00:00 Alors Robert Ménard, une première question.
00:01 Souvenez-vous, aujourd'hui, l'avenir est à l'ouest du département.
00:05 Vous aviez affirmé cela lors de l'inauguration du parc des expositions en 2021.
00:10 C'est toujours le cas avec Bézier ?
00:12 L'avenir est à l'ouest du département ?
00:15 C'est ici à Bézier que les choses bouffent le plus.
00:18 En plus, vous savez, on a eu longtemps un passé de ville ouvrière,
00:22 de ville manufacturière, industrielle, qui pesait comme un boulet pour la ville.
00:27 On avait l'impression que tout se jouait dans les capitales régionales,
00:31 tournées vers les universités et vers le tertiaire.
00:35 Et on s'aperçoit qu'aujourd'hui, avec ce qui se passe,
00:37 que l'indépendance d'un pays comme la France,
00:40 ça passe d'abord pour une indépendance industrielle.
00:43 Et on a ce savoir-faire ici.
00:46 Regardez Genviège, Schlumberger, ils sont allés chercher en Europe une ville, Bézier.
00:50 Donc je suis persuadé que l'avenir est à Bézier, d'autant plus à la sortie du Covid.
00:55 Il y a tout un tas de gens, j'en reçois sans arrêt ici,
00:58 des gens qui en ont marre des grandes villes ou des villes moyennes,
01:01 comme un certain nombre de villes voisines, que je ne citerai pas par charité chrétienne,
01:06 qui n'ont même pas le charme de grandes villes et tout l'inconvénient des grandes villes.
01:11 Il y a des embouteillages monstrueux, il y a une qualité de vie difficile à vivre.
01:17 Et donc nous, on est le contraire.
01:18 On est une ville moyenne qui a tout l'avenir.
01:21 La France, la France d'avenir, c'est la nôtre.
01:23 Alors, Robert Bénard, un peu d'histoire, d'histoire proche.
01:27 En 2020, vous avez été élu dès le premier tour avec plus de 68,7% des voix à mi-mandat.
01:33 Quel bilan vous pouvez déjà faire ?
01:36 Vous êtes toujours, selon vos mots, un maire qui fait des promesses et qui les tient.
01:40 Mais je crois que c'est pour ça qu'on est élu.
01:42 Je crois que c'est la ville où le maire est le mieux élu dans sa strata, de toute la France.
01:47 Pourquoi ? Parce que juste, je ne fais pas de démagogie,
01:51 parce que je dis un certain nombre de choses, je les fais.
01:53 Et un certain nombre de choses que je ne peux pas faire, qu'on ne peut pas faire, je le dis aussi.
01:57 Je le dis ici, je le dis nationalement, j'aspire à ce que la politique, ce soit ça.
02:02 Et puis, voilà, je pense que les gens sont contents ici.
02:05 C'est les gens. Qu'est-ce qu'ils me demandent ?
02:07 Ici, ils ne me demandent pas la programmation du théâtre, la programmation culturelle.
02:12 Cette population-là, on essaye de répondre à ses besoins.
02:15 Mais l'immense partie de la population, qu'est-ce qu'elle veut ?
02:18 Elle veut une ville qui est propre, elle veut une ville où il y a suffisamment de policiers pour que ça se passe bien.
02:24 Et elle veut une ville où il y a des animations pas trop chères pour pouvoir sortir avec ses enfants.
02:29 On leur apporte ça.
02:30 Je suis un maire qui aime sa ville, qui reçoit les gens, qui les voit tout le temps,
02:35 qui passe son temps et je pense que les gens sont contents de ça.
02:38 Oui, je crois que... Qu'est-ce que je crois ?
02:41 Je crois que je fais le job, mais je ne le ferai pas encore un autre mandat
02:45 parce que je l'aurai fait deux mandats et ça suffit.
02:48 Alors...
02:50 Vous avez défilé, entre autres avec Partic de Carolis, maire d'Arles,
02:55 et ex-président de la FD, d'ailleurs, sous la bannière des Maires unis pour la ruralité et les traditions.
03:01 Abézié, de quelle façon se définissent la ruralité et les traditions ?
03:05 D'abord, ça a commencé par la tourmachie. Il n'y a pas que la tourmachie, mais la tourmachie.
03:09 Ici, on a une ville taurine, d'ailleurs, je l'ai fait marquer à l'entrée de nos villes.
03:14 J'espère que d'autres villes vont le faire.
03:16 Juste, moi, écoutez, je ne suis pas du tout un fan de Corrida, par exemple.
03:19 Je n'aime pas trop ça.
03:20 J'y assiste parce que je suis le maire d'Abézié, qu'il manquerait bien,
03:23 il ne manquerait plus que je n'y aille pas.
03:25 Mais je n'ai pas de goût particulier pour la Corrida.
03:29 Mais ça fait partie de l'histoire de nos villes.
03:31 Abézié, c'est la Corrida comme c'est le vin, comme c'est le rugby.
03:36 Et ça, j'y tiens.
03:37 Alors, moi, je dis aux gens, vous n'aimez pas la Corrida, vous avez le droit.
03:40 Vous détestez la Corrida, vous avez le droit.
03:42 Mais vous arrêtez de nous emmerder.
03:44 Moi, je n'oblige personne à rentrer dans une arène voir une Corrida.
03:48 Alors, vous nous foutez la paix.
03:50 Et je pense que c'est ça qu'on demande.
03:52 On demande juste qu'on nous respecte avec nos différences.
03:55 Pardon, Abézié, ce n'est pas Strasbourg.
03:58 Je n'ai rien contre Strasbourg ni Lille.
04:00 On a une particularité, on a une langue ici qui est employée,
04:04 qui est enseignée dans un certain nombre d'écoles qui s'appelle l'Occitan.
04:08 On aime un certain, il y a une façon de vivre.
04:11 On a une histoire particulière.
04:13 On aime un certain nombre de choses qui sont nos traditions.
04:15 Alors, on veut les faire respecter.
04:17 Que ce soit Arles ou Bézié, mais dans d'autres villes et dans d'autres villages,
04:20 au moins, au-delà de nos différences politiques, on est d'accord là-dessus.
04:23 Et on l'a dit fortement, et on l'a dit en manifestant d'ailleurs ensemble,
04:27 vous le disiez à Montpellier.
04:29 Très bien.
04:31 Alors, on va parler d'un maire qui a appliqué une décision de l'État,
04:36 installé un centre d'accueil de demandeurs d'asile.
04:41 Ce maire, c'est Yannick Morez, maire de Saint-Brévin.
04:44 Quel regard vous portez sur sa démission ?
04:46 C'est terrible parce que je pense que depuis les dernières élections,
04:52 en 2020, en France, il doit y avoir presque 1500 maires qui ont démissionné.
04:57 C'est un danger, la démission des maires, pour la démocratie.
05:00 C'est les gens à Bézié qui connaissent.
05:03 Vous croyez qu'ils connaissent le conseiller général, même le député.
05:06 J'en parle, le député.
05:07 Oui, ils la connaissent plus parce que c'est aussi ma femme.
05:09 Mais d'abord, la personne qu'ils connaissent, ce n'est pas le sénateur.
05:13 C'est le maire, c'est leur interlocuteur.
05:16 Quand les maires démissionnent, c'est un problème pour la démocratie.
05:20 Et là, cette espèce de bande d'ultra-droites fou furieux qui vont foutre le feu,
05:27 enfin, il faudrait que je sois au conditionnel, faisons attention,
05:30 dont on pense qu'ils ont foutu le feu à ses voitures et à sa maison,
05:36 c'est des voyous, des criminels et leur place, elle est en prison.
05:42 Donc je suis évidemment solidaire, et je l'ai dit partout, du maire de Saint-Brévent.
05:47 Ce qui me sidère, par contre, c'est que tout le monde là est solidaire de ça,
05:53 mais quand c'est des maires de telle ou telle obédience,
05:56 vous savez, la mobilisation, elle l'est pour ceux qui sont de ton camp.
05:59 Je vous rappelle, juste pour vous souvenir, en 2018, je me retrouve à Saint-André de Cubzac,
06:05 c'est un petit village à côté, une petite ville à côté de Bordeaux.
06:09 Je suis invité par les élus du coin parce qu'ils voulaient savoir comment je m'occupais de Béziers,
06:14 où les choses se passent plutôt bien, vous voyez comment on est élu,
06:17 où Emmanuel est réélu à Béziers comme député.
06:21 Donc j'ai été jeté à terre, on m'a cassé la figure.
06:27 J'ai eu quatre jours, quatre journées, vous savez, totale,
06:31 je n'ai pas pu travailler, dit-été comme on dit.
06:36 Quel maire s'en est soucié ?
06:39 Il y a eu des protestations de maires, à part trois de mes copains, bien sûr que non.
06:43 Pourquoi je vous raconte ça ? Pas pour rappeler ça, je m'en fiche un tout petit peu,
06:47 même si j'avais été blessé par cette histoire-là.
06:50 Parce que je ne voudrais pas qu'on se mobilise que quand c'est son camp.
06:55 Moi, je mobilise, quel que soit le maire, quel que soit son étiquette politique,
07:00 je mobilise pour lui quand il est victime de quelque chose d'insupportable.
07:04 Voilà, j'aimerais qu'on retienne l'élan de solidarité,
07:07 mais qu'on retienne aussi demain qu'il faut se mobiliser.
07:11 Vous savez que ce soir, une infirmière, on l'a vu, tuée par un déséquilibré,
07:16 trois policiers tués par quelqu'un qui roule à contresens
07:20 et qui a consommé de l'alcool et des stupéfiants,
07:23 ou des maires qui sont menacés,
07:25 donc à chaque fois, il faut se mobiliser sans se soucier de l'étiquette politique des uns et des autres.
07:31 Alors, vous l'avez dit tout à l'heure, vous ne vous représenterez pas,
07:35 en revanche, vous avez, en tant que maire de Béziers, une voix qui porte au niveau national.
07:40 Vous êtes un peu le promoteur de l'Union des Droites, voire l'arbitre de cette Union des Droites.
07:45 Est-ce que vous avez envie d'un destin national ?
07:48 Je ne sais pas si ça se pose comme ça.
07:51 D'abord, vous l'avez dit, maire encore trois ans, je ne serai plus candidat, je l'avais dit dès le début.
07:57 Vous savez, je suis essoré de mon boulot de maire.
08:00 Je suis fantastiquement heureux, c'est un mandat incroyable d'être maire.
08:06 Vous faites des choses, vous changez concrètement la vie des gens, vous changez la ville.
08:11 Vous m'aimez ou vous ne m'aimez pas, Béziers, en dix ans, aura changé de visage
08:16 et tout le monde le reconnaît, à part quelques personnes de mauvaise foi.
08:20 Donc d'abord j'ai ça.
08:22 Ensuite, j'ai appris un certain nombre de choses de mon métier de maire.
08:25 J'ai appris un pragmatisme, je le suis bien plus que je l'ai été au début de mon mandat.
08:29 J'ai dit moi-même publiquement qu'un certain nombre de choses, je regrettais de les avoir dites ou de les avoir faites il y a quelques années.
08:37 J'ai appris ça.
08:38 Est-ce que cette expérience-là, elle peut être utile à un autre niveau ?
08:43 Je le pense.
08:44 Et je pense que demain, je ne sais pas si c'est moi ou avec quelqu'un d'autre,
08:48 il faut faire en sorte que ce soit les maires qui aient le pouvoir dans ce pays.
08:52 Parce que c'est les seuls que les gens aiment vraiment,
08:55 et c'est ceux qui sont le plus à même de parler des souhaits des gens loin de la politique et des partis politiques.
09:01 Je pense qu'aujourd'hui la démocratie en France, elle est menacée par les partis politiques,
09:05 et elle peut être sauvée par les maires.
09:07 [Musique]
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