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00:02 7h-9h, RTL Matin.
00:05 Il est 8h23, bonjour Alain Duhamel.
00:09 Bonjour.
00:10 Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur RTL, vous êtes le grand témoin de notre vie politique depuis tant d'années et vous publiez
00:16 "Le prince balafré, Emmanuel Macron et les gaulois très réfractaires" aux éditions de l'Observatoire, dès aujourd'hui en librairie.
00:22 Alain Duhamel, c'est votre deuxième ouvrage consacré au chef de l'état après Emmanuel Lehardi. À la fin de votre livre vous évoquez une très
00:29 forte personnalité,
00:31 inclassable, hétérodoxe et impressionnante. Qu'est ce qui vous intrigue tant chez ce personnage ?
00:35 Mais pourquoi il a un rapport avec les français aussi difficile et finalement différent de ceux de ses prédécesseurs ?
00:43 Alors bon, c'est un personnage quand même totalement... quand je dis qu'il est atypique, il a vraiment un parcours atypique.
00:50 C'est le premier président qui était élu sans avoir fait de politique avant, sans passé politique.
00:55 Quand il arrive, c'est au milieu d'une crise institutionnelle et
00:59 de la destruction des grands partis classiques. Dès qu'il est là, les crises se succèdent sans arrêt.
01:05 Bon et puis c'est un libéral dans un pays qui n'est pas libéral, c'est un réformateur dans un pays qui est conservateur.
01:11 Il est décalé.
01:14 Quand je vous écoute, j'ai dit on n'était pas fait pour se rencontrer, mais vous parlez aussi d'un grand pouvoir. Alors de séduction,
01:18 d'une grande aptitude à déplaire, un audacieux au sein d'une France anxieuse,
01:22 réformateur parfois compulsif dans ce pays conservateur, vous venez de nous le rappeler. Nous sommes donc depuis le début dans une incompréhension
01:28 réciproque avec notre chef de l'État.
01:29 Oui, alors il y a des choses qui m'étonnent quand même parce que bon, tous les présidents ont été très impopulaires à un moment ou à
01:37 un autre. Même De Gaulle, il ne faut pas oublier De Gaulle 68-69.
01:40 Il y a mai 68 et le référendum qu'il a perdu et à la suite duquel il est parti. Ils ont tous eu des crises, ils ont tous
01:47 été impopulaires à un moment. Mais lui a eu
01:50 uniquement des crises qui se sont enchaînées et il est plus impopulaire.
01:56 Je dirais plus impopulaire, il y a eu d'autres très impopulaires, mais il est plus incompris. C'est à dire que
02:03 typiquement, ça faisait 50 ans que la France se désespérait avec le problème du chômage
02:10 et qui arrivait en tête pendant des décennies de toutes les anxiétés des français.
02:17 Bon, il y a eu avec lui et sa politique,
02:20 initiée d'ailleurs sous François Hollande, mais il y a eu une amélioration comme on n'en avait pas eu.
02:26 Bon, maintenant c'est considéré comme tout à fait normal. De même, je ne vais pas prendre 50 exemples, mais au moment du Covid,
02:33 les français et en particulier
02:35 les salariés et les chefs d'entreprise ont été
02:39 préservés et aidés par l'état comme aucun autre pays. Mais aujourd'hui,
02:44 qu'est-ce qu'il en reste du ressentiment ?
02:47 - Mais vous êtes en train de nous dire qu'il nous a protégés, que le ressentiment est là et vous employez le terme de détester,
02:52 détestation. - Oui, il y a une haine particulière. - Pourquoi ?
02:56 - Alors, il y a beaucoup de raisons.
02:58 Il y a le côté premier de la classe, évidemment, comme ça avait été pour Alain Juppé ou pour Laurent Fabius,
03:02 mais ça n'est pas suffisant. Il n'y a pas que ça. Il y a le fait, on en fait par exemple le prototype du technocrate parisien.
03:09 Il n'est pas plus parisien que vous ou moi. C'est un picard qui aime son pays
03:14 et qui aime aller en vacances chez sa grand-mère dans les Pyrénées, je veux dire.
03:18 Mais simplement, c'est l'idée qui est ancrée. On dit bien entendu le président des riches.
03:23 Il est le quatrième sur les huit présidents français à qui on reproche ça. Mais chez lui, on le reproche encore plus.
03:29 Il y a toujours une espèce d'incompréhension naturelle entre les Français et lui.
03:34 - Au-delà du président Macron, évidemment, vous vous interrogez Alain Duhamel sur nous, les Français, les Gaulois donc, très réfractaires.
03:39 Et vous vous demandez pourquoi nous sommes si profondément
03:42 rancuniers, déchirés et insatisfaits. Alors oui, pourquoi Alain Duhamel ?
03:46 - Je pense que les Français ont les défauts de leur qualité. C'est un peuple dont on sait très bien qu'il est hyper
03:53 réactif, très indépendant, avec un esprit critique très développé depuis toujours, très instable.
03:59 Il ne faut pas oublier, c'est quand même la base, on est le seul pays,
04:02 le seul, qui ait eu 15 régimes politiques en deux siècles. Et quand il y a 15 régimes, c'est qu'il y en a 14 qui ont été balayés.
04:09 Il faut se rendre compte aussi d'où nous sortons.
04:11 - Les Français aiment leur président le jour de leur première victoire et le jour de leur dernier soupir. Écrivez-vous page 151.
04:16 Selon vous Alain Duhamel, comment vont se jouer les dernières années de la présidence Macron ? Je vous cite là encore.
04:22 "Le président dominateur a désormais une main liée dans le dos." En l'occurrence, bien entendu, pas de majorité à l'Assemblée nationale.
04:27 - Absolument, ça va être très difficile. Ça va être de plus en plus difficile, parce qu'évidemment, il va y avoir
04:33 de plus en plus l'anticipation de son départ. C'est dans la nature des choses.
04:37 Mais je dirais que la grande différence, c'est que, par rapport à ses prédécesseurs, on est dans un paysage politique
04:45 qui a été décomposé, mais qui ne s'est pas restructuré. La fameuse tripartition,
04:50 ça laisse tout ouvert et tout possible. Et là encore, il faut se rendre compte qu'on est dans une situation vraiment spéciale
04:57 sous Emmanuel Macron, puisque jamais la gauche dite de rupture n'a été aussi forte en même temps qu'une extrême droite
05:05 de rupture. Donc la France marche
05:08 entourée par deux volontés de rupture et au milieu un centre qui n'est pas constitué, qui n'est pas
05:15 organisé et dont on ne sait pas s'il est durable. - Et vous consacrez le dernier chapitre de votre livre à l'après Macron.
05:20 Vous évoquez, je cite, les marichaux du macronisme avec Edouard Philippe en tête,
05:25 l'ancien Premier ministre qui assume totalement ses ambitions présidentielles.
05:28 Est-il le mieux placé pour succéder à Emmanuel Macron et pour battre Marine Le Pen ? - Alors écoutez,
05:33 il faut se méfier dans ce secteur
05:37 des prédictions quatre ans à l'avance. Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, il est le plus populaire
05:45 des hommes politiques français, à un moment où les hommes politiques français sont encore moins populaires que d'habitude.
05:50 Donc c'est plutôt un avantage d'être populaire. Pour le reste,
05:54 sa caractéristique, c'est qu'il a à la fois des idées très précises, mais qu'il sait les exprimer
06:02 modestement. Alors ça déjà, c'est une grande différence avec Emmanuel Macron, mais on peut le dire, c'est une grande différence avec la quasi-totalité des hommes politiques.
06:10 Être à la fois déterminé et modeste dans l'expression, je pense que ça c'est
06:15 une vertu.
06:17 - Je vous ai toujours connu avec l'œil pétillant Alain Duhamel et vous écrivez en introduction de votre livre qu'il n'y a pas de président heureux.
06:23 Que voulez-vous dire ? - Je pense que les français
06:27 aiment l'autorité et détestent les autoritaires. Et donc être président en France, c'est être condamné à un moment ou à un autre
06:36 à l'impopularité. Quelquefois, on redevient populaire après. Ça a été le cas par exemple de Jacques Chirac, qui a été très populaire
06:43 après avoir été président. D'autres ne redeviennent jamais populaires.
06:47 Les français sont assez généreux une fois que leurs présidents sont morts. Mais au fond, ils les aiment
06:54 pendant les six premiers mois, et puis au bout de six mois, ils sont déjà dégoûtés, et une fois qu'ils sont morts.
07:00 - Merci beaucoup Alain Duhamel d'avoir été avec nous ce matin. Le prince balafré, Emmanuel Macron et les gaulois très réflectaires.
07:06 pas réfractaire.
07:07 Bye !
07:07 Merci à tous !
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