- il y a 3 ans
Top Chef, Masterchef, Le meilleur pâtissier, Tous en cuisine ou Cuisine ouverte, les émissions culinaires se sont fortement développées ces dernières années et beaucoup des grands chefs actuels sont issus de ces programmes au point qu’on peut se demander si aujourd’hui il faut forcément passer par la case télé pour se faire une place dans la gastronomie française ?
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00:00 la question média du jour.
00:02 Top Chef, Master Chef, le meilleur pâtissier,
00:05 tous en cuisine ou cuisine ouverte.
00:08 Les émissions culinaires se sont fortement développées ces dernières années
00:11 et beaucoup des grands chefs actuels sont issus de ces programmes
00:14 au point qu'on peut se demander si aujourd'hui,
00:16 il faut forcément passer par la case télé
00:18 pour se faire une petite place dans la gastronomie française.
00:21 Pour en parler, nous avons le plaisir de recevoir Norbert Tarère.
00:24 Bonjour Norbert.
00:25 - En plus, je m'avais fait un gros cadeau là.
00:26 - On a gueulé trop à côté, j'ai attendu l'émission.
00:30 - Les retrouvailles.
00:31 - La dernière fois qu'on s'est retrouvés, c'était devant le cheminée.
00:34 - Et ça s'est bien passé.
00:35 - J'ai perdu la mémoire, je n'ai même pas retrouvé mon hôtel.
00:39 Je l'ai mis dans ma voiture.
00:41 - Alors Norbert, je vous explique quand même que vous êtes l'exemple parfait
00:44 puisqu'on vous a découvert dans Top Chef
00:45 et aujourd'hui vous êtes le nouveau chef du grand restaurant du Prince de Galles,
00:49 un célèbre hôtel 5 étoiles parisien.
00:52 Et puis Raphaël Marchal est avec nous ce matin également.
00:55 Bonjour Raphaël.
00:55 - Bonjour.
00:56 - Vous êtes journaliste culinaire, autrice,
00:58 on peut vous voir notamment dans l'émission William Amidi sur C8.
01:02 Les rois du gueuleton sont toujours avec nous, Arthur et Vincent.
01:05 Mais Norbert d'abord, est-ce que...
01:07 Alors c'est toujours difficile de refaire l'histoire,
01:09 mais est-ce que vous pensez que sans le coup de projecteur très important
01:12 qu'a été la télévision pour vous,
01:14 qui a été Top Chef et toutes les émissions qui ont suivi,
01:17 est-ce que vous seriez aujourd'hui à la tête du Prince de Galles en tout ça ?
01:20 - Non, je pense pas.
01:21 Je pense qu'on a tous un rêve quand, lorsqu'on est cuisinier,
01:23 je parle que de la cuisine, ou des métiers de bouche,
01:25 on a tous un rêve, c'est d'un moment de percer,
01:28 en tout cas en cuisine, d'aller vers les étoiles,
01:30 ou en tout cas d'avoir du monde dans son restaurant,
01:32 d'avoir le matériel souhaité, voulu,
01:34 l'économie qui va derrière bien entendu,
01:36 parce que c'est une visibilité.
01:37 Et je me rappelle de cette phrase que j'avais entendue d'Alain Ducasse,
01:41 c'est ces mots qu'il faut pas oublier,
01:43 il y a le savoir-faire, c'est très important,
01:45 il y a le faire-faire, quel plus compliqué aujourd'hui de faire faire à l'autre,
01:48 mais faire savoir c'est aussi déterminant.
01:50 Donc forcément, on passe à la télé.
01:53 Il y a aussi un décalage de génération,
01:55 je vais pas passer pour un vieux, mais c'est tout comme.
01:58 Moi quand je regarde Top Chef, la saison 1,
02:00 avec Tichenko et Pierre-Ogé en finale,
02:04 je rêve, je rêve parce que je me dis,
02:05 j'ai peut-être pas les moyens de faire les concours
02:08 comme les Merveilles de France, ou les Bocuse d'or,
02:11 j'en ai peut-être pas les moyens, je le dis honnêtement,
02:14 peut-être culinairement parlant,
02:15 ou peut-être aussi financièrement, parce que c'est un investissement,
02:18 mais en tout cas je me dis Top Chef ça m'a porté,
02:20 et quand je m'inscris pour la saison 2,
02:23 non je suis pas appris, mais pour la saison 3 on me prend,
02:25 et c'est vrai que quand vous passez le cap,
02:27 vous êtes pas en mode télé,
02:28 là on n'est pas 10 ans après Top Chef,
02:30 quand je vous parle, je parle de 2011,
02:32 et je me dis c'est génial, je vais pouvoir m'affronter, mesurer,
02:35 je pense pas à l'après, en fait on n'est pas dans cette effervescence-là,
02:38 c'est pour ça que je peux vous en parler aujourd'hui avec beaucoup de retours,
02:41 mais par contre, à la fin, c'est un super propulseur de réseau,
02:45 de toute façon ça changera pas vos qualités,
02:49 vous êtes bon, si vous êtes bon vous passez,
02:51 si vous n'êtes pas bon, c'est encore pire.
02:52 - Attention, parce que quand vous passez à la télé,
02:54 à la télé on sait qu'il y a du montage,
02:56 on sait, voilà, mais quand vous êtes dans la vraie vie,
02:59 comme moi je vais le vivre dans pas longtemps au Prince de Galles,
03:01 vous êtes au rang de la réalité face à des gens,
03:04 des critiques, des auteurs, des chefs, des producteurs,
03:07 des gens qui aiment les bons produits,
03:09 - Le nom suffit plus là.
03:10 - Et là, la télé, vous pouvez pas goûter,
03:12 vous faites du visuel,
03:14 certainement que ça doit être très bon,
03:15 mais là, quand ils vont venir s'asseoir à ma table,
03:17 pour la première fois depuis 12 ans,
03:18 moi j'ai quitté un peu les fourneaux,
03:20 je vais revenir, je vais vous dire que j'ai le truillomètre.
03:22 - Et puis la télé c'est aussi du chaud,
03:24 et Raphaël Marchal, ses émissions, on va se dire les choses,
03:27 ce sont des concours de cuisine,
03:29 il faut être très fort en cuisine,
03:31 ce sont aussi des concours de personnalité,
03:34 et ceux qui émergent après ses émissions
03:36 et qui montent des restos,
03:36 ce sont souvent les fortes personnalités comme Norbert.
03:39 - Norbert l'a bien dit, c'est-à-dire que
03:41 quand on participe à une émission culinaire,
03:42 on décide pas exactement,
03:44 et d'ailleurs je pense même que pendant le tournage,
03:46 et dans les yeux du producteur à l'instant T,
03:48 on sait pas encore dans quel cas on va vous mettre,
03:50 quel perso vous allez incarner,
03:52 et en fait très souvent on va tirer sur
03:54 un point de votre personnalité,
03:55 et en fait derrière les gens ont la mémoire assez courte avec la télévision,
03:58 donc si vous avez été le mec par exemple qui était méga anti-Gaspi,
04:02 ou très cuisine du poisson,
04:04 bah en fait après c'est difficile de sortir de ça,
04:06 c'est difficile d'expliquer qu'on est autre chose
04:08 que ce qu'on a pu montrer un lundi par semaine sur une grande chaîne,
04:11 et je pense que ça c'est le risque,
04:13 après pour reciter Alain Ducasse une deuxième fois,
04:15 lui il a toujours dit que
04:16 toute lumière était bonne à prendre,
04:18 qu'elle soit très éclatante ou plutôt négative,
04:23 donc en fait on rebondit,
04:25 et je pense que Norbert a raison,
04:27 un coup de projecteur comme ça il faut pas dire non,
04:30 il faut juste avoir conscience qu'on va pas
04:32 nécessairement incarner la personne qu'on est réellement,
04:36 et c'est vrai que la personnalité de plus en plus,
04:39 moi j'en ai discuté avec des copains
04:41 qui ont participé aux dernières saisons,
04:43 ils me disaient en fait les gens sont de moins en moins
04:44 intéressés par la cuisine et les recettes,
04:47 et de plus en plus par abond,
04:49 mais lui il était obèse avant,
04:51 c'est incroyable,
04:52 ils adorent les petites anecdotes,
04:54 enfin c'est plus qu'un parcours,
04:55 c'est un peu voyeuriste,
04:56 c'est à dire qu'on adore les petits détails,
04:58 on adore connaître les orientations sexuelles
05:01 les uns des autres,
05:03 - C'est le côté télé-réalité,
05:04 - Oui mais moi qui ai grandi,
05:06 alors souvent ça me rajeunit quand je dis ça,
05:10 mais moi j'étais vraiment petite
05:11 quand Oui Chef de Cyril Lémiac a été,
05:14 et c'était ma Madeleine de Proust,
05:17 et c'était que la cuisine,
05:19 il n'y avait pas encore ce côté
05:20 où on parlait des personnalités des uns des autres,
05:22 des petits gossips et tout,
05:24 et c'était les seuls soirs où j'ai eu le droit de me coucher un peu plus tard,
05:26 et c'était extraordinaire.
05:28 - Quand tu dis ça je me sens vraiment vieux
05:29 parce que moi tu sais que j'étais dans les off de Cyril,
05:31 moi j'ai été embauché par Cyril,
05:33 il était à la suite chez David et Cathy Guetta,
05:36 et moi je revenais de Lyon et il m'a embauché,
05:38 et j'étais en train de former tous ces jeunes,
05:40 Oriane, tous les jeunes que vous avez pu voir,
05:44 dans l'émission, et t'es là,
05:45 quand tu dis que t'étais très jeune...
05:47 - Moi j'étais petite, j'avais 12 ans,
05:48 je ne sais plus quand c'était, mais ouais, ouais, c'était génial.
05:50 - On va continuer à parler de toutes ces émissions,
05:53 et ça m'intéresse d'avoir l'avis d'Arthur et Vincent,
05:55 parce que c'est vous, vous avez fait un petit peu le chemin inverse,
05:57 la télé finalement est arrivée après les restos,
06:00 juste le temps d'un petit trou normand,
06:02 et on se retrouve dans deux minutes pour suivre la discussion sur Europe 1.
06:05 - Culture Média sur Europe 1 avec la question média du jour,
06:08 faut-il forcément passer à la télé pour devenir un grand chef ?
06:12 On en parle avec nos invités Thomas Hylin.
06:14 - Et alors vous Arthur et Vincent,
06:15 vous avez fait un peu le chemin inverse,
06:17 vous disiez la télé arrive après les restos,
06:20 mais vous avez quand même besoin de la bonne vieille télé
06:22 pour élargir votre public aujourd'hui finalement.
06:24 - Tout à l'heure on parlait de concours,
06:25 nous le seul concours qu'on ait fait avec Arthur,
06:26 c'est le concours de pétanque, mais ça nous va très bien.
06:29 - Et la télé alors, quelle importance elle a pour vous aujourd'hui ?
06:33 - On ne sait pas parce qu'on n'a pas démarré,
06:34 c'est devoir démarrer.
06:35 - Mais c'est quelque chose d'accessoire,
06:37 c'est un truc en plus, une petite chose en plus,
06:39 où vous vous misez dessus aussi pour développer votre business derrière.
06:43 - Alors pour nous c'est un plus,
06:46 je pense qu'aujourd'hui on est déjà content de ce qu'on fait,
06:50 de ce qui se passe,
06:51 après on ne se rend pas compte de ce qui va se passer à la télé,
06:54 peut-être que ça va booster l'entreprise,
06:55 je ne sais pas, remplir les restaurants,
06:57 je ne sais pas du tout, on ne sait pas.
06:58 - Vous attendez de voir.
06:59 - Pour nous c'est du plus du plaisir,
07:00 et on verra après quoi.
07:02 - Il y a un ancien de la saison 3 de Top Chef,
07:04 il s'appelle Ruben Sarfati, vous le connaissez,
07:06 il explique dans une interview que dans les semaines qui ont suivi la diffusion de Top Chef,
07:10 il a reçu près de 150 offres intéressantes,
07:14 et que c'est donc très dur de tout filtrer, de faire le tri.
07:17 Ça s'est passé comme ça aussi pour vous Norbert Tarère,
07:20 quand vous êtes sorti de Top Chef ?
07:21 - Après vous savez, on a aussi une vie perso,
07:24 moi je n'étais pas dans le même engrenage que les autres candidats,
07:26 je le dis avant, je le répète,
07:28 moi je venais de liquider mon deuxième restaurant,
07:31 j'étais dans des procédures juridiques,
07:34 je venais de réintégrer La Sauvage Jeanne à Meugev,
07:37 ma femme travaillait avec Emmanuel Renaud,
07:39 donc on avait un autre système de vision,
07:42 moi je ne voulais pas faire de la télé,
07:44 c'est Jean Imbert qui m'appelle, qui me dit "mec,
07:46 moi je suis le gagnant le plus détesté de France,
07:48 toi t'es le perdant le plus aimé,
07:49 on fait une émission, on y va".
07:51 J'ai trouvé ça fun, mais c'est mon ex-femme qui m'a poussé à faire,
07:55 et je n'étais pas du tout télé, je voulais rester en cuisine,
07:57 j'avais trop peur aussi de ce milieu,
08:00 parce que tu ne maîtrises rien, vous l'avez dit,
08:02 on donne ce qu'on sait faire le mieux devant une caméra,
08:06 après il y a des gens qui montent, qui ondulent,
08:08 qui transforment, qui mixent,
08:10 - Tu avais peur du montage ?
08:11 - Le personnage est tiré,
08:12 alors bien sûr que j'assume le fait d'être très populaire,
08:14 j'aime ça, mais c'est vrai qu'il y a des moments où ça tire trop,
08:17 et des fois ça peut être cassant,
08:18 ça peut être... on te colle une étiquette.
08:21 Donc moi je suis quelqu'un de très sauvage,
08:24 j'aime être libre, faire ce que je veux,
08:25 d'ailleurs je le fais en télé et en cuisine,
08:27 mais ce n'est pas évident.
08:29 Donc quand on arrive là,
08:30 oui 150, on m'a proposé 5 millions d'euros de budget
08:33 pour faire un restaurant asiatique,
08:35 on m'a proposé jusqu'à 15 millions,
08:37 on m'a proposé beaucoup d'argent
08:39 pour reprendre des restaurants.
08:42 Quand tu as le vent en poupe,
08:43 c'est clair que des fois il n'y a aucune limite.
08:45 - Et avec la peur de faire les mauvais choix aussi,
08:47 à ce moment-là j'imagine.
08:49 - Moi le choix c'était simple, j'avais des enfants,
08:51 je devais rembourser ma dette à la banque,
08:53 c'était une priorité pour moi,
08:54 donc je devais trouver un moyen
08:56 dans lequel ça aille très vite pour me libérer
08:58 et passer à autre chose.
08:59 Après, sincèrement, je vais vous dire une chose,
09:02 peut-être que je ne l'ai pas vécu de la même façon que vous,
09:05 mais moi en fait je ne me suis jamais posé cette question,
09:08 qu'est-ce que la télé ?
09:09 Je fais ce que j'aime,
09:10 si je n'ai pas envie de le faire, j'arrête.
09:11 Je reste moi-même,
09:13 je donne le conseil à tout le monde,
09:15 et ça c'est humain,
09:16 il faut savoir qui on est avant de faire de la télévision,
09:19 n'attendez pas que la télé vous fasse croire que vous êtes quelqu'un,
09:22 grâce à ça, ça c'est dans la tête.
09:23 C'est pour ça qu'il y a plein de jeunes qui explosent en vol
09:25 ou il y a beaucoup de rêves déchus
09:26 ou de personnes qui se font mal,
09:27 c'est parce que les gens pensent se trouver eux-mêmes en télé.
09:30 La télé c'est une fiction,
09:31 on divertit les gens,
09:32 on amène des informations,
09:34 on amène des choses,
09:35 mais la réalité n'est pas forcément nous-mêmes qui nous sommes.
09:39 Et ça se voit en cuisine,
09:40 des fois il y a des gens qui viennent dans mes restaurants,
09:42 "Ouais dis donc, alors le saumon tu le mets au lave-vaisselle ?"
09:44 Non, c'est une part de show,
09:46 c'est une part de divertissement,
09:48 ou les huîtres à la menthe,
09:50 je l'ai fait pour vous raconter,
09:51 parce que Guylaine Arrabian et les autres chefs,
09:53 j'étais à l'arrache,
09:54 on était sur un bateau,
09:55 j'ai le mal de mer,
09:56 j'avais de l'humantol partout,
09:57 ils m'ont mis le bracelet anti-vomissement,
09:59 et j'en avais marre,
10:00 donc je mets une feuille de menthe sur une huître,
10:02 mais parce que c'est à l'arrache,
10:03 c'est même pas l'instinct du cuisinier,
10:04 c'est que j'ai envie d'arrêter l'épreuve,
10:05 j'en peux plus.
10:06 Et là aujourd'hui dans mes restaurants,
10:07 on m'a demandé l'huître à la menthe pendant 4-5 ans.
10:09 - Et Raphaël, Marshall, ces émissions,
10:12 c'est vrai, c'est ce que disait Norbert aussi,
10:13 elles ont suscité de très nombreuses vocations,
10:16 ça a aussi redoré le blason de toute une profession,
10:19 mais est-ce qu'elles ne risquent pas de donner aussi l'illusion
10:22 aux jeunes cuisiniers qu'il suffit de participer à une émission
10:24 pour ouvrir son resto derrière,
10:26 et puis être étoilé l'année suivante ?
10:28 - Oui, alors c'est une très bonne question,
10:29 je vais répondre déjà à celle que vous avez posée tout à l'heure,
10:31 parce que, juste pour être clair,
10:33 évidemment que non,
10:34 il ne faut pas forcément passer par la télévision
10:37 pour réussir en cuisine et dans ce métier,
10:38 ce serait tragique d'ailleurs que ça fonctionne comme ça.
10:41 Il y a énormément d'exemples,
10:43 d'ailleurs parmi les plus étincelants,
10:45 ils n'ont jamais fait de télé,
10:46 et c'est ceux dont on parle le plus,
10:47 et puis l'inverse est parfois très vrai aussi.
10:49 - Ça peut être un bon raccourci à la télévision.
10:51 - C'est un raccourci pour...
10:53 C'est quelque chose qui est très important,
10:54 il ne faut pas confondre les deux,
10:55 c'est important pour la première visite,
10:57 c'est-à-dire que grâce à la télé,
10:58 on va vous connaître, on va y aller une fois,
11:00 mais revenir, c'est une expérience,
11:01 c'est un ressenti, c'est un bouche à oreille,
11:04 c'est une curiosité qu'on va développer,
11:06 qu'on va nourrir.
11:07 Moi, les restaurants que j'adore,
11:09 j'y vais 20 fois,
11:10 j'y vais pas les 20 fois,
11:11 parce que je les ai vus à la télé,
11:13 peut-être que la première fois,
11:14 j'en ai lu un article quelque part,
11:15 ou alors on en a parlé, etc.
11:17 Après, quand on revient,
11:18 et les restaurants qui durent,
11:19 c'est un travail, et heureusement,
11:21 qui est très humain,
11:22 et qui se fait sur des sensations,
11:24 et sur du travail, en fait.
11:27 C'est pas juste du show et trois anecdotes.
11:31 Tout ça, c'est des trucs que les gens vont retenir,
11:33 et c'est vrai que parfois c'est agaçant,
11:34 parce que ça peut coller à la peau,
11:36 mais à l'inverse,
11:37 moi j'ai aussi entendu des chefs me dire,
11:38 bon, le problème des très grosses chaînes
11:41 qui font des millions et des millions d'audiences,
11:43 c'est que parfois vous avez des clients qui viennent,
11:45 qui partagent un menu dégustation à trois,
11:48 parce qu'en fait,
11:49 ils sont pas là pour ça,
11:50 ils veulent faire une photo avec le chef.
11:51 Donc derrière, c'est quand même compliqué
11:53 un peu de faire tenir un modèle économique.
11:56 - Vous les avez vus, eux, dans vos restos, Norbert ?
11:59 - De ?
12:00 - Ces gens, ces téléspectateurs,
12:01 qui viennent plus pour prendre une photo avec vous
12:03 que pour déguster votre cuisine ?
12:04 - Ouais, alors, je vais faire un complément,
12:06 il y a aussi des gens qui viennent,
12:07 et on peut être déceptif.
12:09 C'est très très dur de passer à la télé.
12:11 Vous créez des...
12:12 En fait, la télé, c'est aussi un schéma
12:14 où vous construisez du bonheur
12:16 par rapport à une très merveilleuse idée
12:19 sur un personnage, un cuisinier,
12:20 ou même un chanteur,
12:21 et quand vous êtes face à lui,
12:22 des fois vous êtes déçus.
12:24 Nous, en plus, il y a l'humain,
12:26 mais il y a aussi la cuisine.
12:27 Ils se sont fait un pâte à caisse devant un plat,
12:29 ils arrivent chez vous,
12:30 et si vous n'êtes pas dans l'attente,
12:32 vous leur donnez pas ce bonheur,
12:34 c'est tonitrure, il faut faire attention.
12:36 Et puis je pense aussi,
12:37 et là je parle aussi pour mes équipes,
12:38 je l'aurais prévenu, j'en avais parlé hier soir,
12:40 quand vous portez une image,
12:41 quelle qu'elle soit, populaire,
12:42 super star, super grand chef,
12:44 il y a aussi les critiques qui vont derrière,
12:46 on ne fait pas l'unanimité,
12:48 et donc des fois aussi on oublie nos équipes derrière,
12:50 parce qu'eux, ils ne sont pas forcément connus,
12:51 ils n'ont pas envie de faire de télé,
12:52 et ils doivent supporter aussi une autre image.
12:54 Moi, je parle de la mienne,
12:55 qui est très lourde à porter,
12:56 pour plein de gens,
12:57 il y a plein de gens qui ont peur
12:58 d'être collé à mon image en cuisine,
13:00 parce que j'ai la réputation d'être un chef vivace,
13:03 qui n'a peur de rien,
13:05 qui peut faire un gigobitume,
13:06 qui est sans limite,
13:07 mais je n'ai pas montré dans ma profession,
13:09 d'ailleurs vous verrez,
13:10 je suis le seul chef de télé,
13:11 je ne suis jamais allé au Bocuse d'or,
13:13 vous ne m'avez jamais vu au Syrah,
13:14 parce que j'y retournerai,
13:15 là comme je reprends le pas de la cuisine,
13:16 je suis en cuisine,
13:17 j'ai mes couteaux,
13:18 là j'irai voir le Syrah,
13:19 je ne suis jamais à le Syrah,
13:20 je ne suis pas un usurpateur,
13:22 je n'ai jamais mis mes vestes de cuisinier
13:23 dans mes restaurants,
13:24 vous voyez ce que je veux dire ?
13:25 Là, j'ai remis ma veste,
13:26 et je suis en cuisine,
13:27 ce n'est pas pareil,
13:28 ce que je veux dire,
13:30 c'est qu'on porte une aura,
13:31 qui est compliquée,
13:32 on parle des étoiles,
13:33 là vous parlez du bon sens,
13:34 parce qu'on a vu,
13:35 il y a Malory qui a une étoile Michelin,
13:36 bravo,
13:37 Morissaco qui a une étoile Michelin,
13:38 mais derrière,
13:39 c'est encore plus lourd pour eux,
13:40 c'est encore plus lourd,
13:41 c'est encore plus lourd,
13:42 parce que,
13:43 soit on peut se dire,
13:44 parce qu'on ne pardonne rien maintenant en France,
13:45 oui il l'a eu grâce à la télé,
13:46 grâce à la télé,
13:47 ou il l'a eu grâce à son travail,
13:49 mais en tout cas,
13:50 c'est très dur,
13:51 moi j'ai travaillé avec Cyril Lignac,
13:53 pendant Oui Chef,
13:54 et après on est vers le 15ème,
13:55 je l'ai rejoint au 15ème,
13:56 on avait l'idée d'avoir l'étoile Michelin,
13:58 je vous le dis,
13:59 on avait l'idée d'avoir l'étoile Michelin,
14:00 et je me rappelle,
14:01 je ne dirai pas le nom du directeur de l'époque du guide Michelin,
14:03 il n'en voulait pas,
14:04 pas parce qu'on n'était pas bon,
14:05 parce qu'il y avait la télé,
14:06 et que pour lui,
14:07 ce n'était pas dans les codes d'avoir un chef télé.
14:09 Lignac et Tarère ne peuvent pas avoir une étoile,
14:11 en gros c'est ça.
14:12 Moi je n'étais pas connu,
14:13 j'étais le second,
14:14 j'étais dans l'équipe de Cyril au 15ème,
14:16 on se faisait une tête comme ça,
14:17 on vivait aussi à travers sa réussite,
14:20 parce que sa réussite c'est aussi la nôtre,
14:21 on avait du monde,
14:22 mais des fois c'est un fardeau,
14:25 il faut le savoir aux jeunes.
14:26 Après c'était les premières années,
14:28 et maintenant ça a évolué,
14:29 on a l'impression que la télé est mieux acceptée
14:31 dans le monde de la gastronomie,
14:32 tout ça est en train de bouger aussi.
14:34 En tout cas ce qui compte,
14:35 comme on le disait,
14:36 il faut parler du métier,
14:37 et c'est la meilleure façon de parler d'un métier.
14:39 C'est vrai.
14:40 Grâce à qui le font-ils ?
14:41 Et le bon gras !
14:42 Et le bon gras !
14:43 Et l'obligation de ne pas jamais !
14:45 Merci à tous,
14:46 merci Raphaël Marchal
14:47 qu'on retrouve dans William Amidi sur C8,
14:49 merci à Norbert Tarrer,
14:51 je profite de votre passage d'ailleurs
14:52 pour signaler la sortie de votre livre
14:54 « Chef de famille »
14:55 que je montre à la caméra sur Europe 1.fr,
14:57 on y retrouve 120 recettes innovantes,
15:00 petits budgets anti-gaspi
15:01 destinés à tous les publics,
15:02 et particulièrement aux familles,
15:04 donc je le garde de côté.
15:06 Et puis on va souhaiter bonne chance
15:07 aux deux copains Arthur et Vincent,
15:09 régalez-nous demain,
15:10 21h15 sur TMC,
15:12 Merci beaucoup messieurs.