00:00 Messieurs les ministres,
00:02 cher Christian, cher Hubert,
00:04 monsieur le député, monsieur le préfet,
00:08 monsieur le maire de Bormes-les-Mimosas,
00:09 cher François,
00:11 mesdames et messieurs les maires,
00:13 mesdames et messieurs les élus,
00:15 mesdames et messieurs les anciens combattants,
00:17 mesdames et messieurs les directeurs d'associations,
00:20 mesdames et messieurs venus de Bormes et d'ailleurs,
00:25 chers amis,
00:27 je veux vous dire d'abord combien, une fois encore,
00:31 je suis heureux d'être parmi vous.
00:33 Vous l'avez rappelé, monsieur le maire,
00:35 depuis 2018,
00:37 au fil de ces retrouvailles annuelles
00:39 où se tissent et se renforcent les liens,
00:41 les visages sont maintenant connus, les regards se recroisent,
00:45 mais je retrouve ici tout à la fois l'amitié,
00:49 le souvenir,
00:51 quand les vivants relèvent les morts,
00:53 et au fond, ce lien inoxydable
00:57 qui fait la nation.
00:59 Et je suis heureux, avec mon épouse,
01:01 de revenir chaque année en ce lieu de mémoire et de vie,
01:04 ici, parmi vous.
01:07 Cette manière de pèlerinage annuel
01:10 sur un haut lieu de combat pour la liberté de la France
01:13 a une vertu d'ancrage salvatrice.
01:16 Des hauteurs de Bormes, on peut voir ce qui va,
01:19 vient et surtout ne bouge pas.
01:22 Chacune, en effet, des commémorations
01:26 auxquelles j'ai eu le privilège de participer à vos côtés,
01:31 fut différentée, je me souviens de chacune d'entre elles,
01:33 marquée par des moments de notre histoire collective,
01:37 différents.
01:38 Nous avons connu les incendies, la pandémie,
01:41 les drames internationaux en Afghanistan,
01:44 le retour de la guerre sur le continent européen,
01:47 en Ukraine,
01:48 et la période est encore marquée par les troubles
01:51 à notre voisinage du Sud, cette fois-ci en Afrique.
01:56 Mais cette année,
01:58 avec le décès de notre cher Pierre Welch,
02:00 je crois que nos retrouvailles se tiennent à un tournant.
02:03 Et vous l'avez évoqué, M. le maire.
02:07 Nos villes, en effet,
02:10 sont un peu orphelines
02:12 de celui qui les avait adoptées depuis 20 ans
02:15 qu'ils vivaient au Lavandou.
02:18 L'enfant de Kouba,
02:19 qui avait traversé la Méditerranée pour débarquer sur nos côtes
02:23 dans cette nuit sans lune du 14 au 15 août 1944,
02:27 cette date du 15 août qui était autrefois la fête de la France
02:31 et qui est devenue, cette nuit-là, une fête de la liberté.
02:36 Nous ne le verrons plus, en effet,
02:38 assister aux cérémonies
02:40 sous son béret bleu marine de commando d'Afrique,
02:42 toujours aussi modeste,
02:44 toujours aussi droit à 96 ans passés.
02:48 Les collégiens de Bormes, les lycéens de hier
02:51 n'entendront plus sa voix chaude
02:52 leur faire vivre l'épopée du débarquement de Provence
02:55 avec ce chapelet de victoire qu'ils savaient égrener,
02:57 Rayol-Canadel, Lavandou, Bormes-les-Mimosas,
03:00 Lalonde-les-Morts, puis la prise des batteries allemandes,
03:02 des blocos de Mauvane ailleurs,
03:05 la reconquête du fort de Coudon sous la Mitraille,
03:07 puis, pas à pas, détonation par détonation,
03:10 la libération des communes de la vallée de Duvar et de Toulon,
03:14 rejoint par les forces de résistance intérieure,
03:17 avant ensuite de remonter vers Belfort,
03:20 le Rhin, la campagne d'Allemagne
03:22 où il avait traqué les derniers noyaux de résistance nazie.
03:26 Nous gardons tous en mémoire,
03:31 à l'esprit, présent, son regard, ses intonations,
03:36 sa manière d'entrebâiller les coulisses de l'histoire
03:39 avec son alliage unique d'humour et de confidence.
03:45 Ces moments de camaraderie et de panache
03:47 où ce débarquement erroné sur la mauvaise plage
03:50 qui s'est avéré providentiel,
03:52 la plage de départ étant finalement minée.
03:56 Face à ce type d'homme,
03:58 on ne sait jamais ce qui est témérité et ce qui est courage,
04:01 ce qui est folie et ce qui est vision,
04:03 ce qui est hasard et ce qui est destin.
04:05 Ils l'ont fait.
04:09 Le voilà parti rejoindre tous ses frères de combat disparus,
04:13 son colonel bouvé, Leca, Chiazzo, Torel, Ducorneau,
04:17 Planque, Bonnet, Teixier, Deleuze et tant d'autres
04:21 qui ont partagé avec lui l'angoisse, le courage, la joie,
04:26 l'héroïsme et l'effet d'arme des libérations
04:29 dans toute la région.
04:32 Il y a un mois, leur bande de bérets bleu marine
04:35 s'est ouverte au béret vert de Léon Gauthier,
04:38 le dernier membre du commando Kieffer
04:40 à qui nous avons dit adieu sur la plage de Wistreham.
04:44 Et puis, il y a 2 semaines, le caporal Henri Fabre,
04:47 un des amis d'adolescence de Pierre Velsch,
04:49 de la bande de Kouba, les a rejoints à son tour.
04:54 Ils ne sont plus que quelques-uns parmi nous,
04:57 les derniers des premiers,
04:59 car nous nous situons à la lisière d'une génération.
05:02 Et la mort de l'ultime témoin visuel du dernier acteur direct
05:07 avec Pierre Velsch est un point de bascule,
05:09 ce moment précis où le souvenir, la mémoire deviennent notre histoire.
05:16 Et c'est là où la responsabilité des associations,
05:20 des élus, de nos porte-drapeaux,
05:23 de nos historiens, de nos enseignants
05:26 est encore plus grande.
05:28 Quand les gardiens naturels des événements s'éteignent,
05:30 d'autres doivent se lever pour reprendre le flambeau.
05:34 Ce n'est pas un chapitre qui se ferme,
05:36 c'est une nouvelle page qui s'ouvre.
05:38 Et c'est à nous tous, il revient de l'écrire.
05:43 Et je pense tout particulièrement à nos enfants,
05:46 nos adolescents, à peine moins âgés parfois que ces soldats d'août 44.
05:51 La bande de Kouba,
05:56 celle de Pierre Velsch, d'Henri Fabre,
05:59 c'était 11 adolescents,
06:02 nés dans la même commune d'Algérie.
06:05 11 amis inséparables qui brûlaient tout simplement de s'engager.
06:12 Pierre Velsch n'avait pas 18 ans.
06:15 Il avait falsifié ses papiers d'identité
06:18 faute d'obtenir l'autorisation de son père.
06:22 Mais ces jeunes-là avaient l'amour de la patrie,
06:26 une soif de dépassement,
06:28 une volonté de donner un sens à leur vie
06:30 et d'inscrire leur destin au coeur de la nation française.
06:35 Et je ne crois pas que cette soif-là,
06:40 ce sens-là, y compris du sacrifice ultime,
06:42 se soit perdu au fil des générations.
06:45 Il y a dans nos jeunes un appétit de liberté,
06:48 un idéalisme qui se cherche parfois
06:52 et auquel nous devons répondre.
06:56 Sans quoi, parfois, cette aspiration noble
06:58 se retourne contre elle-même
07:00 et sape les fondations de cette nation de liberté,
07:03 d'égalité, de fraternité initiée en 1789,
07:07 cette somme de destins emmêlés
07:09 qui accroît la jeunesse française,
07:11 génération après génération, fidèle à l'esprit des Lumières.
07:16 Car hors de ce champ commun prospère la désunion,
07:19 la division qui pave la voie du chaos et de l'injustice.
07:23 En cet été 1944,
07:26 les libérateurs nous ont fait toucher du doigt
07:30 une certaine idée de la liberté,
07:33 individuelle et collective,
07:37 parce qu'ils l'ont exercée personnellement
07:39 à son plus haut titre.
07:41 Ils nous ont montré que la liberté individuelle
07:44 s'accroît de ce qu'elle donne.
07:47 Parce qu'ils étaient prêts à mourir
07:52 pour la liberté collective,
07:54 ils nous ont rappelé combien elle était vitale,
07:58 humblement, héroïquement.
08:02 Sans phrases et sans écume,
08:04 ils nous ont montré que c'était là
08:07 que c'était cela, exercer sa liberté.
08:10 Ce n'est pas une frénésie de transgression,
08:14 ce n'est pas une fièvre de renverser les interdits,
08:18 c'est d'abord et avant tout une volonté maîtrisée et forte,
08:23 capable d'assumer les contraintes qu'elle se choisit.
08:27 Et cette liberté-là,
08:32 qui n'existe que parce qu'elle est toujours et d'abord collective,
08:36 les droits qui s'en suivent,
08:37 qui ne sont là que parce qu'il y avait d'abord des devoirs,
08:41 c'est ce dont nous devons nourrir nos jeunes générations.
08:48 Car c'est bien avec ce sens de l'idéal
08:52 ancré au fondement de notre nation et de notre République
08:56 que nous savons faire les plus grandes choses.
08:59 Cette opération Dragoon, à laquelle Churchill lui-même
09:01 ne croyait pas, était un acte de courage insensé.
09:04 50 000 alliés face à 80 000 Allemands,
09:07 c'était plus qu'un risque,
09:11 plus qu'une audace, et pourtant...
09:14 Pourtant, ils l'ont fait.
09:17 Et pourtant, nous sommes là,
09:19 79 ans plus tard,
09:21 réunis en leur nom pour honorer leur mémoire
09:23 avec celle de Moulin, de Manouchian, de Gauthier,
09:26 de tant d'autres,
09:27 tournés vers notre histoire qu'ils nous ont léguées
09:31 et vers notre avenir qu'ils nous ont frayés.
09:35 Écrasant la barbarie nazie sous chacun de leurs pas,
09:37 réveillant la République à chacun de leurs cris,
09:40 rappelant la France à elle-même par toutes leurs actions.
09:46 C'est là la grande leçon de ce débarquement de Provence,
09:51 l'espérance.
09:53 Au milieu des sirènes de l'étrange défaite,
09:56 des milliers d'hommes et de femmes se sont levés,
09:58 ont refusé ce qu'on leur présentait comme irrémédiable
10:01 et comme perdu d'avance.
10:03 Les désespérés, les Cassandres, les prophètes de division
10:07 ont vu leur inaction balayée par cette vague irrésistible
10:10 de 1944,
10:12 qui tirait sa force de l'Union si disparate que soient ses éléments
10:15 et qui nous porte encore presque 8 décennies plus tard.
10:19 Cette résistance de l'intérieur, ces Français de Londres,
10:22 nos alliés et ces Français venus du bout du Pacifique
10:26 et du continent africain,
10:27 qui sont venus mourir sur notre sol,
10:30 sur une terre qu'ils n'avaient jamais croisée,
10:33 pour notre liberté et nos valeurs.
10:37 L'année prochaine sonnera les 80 ans de l'anniversaire
10:40 du débarquement.
10:42 Et les commémorations seront plus belles que jamais,
10:44 à Bormes, je le sais,
10:46 grâce à tous les projets que vous avez en réserve.
10:49 Mais nous aurons à bâtir
10:54 un temps
10:57 solennel, essentiel,
10:59 car la France tout entière vibrera
11:01 au rythme des commémorations internationales.
11:04 Et vous le savez, vous pouvez compter sur moi
11:07 pour que ce débarquement de Provence, ô combien important,
11:11 ait toute sa place sur l'intégralité,
11:16 évidemment, de notre beau département du Var,
11:19 mais sur toute la côte.
11:21 La France tout entière vibrera,
11:23 et la mission qui permet, justement,
11:27 de préparer ces commémorations,
11:28 présidée par l'ambassadeur Philippe Etienne,
11:31 associera pleinement les collectivités comme la vôtre,
11:34 ainsi que l'ensemble des associations
11:36 qui, depuis tant d'années, se mobilisent
11:38 avec courage, ardeur et dévouement.
11:43 Et là aussi, vous saurez toujours m'avoir à vos côtés.
11:47 Alors je voudrais vous remercier tous autant que vous êtes
11:50 membres d'associations mémorielles ou patriotiques,
11:53 borméennes et borméens,
11:54 de ce chemin de mémoire que vous défrichez chaque année
11:57 et où nous allons entraîner toute la France
12:00 jusqu'à l'été 2024 et au printemps 2025.
12:05 Nous aurons, et ceci commencera
12:07 dès la libération de la Corse dans quelques semaines,
12:10 un chemin qui scandera les prochains mois
12:15 notre vie nationale et qui permettra pleinement
12:19 de rendre hommage à nos libérateurs,
12:22 à ces héros que nous n'oublions pas
12:25 et dont vous avez rappelé, M. le maire,
12:27 à juste titre chacun des noms.
12:29 Mais n'oublions jamais, au-delà de ces jours,
12:32 la leçon de courage, d'engagement et de sens
12:36 qu'ils nous ont légués, car celle-ci nous oblige
12:39 et doit chaque jour nous inspirer.
12:43 Nous nous y retrouverons.
12:45 Vive la République et vive la France.
12:48 (Applaudissements)
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