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  • il y a 2 ans
François Hollande, ancien président de la République, était mercredi 30 août l’invité du 8h30 franceinfo.

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Transcription
00:00 Un mot d'abord sur la situation confuse au Gabon ce matin.
00:03 Des militaires sont apparus à la télévision pour annoncer l'annulation de la réélection du président Ali Bongo,
00:08 qui est au pouvoir depuis 14 ans.
00:10 Ils annoncent aussi la dissolution des institutions. Quelle est votre réaction ?
00:15 Alors il y avait un processus électoral en cours au Gabon,
00:20 il y avait des contestations, donc ça peut être la cause de ce coup d'État.
00:25 Il n'empêche, c'est le cinquième sur le continent africain et dans l'Afrique francophone depuis 2020.
00:33 Parce qu'il y a eu le Niger, le Mali, la Guinée, le Burkina Faso.
00:37 Il y a eu ensuite le Burkina Faso, la Guinée, le Tchad et le Niger, et maintenant le Gabon.
00:43 Cet effet de contagion, c'est parce que les militaires se sentent écoutés franches ?
00:48 Je pense qu'il n'y a pas eu de réaction suffisante, y compris de la France d'ailleurs,
00:52 mais de la communauté internationale et de la CDAO, c'est-à-dire l'Afrique de l'Ouest,
00:57 qui avec l'OUA est chargée quand même d'accompagner des processus électoraux et démocratiques.
01:04 Il n'y a pas eu de réaction suffisamment nette lorsqu'il y a eu le premier coup d'État au Mali.
01:10 Ce n'était pas dans n'importe quel pays, c'était au Mali.
01:13 Là où il y avait eu une guerre contre le terrorisme, il y avait toujours une guerre contre le terrorisme.
01:19 Là où il y avait eu un processus électoral, là où il y avait un président qui même s'il était contesté,
01:24 était légitime, et il y a eu une forme d'acceptation de ce premier coup d'État.
01:31 Donc les militaires se sont enhardis, ça a été ensuite le Burkina Faso, la Guinée,
01:39 d'une certaine façon le Tchad et le Niger a été d'une certaine façon les dernières étapes.
01:46 On pensait que ça pouvait s'arrêter là. On voit bien que le Gabon est également concerné, sans doute pour d'autres raisons.
01:52 Mais quand on y réfléchit, pendant des années, il y a eu de manière plus ou moins chaotique des processus électoraux en Afrique.
02:00 Et nous pensions tous, dans le cadre du respect que nous avons pour les Africains,
02:06 qu'il y aurait d'une certaine façon l'installation d'institutions solides en Afrique.
02:11 On voit qu'il n'en est rien. Est-ce qu'il est possible qu'il y ait des influences étrangères
02:15 et notamment des régimes autocratiques, la Russie et la Chine, pour déstabiliser ces pays et réduire l'influence occidentale ? C'est évident.
02:25 En tout cas pour le Gabon, là ce matin, situation instable.
02:28 Est-ce qu'il faut déjà penser à faire rentrer les Français qui sont sur place sur le territoire national ?
02:34 Non, je pense qu'on verra dans les prochaines heures s'il y a des menaces.
02:39 Mais je pense que là, il n'y a rien qui soit dirigé contre la France en particulier.
02:43 Je rappelle quand même qu'au Gabon, il y a des éléments militaires qui sont stationnés
02:49 et il y a des intérêts économiques importants, beaucoup plus importants que ce qui peut se produire par exemple au Mali.
02:57 Vous disiez François Hollande que le manque de fermeté au Niger notamment pouvait avoir entraîné...
03:02 Au Mali d'abord.
03:03 Au Mali d'abord, mais également au Niger, pouvait entraîner une forme de...
03:08 Chez les militaires, le sentiment un peu d'impunité.
03:11 Est-ce qu'Emmanuel Macron a raison de faire preuve de fermeté au Niger ? Avec le Niger ?
03:17 Oui, mais ça aurait dû se faire dès le premier coup d'État au Mali.
03:21 Pourquoi une réaction, et je la partage, aussi courroussée sur ce qui s'est produit au Niger ?
03:27 Un président qui avait été démocratiquement élu.
03:30 Il n'y a pas eu l'équivalent il y a maintenant trois ans
03:34 lorsque le président Keïta a été renversé par des militaires.
03:38 Pourquoi Emmanuel Macron est même allé au Tchad lorsque le président Déby a été tué ?
03:45 C'est son fils qui lui a succédé, sans du tout qu'il y ait de procès-sucès électoral.
03:50 Donc il y a eu une forme d'acceptation des coups de force.
03:54 Et alors effectivement, au Niger, c'était le coup d'État de trop
03:58 parce que là, il y avait aussi une réaction antifrançaise qui paraissait totalement exagérée, disproportionnée.
04:04 Parce que je rappelle que la France au Niger n'est là que parce qu'elle y a été appelée.
04:10 Mais on peut avoir le discours de fermeté, encore faut-il en avoir les moyens.
04:13 D'abord, parce que ce n'est pas à la France de régler ces questions-là.
04:17 C'est à une organisation qui s'appelle la CDAO, c'est-à-dire le Regroupement des pays de l'Afrique de l'Ouest,
04:23 ou à l'Union africaine, de régler entre Africains la question d'évolution de pouvoir,
04:29 des coups d'État lorsqu'il s'en produit et des processus électoraux qui doivent être encouragés.
04:34 Quand les Africains, et c'est leur responsabilité, notamment la CDAO,
04:39 restent dans l'expectative ou ne veulent pas s'immiscer dans un processus
04:45 où ils imaginent une solution diplomatique et évoquent une solution militaire pour ensuite la récuser,
04:51 ce n'est pas à la France, et ça, quand j'étais président, je m'y suis toujours refusé,
04:56 ce n'est pas à la France de se substituer aux Africains pour décider de leur avenir.
05:01 – Mais alors là, qu'est-ce qu'il faut faire ?
05:02 Par exemple, au Niger et dans tous les autres pays qu'on a évoqués,
05:06 que ce soit le Burkina ou le Mali, il y a un sentiment anti-français qui est bien présent.
05:10 Nous, on a encore des soldats sur place, 1 500 soldats présents dans la zone.
05:16 Qu'est-ce qu'il faut faire ?
05:16 Vous, vous dites, le conflit au Niger, le conflit armé, on oublie,
05:20 on passe à la négociation, on privilégie la négociation ?
05:22 – Ah non, moi je n'ai pas dit ça, je dis que ce n'est pas à la France
05:25 de faire une intervention militaire pour rétablir tel ou tel chef d'État,
05:30 ça correspond à une période qui n'est plus du tout la nôtre, en tout cas que moi j'ai toujours refusé.
05:34 – Mais alors reconnaît les coups de schiste ?
05:35 – Alors, ce que nous devons faire, c'est de dire aux Africains,
05:39 et notamment aux Africains de l'Ouest, que c'est à eux de faire en sorte
05:45 que des processus comme on vient de les connaître,
05:48 des coups d'État ne puissent pas rester impunis et qu'il n'y ait pas de travail
05:53 ou diplomatique ou de médiation pour rétablir les présidents
05:57 qui ont été légitimement élus.
05:59 Par ailleurs, sur le sentiment anti-français, parce qu'il existe…
06:03 – Est-ce que vous arrivez à comprendre ce qu'il se passe ?
06:05 – Parce qu'il existe, bon, il faut y répondre.
06:08 Lorsque j'ai été appelé par les présidents justement de l'Ouest de l'Afrique,
06:14 au moment où les djihadistes allaient fondre sur Bamako…
06:18 – En 2013.
06:19 – Et allaient donc menacer toute l'Afrique de l'Ouest.
06:22 Je ne l'ai pas fait parce que j'avais une envie impériale
06:25 ou une espèce de souvenir néocolonial,
06:29 ou parce qu'il y avait des intérêts économiques, il n'y en avait aucun.
06:32 Je l'ai fait par solidarité.
06:34 Je l'ai fait parce que je voyais une population qui était menacée
06:38 par les terroristes, qui était terrorisée même,
06:40 à tous les sens du terme, des femmes qui étaient lapidées,
06:42 des monuments qui étaient démozolés, qui étaient détruits,
06:46 et puis une population qui risquait d'être asservie.
06:49 Donc j'ai été appelé et j'ai mis en place un dispositif militaire.
06:54 Je rappelle qu'il y a eu 59 morts militaires français,
06:58 de nombreux blessés, et que nous avons fait notre devoir de solidarité.
07:01 Après, pourquoi nous y sommes restés ?
07:04 Moi je n'avais pas du tout l'idée que la France
07:07 serait présente par des moyens militaires.
07:09 – C'était une erreur de rester ?
07:11 – Non, ce n'était pas une erreur dans les premières années,
07:13 mais l'idée était de nous faire remplacer par des forces africaines,
07:17 précisément, ou par les forces des Nations Unies,
07:21 et on s'est aperçu que ce n'était pas le cas,
07:24 et c'est sans doute la raison pour laquelle il fallait partir.
07:28 Et il faut partir à un moment, parce que nous ne pouvons pas
07:31 être une force de gendarmerie supplétive.

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