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00:02 RTL Matin
00:06 Il est 7h44, excellente journée à vous tous qui écoutez RTL, Amandine Bégaud vous recevez donc ce matin
00:11 Pascal Brice, président de la Fédération des Acteurs de la Solidarité.
00:14 Fédération Pascal Brice qui regroupe, je le disais, un peu plus de 900 associations et organismes qui accompagnent justement
00:20 au quotidien les plus démunis. Alors on va bien sûr évoquer avec vous, et c'est pour ça que vous êtes là,
00:24 ce plan de lutte contre la pauvreté qui sera présenté tout à l'heure par le gouvernement. Ce que vous en attendez
00:29 précisément, mais d'abord concrètement, qu'est-ce qu'être pauvre aujourd'hui en France ? On parle d'un peu plus de 9 millions de personnes.
00:36 Oui, être pauvre en France, c'est d'abord, contrairement à ce qu'on croit, c'est d'abord le plus souvent être une femme.
00:41 Très souvent une femme, seule avec un enfant. C'est de manière générale
00:44 avoir un revenu inférieur à 1000 euros par
00:48 mois. Et toute la difficulté, c'est que vous savez que ça fait 35 ans
00:52 que la pauvreté ne baisse plus en France.
00:56 Et là, elle remonte avec, évidemment, là où est pris l'alimentation. Donc c'est une réalité qui frappe un grand nombre de gens,
01:03 y compris des gens qui travaillent.
01:05 Et c'est ça, l'une des grandes nouveautés. Le travail aujourd'hui n'est plus un rempart qu'on entendait tout à l'heure Marwan à 7h15,
01:12 qui a un CDI dans la restauration, qui touche 1800 euros, qui a un bébé d'un an et demi, il est obligé d'aller au resto du coeur.
01:18 Oui, c'est vrai que travailler protège beaucoup plus de la pauvreté.
01:23 Mais pas totalement. Et on a effectivement les travailleurs pauvres, plus d'un million de travailleurs pauvres dans le pays.
01:28 Et c'est ce qui fait notamment que cette inquiétude là s'installe de plus en plus, non seulement chez les exclus,
01:35 dans les classes populaires, mais dans une partie des classes moyennes.
01:38 Et c'est la raison pour laquelle moi j'attends notamment l'ouvernement tout à l'heure, la première ministre, qu'elle nous confirme qu'elle ne croit pas
01:43 que la seule baisse du chômage qui est engagée, qui va se poursuivre vers le plein emploi, qui est une très bonne nouvelle. Moi je vous dis,
01:51 j'ai vu dans mon quartier de naissance à Nantes,
01:53 les dégâts du chômage de masse, on sait ce que c'est. Mais cette baisse du chômage, elle ne
01:57 suffira pas à elle seule à éradiquer la pauvreté et la précarité.
02:00 - Ce n'est pas parce que le chômage baisse que...
02:02 - Ça ne suffira pas.
02:04 - La moitié aujourd'hui, alors j'ai découvert ce chiffre, j'étais assez stupéfiée, en fait la moitié des personnes
02:08 considérées comme pauvres ont un emploi aujourd'hui en France.
02:11 - Et oui. Ce qui en dit long sur
02:13 le malaise au travail,
02:16 la question de la rémunération, c'est pour ça que la conférence salariale
02:19 annoncée par le gouvernement va être un moment très important aussi pour la lutte contre la pauvreté et la précarité.
02:24 Mais on voit bien qu'il y a à la fois une question au travail,
02:27 la perspective du plein emploi, il y a aussi les chantiers d'insertion, ces deux associations sont très présentes auprès des personnes pour les accompagner
02:34 vers l'emploi lorsque c'est difficile pour elles. Et puis il y a toutes celles et ceux qui seront au travail,
02:38 mais qui sont mal payées, qui n'y arrivent pas. Et c'est ça en fait qui s'installe dans le pays de plus en plus.
02:43 Cette sensation qu'on bosse et pourtant on n'y arrive pas, et ce qui conduit à des réflexes parfois de stigmatisation.
02:49 C'est-à-dire de dire "attendez, moi je bosse,
02:51 lui il ne bosse pas, il a l'ERSA". Et donc c'est tout cela qu'il faut pouvoir
02:54 contrecarrer et j'en attends, j'attends notamment du gouvernement, de la lucidité de l'action sur ces questions.
02:59 - 65% des français ont considéré l'an dernier, d'après un sondage
03:02 publié dans les Echos, qu'il y a trop d'assistanats en France et que notre modèle social a trop d'effets
03:09 pervers et n'encourage pas les efforts. Quand on voit ce chiffre, la moitié des pauvres travaillent,
03:14 ça remet les choses à peu près en place. - Oui, ça remet les choses en place parce qu'il faut redire qu'encore une fois, une femme seule avec un enfant,
03:21 1000 euros
03:23 de RSA.
03:25 Et en même temps il faut entendre cela. Moi je le dis très clairement, quand les gens sont fragilisés socialement,
03:30 y compris dans les classes moyennes, dans les classes populaires,
03:35 ce réflexe-là, il existe.
03:36 Et donc ça signifie quoi ? Ça signifie, du point de vue de nos associations, que la solidarité est une exigence.
03:41 Et encore une fois, j'attends du gouvernement et de chacune et chacun dans ce pays, et de notre part, que nous soyons à l'action.
03:46 Mais il faut aussi entendre ce malaise de celles et ceux qui contribuent à la solidarité, qui disent "ouais bon d'accord" et donc
03:52 c'est pourquoi nous défendons l'idée d'un engagement réciproque. Vous savez par exemple le RSA, l'histoire de
03:57 "vous aurez le RSA que si vous bossez". Moi je peux vous citer 100 exemples de personnes
04:01 pour lesquelles ça va être compliqué, il va falloir du temps, il va falloir que les associations les accompagnent. Mais en revanche je pense effectivement qu'il
04:07 faut une réciprocité.
04:09 Que chacune et chacun bénéficiant de la solidarité apporte quelque chose à mesure de ses possibilités.
04:13 Tout le monde ne peut pas travailler, mais ceux qui le peuvent devraient pouvoir le faire.
04:18 Ou via une formation, par exemple où nos associations accueillent des jeunes à la rue.
04:23 Trop souvent d'ailleurs issus de l'aide sociale à l'enfance. C'est un grand scandale français.
04:27 Vous voyez les double, triple, quadruple peine. Et bien ces jeunes là, ils sont parfois à la rue, c'est très compliqué pour eux d'aller vers le
04:34 travail, une formation. C'est le boulot de nos associations avec les missions locales.
04:37 Allez les ramener vers la re-socialisation. Il faut s'adapter les visions dogmatiques
04:41 que j'entends trop souvent en disant "tout le monde au travail machin". C'est pas la vraie vie. En revanche dans cette société on apporte,
04:48 on bénéficie de la solidarité, on doit apporter quelque chose à la mesure de ce qu'on peut apporter.
04:52 - Pascale Brice, je reviens sur les chiffres.
04:54 14,6% de la population aujourd'hui donc considérée comme pauvre, presque un français sur six, c'est énorme.
05:00 C'est toutefois moins que dans les années 70.
05:02 On était à 18,2%.
05:04 Et si on se compare aux autres pays européens, la France fait finalement plutôt mieux que la moyenne des pays européens.
05:10 Le taux de pauvreté est plus élevé en Allemagne, en Italie, en Espagne ou encore au Royaume-Uni.
05:13 C'est grâce à notre système de protection sociale ?
05:15 - Bien sûr, il faut toujours le rappeler. Nous avons un beau système de protection sociale.
05:19 Il y a aussi des effets de redistribution important vers les plus fragiles.
05:24 Il faut aussi saluer l'action du gouvernement pendant la crise sanitaire qui a fait en sorte qu'il y ait pas de millions de gens qui basculent.
05:30 Mais il y a quand même une vraie difficulté.
05:33 Je vous le disais, effectivement la pauvreté a baissé par rapport aux années 70.
05:36 Mais ça a baissé jusqu'au milieu des années 80 et depuis ça ne baisse plus.
05:40 Donc on a quelque chose là qui s'enrincine, qui s'installe chez les femmes seules,
05:44 dans certaines campagnes, dans certains quartiers, chez des jeunes, chez des travailleurs âgés.
05:50 C'est là et ça s'accentue, notamment dans la période d'urgence dans laquelle nous sommes, avec la hausse des prix de l'alimentation.
05:56 Donc c'est un combat qu'il faut mener pour les raisons que vous disiez tout à l'heure, Mme Bécaud.
06:00 C'est-à-dire que non seulement c'est une question de dignité pour ces hommes et ces femmes,
06:04 mais c'est aussi une question de cohésion sociale et démocratique du pays.
06:07 Parce que sinon on va vers toujours plus de stigmatisation des pauvres et on sait ce que ça donne ce genre de choses.
06:14 Concrètement, qu'est-ce qu'on fait ? S'il y avait une mesure à prendre pour éradiquer la pauvreté dans notre pays ?
06:20 Se donner les moyens, dans la durée, c'est ce que je demanderais à la Première Ministre cet après-midi,
06:26 de la lutte contre la pauvreté.
06:29 Ça veut dire quoi ça ? Ça veut dire d'abord qu'on sort de logique à l'urgence.
06:32 Alors c'est dans l'air du temps l'urgence. Il y a parfois les urgences et il faut y être.
06:35 Mais la pauvreté et la précarité, ça se combat pas un jour et plus le lendemain.
06:40 Les travailleurs sociaux et les bénévoles dans ce pays le savent dans nos associations.
06:43 Quelqu'un que vous sortez de la rue, c'est d'abord un travail pour l'accompagner vers un hébergement.
06:48 C'est tout un accompagnement social.
06:49 Donc il faut que le gouvernement arrête de gérer l'urgence, qui d'ailleurs coûte deux fois plus cher aux finances publiques.
06:55 Mais alors ce que j'allais vous dire, ça veut dire plus d'argent ou pas ?
06:57 Ça veut dire sans doute plus d'argent, mais de l'argent mieux utilisé.
07:02 Encore une fois, je prends l'hébergement d'urgence.
07:05 On continue ce qu'on appelle la gestion au thermomètre. Il fait très froid et maintenant il fait très chaud.
07:09 Alors d'un coup, vous avez le gouvernement qui vous dit, il faut que vous ouvriez des centres d'hébergement dans l'urgence.
07:15 Ça coûte trois, quatre fois plus cher pour les finances publiques que d'avoir une gestion dans la durée,
07:20 à la fois de l'hébergement, du logement social, parce que ça je veux insister là-dessus.
07:25 Vous savez qu'il y a dans ce pays, et c'est plus seulement une question parisienne ou bordelaise,
07:28 à Vierzon, j'ai rencontré une dame qui était dans un centre d'hébergement depuis deux ans et qui attendait un logement social.
07:34 Donc, relance du logement social, moyens pour l'insertion par l'activité économique, les chantiers d'insertion...
07:41 - Mais j'ai l'impression, excusez-moi, qu'on entend ça depuis des années.
07:44 - Oui, mais tout simplement parce que...
07:47 Enfin, ça n'est pas sans lien avec le fait que la pauvreté reste à un tel niveau dans le pays,
07:52 parce qu'on est toujours sur ces logiques-là. On est sur des logiques d'urgence.
07:56 Nous nous défendons. Un combat de tous les jours et dans la durée.
08:00 Il y a des mesures d'urgence à prendre, c'est ce que je défendrai auprès de la Première Médie cette après-midi.
08:03 Mais il y a aussi revaloriser le travail social.
08:06 Parce que, si vous me permettez une chose, je crois qu'on sait sur votre antenne,
08:10 vos auditeurs et vos auditrices le savent, combien cette société est travaillée par des peurs de la violence
08:15 sous toutes ses formes réelles et fantasmées, mais beaucoup réelles.
08:18 Dans ce contexte-là, comment on fait sans les hommes et les femmes du social ?
08:23 Or, vous savez qu'aujourd'hui, il n'y a plus de candidats dans les écoles de formation.
08:26 Ils sont payés au SMIC, c'est-à-dire qu'ils sont précaires parmi les précaires.
08:30 Ils ne sont pas reconnus. Et donc, comment on va affronter ces peurs-là, ces angoisses-là,
08:35 cette pauvreté, cette précarité qui s'étend jusqu'à une partie de la classe moyenne sans les travailleurs sociaux ?
08:39 Donc, j'attends aussi du gouvernement qu'il prenne des mesures en la matière.
08:42 - Au-delà d'une question économique, on l'entend très bien ce matin, c'est une question de société. Merci beaucoup.
08:47 - Cela fait 35 ans que la pauvreté ne baisse pas en France, je viens de nous dire, notamment au Pascal Brice.
08:51 Vous restez avec nous, M. Brice.
08:52 !
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