- il y a 3 ans
Alors que France 2 vient de lancer une toute nouvelle version de ses journaux en investissant apparemment plusieurs millions dans la construction d’un nouveau décor et un nouvel habillage, François Jost et Thomas Hugues se demandent si ces grands journaux sont encore d’actualité ? Est ce que la grand-messe du 20h existe avec autant de force aujourd’hui ?
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00:00 avec Thomas Hill. Et Thomas, c'est l'heure de la question Média du Jour.
00:04 *Musique*
00:11 - Alors que France 2 vient de lancer une toute nouvelle version de ses journaux,
00:14 en investissant apparemment plusieurs millions dans la construction d'un nouveau décor et un nouvel habillage,
00:18 eh ben on va se demander ce matin, est-ce que ces grands journaux sont encore d'actualité ?
00:23 Est-ce que la grande messe du 20h existe avec autant de force aujourd'hui ?
00:26 On va en débattre avec François Jost, sémiologue, professeur émérite en sciences de l'information et de la communication,
00:31 directeur de la revue Télévision, aux éditions du CNRS. Bonjour François.
00:36 - Oui bonjour. - Merci d'être avec nous, et puis Thomas Hugues est dans ce studio. Bonjour Thomas.
00:41 - Bonjour Thomas. - Je suis très heureux de vous retrouver dans une émission Média ce matin.
00:44 - Ça nous rappelle quelques souvenirs Thomas. - Exactement.
00:46 - J'aime bien votre musique d'annonce de la question Média du Jour, parce que ça fait un peu peur.
00:50 - Ah, c'est le JT de France 2, c'est le JT de France 2, bien sûr.
00:53 - C'est drôle parce que les musiques d'annonce des JT ont toujours été un peu anxiogènes.
00:57 C'est intéressant à analyser ça un petit peu quand même.
01:01 - Je rappelle quand même que vous avez présenté notamment les grands journaux TF1 entre 2002 et 2006,
01:07 mais vous avez été aussi sur des chaînes d'info en continu,
01:10 donc votre double regard me semblait particulièrement intéressant sur cette question,
01:14 parce que c'est vrai qu'on peut se demander aujourd'hui, avec ces quatre chaînes d'info en continu,
01:18 avec les réseaux sociaux qu'on a en perfusion aujourd'hui,
01:22 toutes les notifications aussi sur notre portable,
01:24 est-ce que tout ça, ça a pas un peu ringardisé ces grands JT ?
01:27 - En fait, ils luttent quotidiennement pour ne pas être ringardisés,
01:30 notamment par des outils technologiques, par des outils pédagogiques
01:34 qui sont souvent parmi les plus élaborés de ce qu'on peut trouver à la télévision.
01:39 Ils cherchent toujours à être en pointe là-dessus, et c'est pas un hasard,
01:42 parce qu'ils craignent cette ringardisation.
01:44 Moi, je pense qu'on est face à un ritement lent et régulier.
01:47 C'est aussi simple que ça, mais ça reste un rendez-vous majeur,
01:52 peut-être pas forcément quotidien, routinier,
01:55 mais à chaque fois qu'il y a un grand événement,
01:57 c'est quand même le lieu de rendez-vous d'une société quand il y a un grand événement à JT.
02:01 - Et c'est vrai que si on regarde par exemple les audiences d'hier,
02:03 le 20h de TF1 avec Gilles Boulot réalise 5,5 millions de téléspectateurs,
02:08 celui de France 2 avec Anne-Sophie Lappix, 4,3 millions,
02:12 ça veut dire, François Josc, que globalement, il y a à peu près 10 millions de gens
02:16 qui, tous les soirs, sont encore devant leur télé à 20h pour regarder ces JT.
02:21 C'est encore important pour vous, François Josc ?
02:24 - Oui, si vous ajoutez d'ailleurs M6, ça fait à peu près 12 millions,
02:29 donc c'est assez considérable.
02:31 C'est vrai qu'on ne peut plus parler de messe du 20h,
02:34 parce que c'était une expression qui avait un sens
02:36 quand il y avait une chaîne ou deux de télévision,
02:39 qu'il y avait un rendez-vous le soir à 20h,
02:42 que l'information était découverte par beaucoup de gens, etc.
02:45 Donc ça, ça n'existe plus,
02:47 mais comme l'a dit Thomas Hugues très justement,
02:50 dans certains cas, on voit que ça peut renaître d'un coup, ce genre de situation.
02:56 On a vu par exemple pendant le confinement,
02:59 je crois que le record établi par le président Macron,
03:03 ça a été autour de 90% d'écoute, ou quelque chose comme ça.
03:07 Donc ça garde quand même, dans certains cas,
03:11 si vous voulez, sa fonction de cisnette communion,
03:14 ou au moins de réunion des gens qui font communauté quand même.
03:17 - Mais 10 millions pour TF1 et France 2,
03:20 c'était ce que TF1 faisait en solo il y a une vingtaine d'années.
03:25 C'est un effritement lent, c'est pour ça que j'emploie le terme de lent.
03:30 - Oui, vous avez raison, mais c'est vrai que c'était aussi une époque
03:33 où TF1 faisait 40% d'audience.
03:36 On n'en est plus là, c'est très différent,
03:40 mais je crois que d'abord, les jeunes regardent très peu la télé,
03:45 mais c'est un moment où ils la regardent parfois,
03:47 parce qu'ils sont avec leurs parents, parce qu'ils sont en famille, etc.
03:50 Et donc ça continue même quand on est déjà informé.
03:55 C'est ça qui est intéressant, c'est de voir que ces JT sont en fait
04:00 quand même des légitations de l'information.
04:03 Ce sont des références, plus que les chaînes d'information, si vous voulez.
04:08 On va plus facilement citer France 2 ou TF1,
04:10 qui a eu quelqu'un dans son plateau, aussi sur son plateau,
04:13 parce que l'événement aujourd'hui se fait quand même beaucoup
04:16 dans le plateau de la télévision, pas seulement à l'extérieur.
04:19 C'est-à-dire qu'on invite le premier ministre ou la première ministre,
04:23 on invite le chef de l'opposition, etc.
04:27 - On va continuer à en parler dans un instant,
04:29 et puis on va vous donner la parole aussi.
04:31 Est-ce que vous regardez, est-ce que vous aimez regarder les JT de 20h ?
04:34 On est allé vous poser la question dans la rue,
04:36 et vous verrez que les avis sont très partagés.
04:38 - Culture Média sur Europe 1 avec Thomas Hilde,
04:41 et la suite de la question Média du jour.
04:43 Alors que France 2 lance un tout nouveau journal,
04:45 on se demande si la grand-messe du 20h est toujours d'actualité.
04:48 Nous sommes ce matin avec Thomas Hugues et François Jost.
04:51 - Et puis vous également, puisqu'on a voulu recueillir quelques avis de téléspectateurs,
04:55 est-ce que vous aimez encore regarder le 20h ?
04:57 Alexandre Omar est allé poser la question dans la rue.
05:00 - Je ne regarde pas forcément le journal des 20h,
05:02 parce qu'avec les chaînes d'infos en continu,
05:04 j'ai tout ce qu'il me faut la journée, donc c'est inutile.
05:07 - Alors moi je trouve que de plus en plus sur le 20h,
05:10 il y a des reportages vers la fin du journal qui sont un peu longs,
05:14 soit sur de la découverte ou des choses comme ça, nature ou autre.
05:19 Moi je pense que le 20h doit rester vraiment synthétique
05:22 sur de l'information de base et récente.
05:26 - Je regarde le 20h, pas tous les jours,
05:28 mais la plupart du temps oui je le regarde,
05:30 en mangeant, c'est un petit rendez-vous quotidien.
05:32 - Quelle amélioration vous pensez qu'il serait nécessaire
05:35 sur le journal que vous regardez ?
05:37 - Ce qui serait intéressant pour moi,
05:39 ce serait d'avoir que des informations pertinentes
05:41 et d'éviter d'avoir des petits trucs à côté,
05:43 par exemple sur l'élection des meilleurs marchés de France,
05:45 ou des choses comme ça,
05:46 parce que je trouve que là on perd de l'intérêt des infos,
05:48 et généralement quand on passe du temps là-dessus,
05:50 on a l'impression que c'est comme s'il ne se passait rien dans le monde.
05:52 Je pense que c'est plus intéressant de se cibler
05:54 sur les actualités du monde.
05:56 - Est-ce que vous, vous regardez le 20h le soir,
05:58 et pourquoi c'est un grand rendez-vous pour vous ?
06:00 - Parce que c'est le moment où on est au courant
06:02 des grandes nouvelles, de ce qui se passe,
06:04 l'actualité bouge beaucoup,
06:06 donc il faut être au courant,
06:08 sinon on perd le contact
06:12 si on n'est pas au courant de tout ce qui se passe.
06:14 - Alors est-ce que vous, le présentateur est important
06:16 dans le choix du 20h ?
06:17 - Non, pas spécialement,
06:18 mais il y a eu des présentateurs que j'aimais beaucoup
06:20 parce qu'ils étaient pleins d'humour,
06:21 comme par exemple Bruno Masur,
06:23 qui avait l'audace de faire des contrepétries,
06:25 pas toujours faciles à comprendre,
06:27 à la fin de son journal.
06:28 Par exemple, à la cinquantain, je mets ma laine,
06:31 et bien chercher la contrepétrie.
06:33 - On va réfléchir à tout ça, effectivement.
06:35 Mais c'est intéressant ce que disent ces téléspectateurs.
06:38 - Vous avez un défi Thomas,
06:39 c'est de glisser des contrepétries.
06:41 - Je suis réfléchissant.
06:43 - Je suis réfléchissant avec attention.
06:44 - Ce qui m'a intéressé, c'est quand ils disent que
06:46 finalement, aujourd'hui, le journal télé
06:49 est presque plus un magazine d'informations,
06:51 avec certes les gros titres du jour,
06:53 mais aussi beaucoup de choses autour,
06:54 beaucoup de pas de côté,
06:55 beaucoup de sujets conso,
06:56 des reportages pour s'évader aussi, par exemple.
06:59 - Est-ce que finalement, ils n'ont pas intégré le fait
07:01 que les infos, on les avait déjà ?
07:02 - Mais bien sûr, et heureusement.
07:04 Heureusement que le JT tel qu'il est pensé,
07:07 fabriqué aujourd'hui, n'est plus le même
07:08 que celui d'il y a 15 ou 20 ans.
07:11 Effectivement, on a tous été bombardés
07:13 d'infos, d'images, d'analyses déjà,
07:15 et donc il faut une valeur ajoutée.
07:17 Moi, je trouve que ce qui porte quand même encore les JT,
07:20 c'est la complexité du monde d'aujourd'hui.
07:23 Et le fait que de plus en plus aussi,
07:27 il y a des citoyens qui se posent des questions
07:32 et qui sont aussi bombardés de fausses informations,
07:37 de fake news, et qui ne savent plus où ils sont
07:39 face aux informations.
07:40 - On a trop d'infos, oui.
07:41 - On a trop d'infos, et il y a de la manipulation.
07:43 Donc, moi je suis téléspectateur,
07:46 je vais vers quoi ?
07:47 Soit je vais dans ma bulle cognitive
07:49 qui m'est proposée par les réseaux sociaux,
07:50 et donc je vais rester dans finalement
07:52 ce que j'ai envie d'entendre.
07:53 Soit j'ai la curiosité de me dire, ok,
07:55 allons vers une rédaction qui fait son travail,
07:57 c'est ça le travail d'un journaliste,
07:58 avec plein de défauts, mais c'est ça le travail d'un journaliste,
08:00 prendre une info, la vérifier,
08:02 et la proposer à ses auditeurs ou à ses téléspectateurs.
08:06 Et le JT, c'est ça quand même,
08:07 c'est une rédaction qui travaille et qui vous dit,
08:09 cette information que je vous donne,
08:11 elle est certifiée, faites-moi confiance.
08:13 Le lien de confiance, c'est ce qui permet aux JT
08:15 de continuer d'exister.
08:17 - La fiabilité et puis la hiérarchie,
08:19 et aussi peut-être François Joss,
08:20 c'est ce qu'on vient chercher aussi,
08:22 c'est en une demi-heure avoir une sorte de compactage
08:24 de toutes les infos importantes du jour.
08:26 - Oui, bien sûr, mais je voudrais comparer
08:28 à ce qu'offre Internet.
08:30 Si vous voulez, Internet nous informe en continu, etc.
08:34 Mais la grande différence, c'est qu'il n'y a pas un médiateur,
08:37 qu'il n'y a pas quelqu'un justement,
08:39 pour porter ces informations.
08:40 Vous parliez de confiance, c'est très important.
08:43 C'est-à-dire que le présentateur,
08:45 c'est quelqu'un qui vous regarde,
08:47 c'est quelqu'un avec qui vous avez l'impression
08:50 d'être le partenaire d'une conversation,
08:53 et cette dimension-là est très importante.
08:55 Et bon, la deuxième chose que je voudrais dire
08:57 par rapport à ces changements,
08:59 notamment du journal de France 2,
09:01 c'est qu'on voit comment ces chaînes
09:04 accentuent de plus en plus quelque chose
09:06 qui est vieux comme le JT,
09:07 c'est l'effet de fenêtre, c'est-à-dire de transparence.
09:10 Je voyais que France 2 a maintenant
09:13 un écran de 300 m².
09:15 Il y a cinq ans, TF1 lançait son nouveau journal
09:18 en disant qu'ils avaient un écran de 70 m².
09:21 Donc vous voyez, on essaye finalement
09:26 de faire vraiment rentrer le monde sur le plateau,
09:29 et ça a été accentué par quelque chose
09:31 qui est totalement novateur de France 2,
09:34 c'est cet écran vertical
09:36 où on peut faire intervenir un envoyé spécial
09:39 ou un journaliste très lointain,
09:41 comme s'il était dans le studio.
09:43 Et vous voyez, il y a tous ces procédés
09:45 d'utilisation des nouvelles technologies
09:47 pour accentuer encore l'effet de fenêtre
09:51 sur le monde qu'on attribuait au JT
09:53 et à l'aventure bien avant le JT.
09:55 - Et puis vous l'avez dit aussi,
09:56 la force de ces journaux,
09:57 c'est de créer un lien avec un présentateur,
09:59 une présentatrice,
10:00 qui peut parfois rester très longtemps à l'antenne.
10:02 On pense bien sûr au recordman Jean-Pierre Pernaut,
10:05 qui est resté 32 ans à la tête du 13h.
10:07 Vous l'avez vécu, vous aussi, ce lien,
10:09 Thomas, quand vous étiez au 13h,
10:11 notamment, et ça c'est très différent
10:13 de ce qu'on peut voir sur les chaînes Info.
10:15 - Oui, parce qu'en fait,
10:16 le défi c'est de raconter l'histoire de l'actualité.
10:21 Il y a des histoires dans l'actualité
10:23 et c'est l'histoire de l'actualité.
10:24 C'est donner un lien,
10:25 donner un sens à ce qui s'est passé
10:27 pendant les dernières heures,
10:28 les dernières 24 heures,
10:30 et trouver une identité aussi.
10:33 C'est intéressant,
10:34 quand j'écoutais les réactions de vos auditeurs tout à l'heure,
10:36 qui sont forcément parfois contradictoires.
10:39 Je regarde un journal et en même temps,
10:41 je ne suis pas très content qu'il y ait un sujet
10:42 sur les plus beaux marchés de France
10:43 ou les plus beaux villages de France.
10:44 Sauf que c'est quand même le journal que je regarde.
10:46 Et est-ce que dans l'offre de ce journal,
10:48 il n'y a pas justement cette pointe
10:50 de proximité, de journaux,
10:52 de sujets un peu plus légers,
10:54 qui fait que je reste ?
10:55 Il faudrait qu'il se pose la question,
10:57 ce téléspectateur,
10:58 pourquoi il continue de regarder ce journal
10:59 alors qu'il dit "j'ai pas envie de voir un sujet
11:01 sur les plus beaux marchés de France".
11:03 C'était la contre-offre du 13h
11:06 pendant des années,
11:07 qui a été copiée avec une dimension magazine
11:10 qui était beaucoup plus importante.
11:11 On pouvait le critiquer d'ailleurs,
11:12 ça m'est arrivé de le faire
11:14 dans d'autres émissions médias.
11:16 - Égal mag, on s'en fout.
11:17 - Quand on faisait "mégal mag" ensemble.
11:19 C'est vrai que la part d'actualité
11:20 dans le journal de 13h
11:21 se réduisait comme peau de chagrin.
11:24 - Mais c'est ce que les gens aiment.
11:26 - C'est ce que les téléspectateurs du 13h demandent.
11:29 Mais c'est aussi ce qui se passe un peu
11:31 de plus en plus dans les JT en général,
11:33 avec de moins en moins d'actus bruts
11:35 et de plus en plus de...
11:36 Alors c'est du décryptage
11:38 et c'est du magazine.
11:40 - En tout cas on sent bien
11:41 que pour tous les deux,
11:42 vous dites que finalement,
11:43 ces journaux ont encore de beaux jours
11:45 finalement devant eux.
11:47 - Oui, avec des téléspectateurs qui vieillissent.
11:49 - Quelques-uns vieillissent.
11:50 - Voilà, mais ça c'est pas grave.
11:51 Ça nous arrive à tous.
11:52 Je pense que j'ai beaucoup plus de cheveux gris
11:53 qu'il y a quelques années,
11:54 quand je présentais le JT.
11:55 Ça c'est pas une maladie.
11:57 - Merci beaucoup à tous les deux
11:58 d'avoir été avec nous ce matin.
11:59 Merci François Joss d'avoir apporté votre regard.
12:02 Je précise d'ailleurs que dans quelques jours,
12:03 vous allez publier un roman pour une fois.
12:05 #BalanceTonProf, c'est aux éditions Atlan.
12:08 Merci beaucoup et merci Thomas-Hugues.
12:10 On vous retrouve dès la semaine prochaine
12:11 aux manettes de Sens Public.
12:13 - Avec un nouveau décor nous aussi.
12:14 - Un nouveau décor.
12:15 - On n'aura pas 300 mètres carrés
12:16 d'écran derrière nous,
12:18 mais pas loin quand même.
12:19 - C'est du lundi au jeudi à 18h et à 22h
12:21 sur Public Sénat.
12:23 Et puis on vous retrouve également
12:24 dans Smart Impact.
12:25 Ça c'est sur Bismarck.
12:26 À très bientôt.
12:27 - Merci beaucoup.
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