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  • 25/09/2023
La déléguée nationale Unité SGP, Linda Kebbab, était l’invitée de Punchline, ce lundi 25 septembre, sur CNEWS. Elle s’est exprimée sur les conditions de travail des policiers : «Depuis Magnanville, beaucoup de collègues, en poussant le portail de leur maison, regardent par-dessus leur épaule».

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Transcription
00:00 Il y en a beaucoup qui jettent l'éponge dans la Cour des comptes à rappeler le nombre incroyable de démissions dans la police nationale.
00:05 Nous, on n'est pas là pour tempérer. Moi, je ne suis pas là pour tempérer, je suis là pour l'exprimer.
00:08 Tenter d'apporter des solutions, notamment vis-à-vis de notre administration et des politiques,
00:12 pour répondre aux interrogations de nos collègues.
00:15 Et puis les Français doivent remercier aussi, je le dis sincèrement, pas parce que j'en suis,
00:18 mais doivent remercier les policiers pour leur forte résilience.
00:21 Là, on a actuellement un mouvement dans la police anglaise où une partie des policiers,
00:24 ou en tout cas ceux qui sont autorisés à porter leur arme, refusent de prendre leur arme aujourd'hui.
00:28 C'est-à-dire qu'ils refusent de sortir avec leur arme parce que l'un d'entre eux a été mis en cause dans le cadre d'un usage de l'arme.
00:33 Aujourd'hui, on n'en est pas là chez les policiers. Certes, il y a eu un mouvement de burn-out,
00:37 mais j'ai envie de dire que c'est le craquage pour lequel on avait prévenu depuis de nombreuses années.
00:42 Il n'y a pas de véritable mouvement de contestation dans la police parce que les policiers ont toujours à cœur.
00:46 Même s'ils ont conscience de leurs difficultés, ils ont aussi conscience de la difficulté de leurs concitoyens.
00:50 Moi, je ne suis pas là pour tempérer. Cet été, vous savez, on est le seul syndicat à avoir donné forme
00:55 au mouvement de colère des policiers avec ce fameux 562, cette espèce de grève du zèle qu'on a assumée cet été.
01:01 On en déplaise d'ailleurs le fait qu'au plus haut lieu, on nous l'a reproché.
01:06 Nous, notre propos en tant que représentants du personnel, c'est juste de dire qu'on tire sur la corde.
01:10 Les policiers sont très résilients. Le jour où ça craquera, on aura juste dit qu'on aura prévenu.
01:14 Cet été, on avait prévenu sur le risque de burn-out. Ça faisait de nombreuses années.
01:17 Vous nous entendez sur les plateaux télé, on dit "attention, les policiers vont craquer, vont craquer".
01:21 Et cet été, tout le monde a fait semblant de découvrir la chose. Mince, des policiers en arrêt maladie ?
01:25 Enfin, on n'a fait que le dire en amont.
01:27 Et vous le disiez, c'est aujourd'hui que s'est ouvert le procès de l'assassinat de deux de vos collègues,
01:34 Jessica Schneider et Jean-Baptiste Salvin. C'était en 2016.
01:36 Ils ont été assassinés par un terroriste islamiste qui a été tué par l'intervention du REN.
01:41 Leur petit garçon de trois ans était présent sur place, leur heure absolue.
01:45 On va écouter une femme de policier qui dit que les policiers savaient déjà qu'ils étaient menacés
01:49 quand ils étaient dans l'exercice de leur fonction. Mais là, la nature, évidemment, de la menace a changé.
01:54 Ecoutez-la.
01:55 On avait, comme je dis souvent, peur pour nos maris en service.
02:00 Mais il faut savoir aussi que maintenant, on a peur pour nous, à la maison.
02:04 Il y a vraiment une haine de la police, du policier, des familles qui montent dangereusement dans ce pays.
02:10 J'ai toujours l'impression qu'on attend le drame.
02:12 Je me dis à ce rythme-là, moi, j'alerte depuis des mois et des mois.
02:16 J'ai peur qu'un jour, une famille de policiers soit à mon avis baissée à domicile.
02:20 Et nous, on n'a rien, on a peur aussi.
02:22 Voilà Aurélie Larossi, présidente de l'Association des femmes des forces de l'ordre angolaire.
02:26 Linda Kebab.
02:27 En fait, elle n'a pas tort.
02:29 C'est à tout moment, ça peut arriver.
02:31 On sait très bien que les idées prônées par Daesh existent toujours.
02:36 On sait très bien qu'à tout moment, il y a des personnes qui peuvent passer à l'acte.
02:39 Il faut remercier aussi l'accélérant des services de renseignement intérieur,
02:43 je pense particulièrement à l'ASDAT, la DGSI, etc.,
02:46 qui démantèlent tous les deux mois des projets d'attentat.
02:50 On ne s'en rend pas compte.
02:51 On n'en parle pas parce que ça n'arrive pas,
02:52 mais tous les deux mois, il y a un projet d'attentat sérieux
02:55 qui est démantelé en France grâce aux services de sécurité intérieure.
02:59 Et puis, évidemment, on a conscience que ça peut arriver à tout moment.
03:02 Depuis Magnonville, il y a un avant et un après.
03:04 Quand on rentre dans la police, moi je suis rentrée il y a 16-17 ans,
03:07 on nous disait, attention, tu n'habites pas sur la circonscription de ton exercice,
03:10 pas aux alentours immédiats, tu évites les quartiers difficiles,
03:12 ce qui est un peu compliqué d'ailleurs quand on commence dans la gare de policier
03:14 parce qu'on a rarement les moyens d'être...
03:15 - Parce qu'on gagne combien au début d'une gare de policier ?
03:18 - En région parisienne, on est à moins de 2000 euros,
03:20 prime de risque incluse, dimanche, jour férié, heure sup'incluse,
03:23 on est à moins de 2000 euros, ce qui n'est pas non plus excessif.
03:27 Et puis, du coup, ça ne permet pas forcément de bien vivre dans le privé.
03:30 Et donc, du coup, par contre, on nous donne des consignes quand on rentre.
03:33 Et on nous dit, à partir du moment où tu es assez éloigné,
03:35 dans un quartier plutôt calme, tu es à l'abri.
03:37 Mais Magnonville, c'est exactement ça,
03:38 c'est un lotissement à 20 kilomètres du lieu d'exercice du commandant Salvin.
03:42 Et malheureusement, malheureusement, ils ont été frappés
03:44 parce que les délinquants et les criminels communiquent entre eux,
03:46 parce qu'Internet, parce qu'aujourd'hui, la criminalité va extrêmement vite.
03:50 Et puis, bon, je ne vais pas révéler les éléments de l'enquête.
03:52 Ils vont être évoqués dans les débats publics dans les prochaines semaines.
03:56 Je rappelle que notre syndicat est le seul syndicat à être constitué par des civiles.
04:00 On a fait ce choix-là d'être sur le banc, aux côtés des victimes,
04:04 mais également pour représenter l'ensemble des policiers qui ont été traumatisés,
04:06 tout en ayant conscience, évidemment,
04:08 ça, c'est un propos que l'on tient, ce n'est pas à l'armise,
04:10 ce n'est pas exagéré de dire qu'à tout moment, ça peut arriver.
04:13 En tout cas, depuis Magnonville,
04:14 beaucoup de collègues, en poussant le portail de leur maison,
04:16 regardent par-dessus leur épaule.
04:17 [Musique]
04:21 [SILENCE]

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