ailleurs une conférence à l'IAE à Lille
07:36 avec cette question "Comment la France et l'Europe vont vaincre l'inflation ?"
07:39 Je note que ce n'est même pas une question, c'est une affirmation.
07:41 Et ça commence à 17h30.
07:43 - Tout à fait, c'est un engagement. Bonne journée, merci pour votre invitation.
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