00:00 faut absolument, comme on l'a rappelé au moment du travail à la chaîne, garder la
00:05 part d'humanité, d'humanisation de la relation d'une personne à une autre et
00:09 ne pas se laisser envahir par le numérique.
00:14 Je crois que pour comprendre les mutations du travail à l'horizon des
00:23 30 prochaines années, il faut d'abord bien prendre le temps de distinguer deux
00:27 révolutions qu'on associe à la révolution numérique et qui à mon avis
00:30 ne sont pas du tout de même nature. La première révolution c'est celle qui
00:33 commence au début des années 80 avec l'ordinateur de bureau.
00:37 "L'arrivée de ces machines soulève une multitude de difficultés pour l'adaptation,
00:42 l'organisation, l'emploi et l'apprentissage d'un nouveau système."
00:46 C'est celle qui va surtout permettre, grâce à internet, de réorganiser à
00:50 l'échelle planétaire le fonctionnement des entreprises.
00:52 Tout va être fait pour sortir les travailleurs des entreprises, les
00:56 transformer en sous-traitants, parfois même en travailleurs indépendants et au
00:59 fond organiser une espèce de concurrence planétaire des travailleurs entre eux
01:03 grâce à ces nouveaux instruments génial qu'on appelle internet. Il est possible
01:08 que cette première révolution soit en réalité en train de s'achever.
01:10 On voit le commerce mondial qui est le vecteur absolu de cette
01:15 déterritorialisation de la production marquer le pas et on a le sentiment que
01:18 les entreprises sont en train de trouver les limites à ce modèle
01:22 d'externalisation, de sous-traitance généralisée. La révolution qui commence
01:26 aujourd'hui est de toute autre nature. C'est celle de l'intelligence artificielle.
01:30 Il est évidemment beaucoup trop tôt pour savoir exactement ce qu'elle va
01:32 produire mais on peut essayer d'en définir la portée. La portée, je crois
01:36 tout simplement, c'est que nous sommes dans une société de service dans lequel
01:40 ce qui compte c'est s'occuper des gens eux-mêmes et non plus seulement comme dans
01:43 la société industrielle de la matière. S'occuper des gens ça veut dire passer du
01:47 temps avec eux. Ça veut dire en réalité augmenter les coûts. Ça veut dire perdre
01:50 son temps à passer du temps avec les gens.
01:52 Cette idée est inconcevable dans un capitalisme comme celui que l'on connaît
01:57 maintenant qui cherche par définition à rentabiliser, réduire les coûts de
02:01 fabrication. La solution que le capitalisme contemporain est en train de
02:06 trouver à cette société de service où les coûts sont trop élevés, c'est tout
02:10 simplement celle qui consiste à numériser, dématérialiser tout ce qui
02:14 peut l'être de façon qu'un humain, une fois qu'il sera une immense banque de
02:18 données qui pourra être traité par un algorithme, redevienne un objet de
02:22 croissance, c'est à dire de rentabilité. Évidemment cette perspective est celle
02:26 d'une extraordinaire déshumanisation de la relation d'une personne à une autre,
02:31 d'un médecin à son patient, d'un enseignant à son élève. Une déshumanisation
02:36 qui nous rappelle tout simplement ce que dans les temps modernes Charlie
02:39 Chaplin avait parfaitement illustré pour la société industrielle.
02:44 Nous sommes en train en réalité d'industrialiser la société de service
02:49 et c'est ça qui m'inquiète beaucoup. Il faut absolument, comme on l'a rappelé au
02:54 moment du travail à la chaîne, garder la part d'humanité, d'humanisation de la
02:59 relation d'une personne à une autre et ne pas se laisser envahir par le numérique.
03:06 [SILENCE]
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