00:00 L'Inde est dans une situation très particulière.
00:02 Avec une population sans cesse grandissante,
00:03 le pays doit trouver des moyens pour nourrir tout ce beau monde.
00:06 Sauf que, petit problème, il faut réussir à cultiver sans tout détruire.
00:09 À cela, vous pouvez ajouter les difficultés d'approvisionnement en eau.
00:12 Je ne sais pas si vous avez suivi la situation en Europe,
00:14 où il fait quand même nettement moins chaud qu'en Inde,
00:16 bah on en sécheresse quasi continue.
00:18 Et l'Inde n'y déroge pas.
00:19 Mais certains états semblent avoir trouvé une solution durable et écologique.
00:23 Bon, déjà, chose assez surprenante,
00:25 l'Inde est autosuffisante en nourriture.
00:27 Oui oui, vous avez bien compris,
00:28 ils arrivent à nourrir un quart des habitants de notre planète.
00:31 Et pour comprendre comment ils ont fait,
00:33 faisons un bond dans le passé,
00:35 dans l'Inde post-coloniale, en 1960.
00:37 Le pays prend note des défis à venir par rapport à la nourriture
00:44 et il se donne comme objectif de devenir aussi indépendant dans ce secteur.
00:48 Pour cela, quoi de plus simple que d'importer les méthodes
00:50 qui ont déjà fait leur preuve dans notre pays,
00:52 que l'on nomme l'agriculture intensive.
00:54 L'Inde se concentre alors sur trois céréales,
00:56 que sont le maïs, le riz et le blé.
00:59 On mécanise où cela est possible,
01:00 on achète des quantités stratosphériques d'engrais chimiques et de pesticides,
01:03 et hop, la magie moderne opère.
01:05 Les rendements agricoles explosent,
01:07 mais dans les années 90, la production stagne à nouveau.
01:09 Mais comment cela se fait-il ?
01:10 On s'en fout, on n'est pas payé à penser au futur ici.
01:13 Pour relancer la machine, on apporte des EGM,
01:15 ces fameuses plantes résistantes aux maladies et même à la dissolution de Darmanin.
01:18 Et on appelle à une gestion plus parcimonieuse de l'eau,
01:20 qui commence déjà à manquer.
01:21 Bon, dans les faits, on apporte surtout des EGM.
01:24 Le bilan de ces deux révolutions vertes d'un point de vue alimentaire est une vraie réussite.
01:28 L'Inde multiplie par 4 sa production agricole en 50 ans.
01:31 Mais, et oui, il y a un mais,
01:33 c'est un vrai désastre social et environnemental.
01:36 L'Inde est l'un des pays où le suicide des agriculteurs est le plus élevé au monde.
01:39 Et on parle de 20 000 indiens qui passent à l'acte chaque année.
01:43 Et c'est quand même l'équivalent du puits envolé qui part en fumée chaque année.
01:46 Bon, la moitié d'entre vous ne connaissent même pas cette ville,
01:48 mais moi je l'aime bien, donc ça m'ennuie qu'elle disparaît chaque année.
01:50 Pourquoi font-ils cela d'après vous ?
01:52 Spoiler alert, ce sont les mêmes raisons qui poussent nos agriculteurs français à faire la même chose.
01:56 Ils ne s'en sortent tout simplement plus.
01:58 Vous avez remarqué que tout ce que je vous ai énuméré comme cause de la révolution verte,
02:01 il faut passer à la caisse.
02:02 Les EGM, les machines, les engrais,
02:05 c'est un investissement conséquent pour ces agriculteurs qui sont pour le plus soin très pauvres.
02:08 Sauf que les recettes sont souvent plus faibles que les dépenses.
02:11 Et complètement surendettés, les solutions semblent disparaître.
02:14 Et vous pouvez ajouter à cela qu'un Indien sur 5 ne mange pas bien.
02:17 En effet, essayez de faire un plat avec juste du blé et du riz.
02:19 À part si vous êtes étudiant, vous allez vite être en carence.
02:22 Et à cette détresse sociale, on peut parler de l'environnement qui littéralement implose.
02:26 Déjà, à force de mettre plein de cochonneries chimiques dans les sols,
02:29 on finit par les détruire complètement.
02:30 On appelle cela la salinisation des sols.
02:33 Et en plus, l'agriculture intensive est extrêmement consommatrice d'eau,
02:36 puisque nous nous concentrons sur des cérales rentables
02:38 et non des légumes en adéquation avec le climat et les ressources naturelles.
02:41 Par exemple, faire du maïs est un non-sens dans ces régions.
02:45 Une contre-révolution verte a alors lieu en Andra Pradesh.
02:47 [Générique]
02:51 Pour la comprendre, zoomons sur le petit champ d'un agriculteur,
02:54 comme disons Rama, qui ne cultive pas des céréales comme les autres.
02:56 Non, non, il va alterner par exemple en hiver des papayes et du curcuma.
03:01 Et à l'inverse de ses voisins, Rama ne possède pas de tracteur, pas d'engrais, ni de pesticides.
03:05 Non, non, pas besoin de tout cela quand un mélange naturel de bousses de vache et d'urine
03:08 lui permet de garantir tous les nutriments dont ses graines ont besoin.
03:11 Et c'est encore plus avantageux pour lui,
03:13 car il n'a qu'à se baisser pour prendre ce que ses 5 vaches lui donnent.
03:16 Mais comment fait-il sans pesticides ?
03:17 Il lui suffit de cultiver plusieurs plantes en même temps,
03:20 où les insectes qui décimaient ses cultures autrefois vont cette fois-ci s'entretuer,
03:23 ou se faire concurrence.
03:24 C'est ce que l'on appelle une culture intercalaire,
03:26 en opposition à la monoculture que nous connaissons si bien.
03:29 Cette culture s'appuie sur la connaissance de nos plantes et des synergies entre elles.
03:33 Et comble de sa folie, il n'arrose ses plantes qu'une demi-heure par jour,
03:36 alors que l'Inde utilise 83% de son eau potable dans ses cultures.
03:40 Rama est tout sauf fou.
03:41 Grâce à ce changement drastique dans sa manière de gérer sa ferme,
03:44 il a réussi à sauver selon ses dires, sa famille.
03:46 Et comble de l'ironie, les tempêtes diluviennes de fin novembre
03:49 ont complètement détruit les plantations de ses voisins.
03:52 La sienne, aucun dégât à déplorer.
03:53 Bon, c'est quoi cette fameuse science miraculeuse qu'a utilisée Rama ?
03:56 C'est ce que les Indiens appellent l'agriculture naturelle à zéro budget,
04:03 ou le ZBNF pour les intimes.
04:05 Elle est différente des autres formes d'agriculture,
04:07 comme celle intensive et celle biologique.
04:09 Ici, on n'utilise rien d'artificiel et aucun intrant, même organique.
04:13 En fait, cette méthode d'agroécologie n'est même pas révolutionnaire,
04:16 elle est exactement l'inverse.
04:18 Et comme son nom l'indique, elle cherche juste à réduire au maximum les dépenses,
04:21 et s'appuie que sur des matériaux disponibles pour les agriculteurs.
04:24 Par exemple, après avoir récolté son riz,
04:26 on est généralement embêté avec les résidus de paille de riz.
04:28 Bah avec cette technique, ce chôme est laissé là,
04:30 car elle préserve l'humidité dans le sol en le protégeant du soleil.
04:34 N'hésitez pas à écrire F dans les commentaires,
04:36 car cela me rend si triste pour Mousanto.
04:38 Tous ces billets qu'il dampe dans les poches des agriculteurs indiens,
04:40 alors qu'ils seraient tellement plus au chaud
04:42 et mieux lotis dans la poche des actionnaires.
04:44 Ah, ça me fend le cœur.
04:46 Des études indépendantes ont même montré qu'à l'inverse de notre intuition,
04:48 ce modèle agricole a globalement des meilleurs rendements.
04:51 Et je dis globalement, car cela n'est pas le cas pour le coton notamment.
04:54 Le passage à cette agriculture se fait sur 3 ans,
04:56 et les rendements augmentent chaque année,
04:58 alors que la méthode intensive perd en rendement.
05:00 Ah, et petit aparté, car je vous connais les sceptiques,
05:03 les légumes ont été analysés et la quantité de nutriments n'avait pas diminué.
05:06 Autrement dit, les cultures intensives ne donnent pas de meilleurs légumes que cette technique.
05:10 On est donc bien loin du cliché de l'agriculteur bobo bio.
05:13 Ce sont bien des personnes pauvres et en détresse qui profitent de ce système pour relever la tête.
05:17 Et ça, le gouvernement de l'Andra Pradesh l'a très bien compris.
05:19 Il essaie d'étendre cette technique agricole à l'ensemble de ses paysans.
05:23 Et déjà, 23% de ces quelques 8 millions de paysans ont été convertis.
05:27 Ici, on n'oblige pas, on éduque, on forme et on accompagne.
05:30 Et de mon point de vue, c'est le trio gagnant de tout projet écologique.
05:34 Bon, que retient de tout cela ?
05:35 Déjà, il n'y a pas une méthode agricole.
05:37 Celle intensive est une méthode qui est arrivée avec la Seconde Guerre Mondiale,
05:39 où l'ensemble des pays européens, mais pas que, devaient vite retrouver une certaine souveraineté alimentaire.
05:44 Souveraineté qui n'en soit toujours pas atteinte.
05:46 Si vous habitez à la campagne, en vrai, on voit que du blé, des patates ou du maïs.
05:49 L'intérêt incroyable de cette méthode indienne réside dans son absence d'impact sur la nature.
05:53 Elle cède de nos connaissances scientifiques, et ce n'est pas une lubie de riches ou de bobos.
05:57 Non, c'est une technique qui fait vivre nos agriculteurs.
05:59 Et je ne sais pas pour vous, mais j'en ai un peu marre que ce métier soit méprisé,
06:02 alors que c'est la base de notre survie.
06:04 Je pense qu'une telle agriculture redonne du sens aux agriculteurs
06:07 et les rend indépendants de toutes ces multinationales qui les pressent sans arrêt.
06:10 Mais il n'est pas simple de sortir d'une vision qui depuis des décennies nous est imposée.
06:14 Comme on le voit en Inde, c'est l'action conjointe des associations et de l'État qui peut changer la réalité.
06:18 Et à quand une telle prise de conscience ?
06:20 En France, quand allons-nous enfin sauver nos paysans de la capitalisation de leur métier ?
06:23 Si vous avez aimé cette vidéo, n'hésitez pas à la partager et à liker.
06:26 Et il paraît que j'en sors une toutes les deux semaines, quasiment.
06:28 L'abonnement semble aussi une bonne idée.
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