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00:00 La suite de BFM Story, les commerçants tentent de joindre leurs assureurs et ensuite d'obtenir le plus rapidement réparation pour pouvoir repartir.
00:09 On fera dans quelques secondes un point complet sur tous ces commerces qui ont été vandalisés, pillés.
00:15 Mais je voudrais qu'on s'arrête un instant sur la mésaventure du cinéma d'Arpajon dans le département de l'Essonne.
00:21 Et nous accueillons Charles Vintrou.
00:23 Bonsoir monsieur.
00:24 Bonsoir.
00:25 Vous êtes le propriétaire de ce cinéma qui a une histoire ancienne, c'est même je crois un cinéma classé, qui a été vandalisé et pillé vendredi dernier.
00:33 Racontez-nous ce qui s'est passé.
00:35 Et on va regarder en même temps les images de la caméra de vidéosurveillance.
00:39 Ce qui s'est passé c'est un peu ce que vivent beaucoup d'entre nous, commerçants au cœur des villes et ailleurs.
00:48 Dans la nuit, je vais vous raconter de ma fenêtre, on est réveillé par l'alarme qui sonne sur nos téléphones portables.
00:57 Et on se rend compte qu'à ce moment-là, des jeunes sont en train de forcer la porte de notre cinéma, comme on voit à l'antenne.
01:06 Alors des jeunes qui sont tous habillés pareil, cagoulés, masqués même, en noir.
01:11 Donc c'est assez organisé.
01:13 C'est un peu terrifiant, effectivement, ils sont très forts, ils ont l'impression qu'ils ont chacun leur rôle.
01:19 Parce que là, on en voit une dizaine, mais on sait que dans la rue, à ce moment-là, ils sont une trentaine à protéger l'entrée de la rue, etc.
01:28 Et donc ils rentrent de force dans le cinéma et voilà, ils saccagent.
01:32 Ça va très vite.
01:33 Ça va hyper vite, ça va hyper vite et après ils partent.
01:36 Alors le truc, c'est qu'ils laissent la porte ouverte et la suite, c'est que dans la nuit, des gamins sont venus.
01:43 Alors là, effectivement, ensuite, une fois que ça a été pillé, non content de pouvoir saccager l'intérieur,
01:49 ils rentrent avec une voiture-bélier, ils forcent l'entrée.
01:54 Il y a ces doubles écrans qui nous ont coûté un bras, qui permettent à la fois d'avoir les infos de la rue sur ce qui se passe dans le cinéma, les programmes.
02:03 Voilà, c'est des très beaux écrans.
02:05 - Et ensuite, il y a d'autres personnes qui sont entrées, ceux qui sont venus vraiment piller.
02:11 - Voilà, exactement, les pillards.
02:13 Alors effectivement, on ne reconnaît pas sur la vidéo de surveillance ceux qui sont venus de force,
02:18 ceux qui ont pénétré une première fois et qui ont vandalisé.
02:22 En revanche, ceux qui malheureusement, enfin pas malheureusement, en tout cas ceux qui sont venus après piller,
02:29 un peu moins malins, sont complètement démasqués, non pas reconnus.
02:33 - Et là, vous avez reconnu certains de vos clients.
02:35 - Oui, on a reconnu des jeunes, des enfants qui viennent le week-end.
02:38 - Parce que le week-end, vous organisez des séances pour ces jeunes.
02:43 - Oui, on n'organise pas tous les week-ends des séances pour ces jeunes, mais c'est vrai qu'on a d'abord un tarif ultra attractif.
02:49 - Combien ?
02:50 - Pour les moins de 26 ans, à toutes les séances, tous les jours, c'est 4 euros.
02:53 - 4 euros.
02:54 - Pour un cinéma tout neuf, on a fait plus d'un an de travaux.
02:59 - Et donc, vous avez reconnu, quand on vous dit des enfants, des gamins, ils ont quel âge ?
03:02 - Ils ont 13 ans, 14 ans, c'est des gens…
03:04 - Et vous les avez vus dans votre salle ?
03:06 - On les a vus à la caméra, oui.
03:07 - Et vous les avez déjà vus dans vos salles ?
03:09 - On les a déjà vus dans nos salles.
03:10 - Ils venaient voler quoi, en fait ? Qu'est-ce qu'on vole dans un cinéma ?
03:12 - Ils sont venus voler des chips, des pop-corns, voilà. C'est hyper triste, en fait.
03:18 D'abord, c'est bête, mais c'est triste, c'est-à-dire que ça n'a plus de valeur.
03:23 Et en fait, je pense que ça va un peu au-delà.
03:27 - Je vous sens un peu dégoûté parce que vous vous dites, finalement, j'organise des choses.
03:32 C'est un cinéma qui a bénéficié d'argent public, qui était réhabilité, mais qui est très ancien.
03:36 - Oui, voilà, c'est un cinéma qui a plus de 100 ans, c'était un théâtre.
03:39 Historiquement, c'était une très grande salle.
03:41 Et puis, on a niché au fur et à mesure des années des salles en plus.
03:45 Donc, aujourd'hui, il y a cinq belles salles, toutes neuves, qu'on a rénovées.
03:48 - Arpajon, donc pour tous les habitants d'Arpajon.
03:50 - 11 500 habitants.
03:51 - Voilà, 11 500 habitants, donc c'est quand même plutôt une bonne chose.
03:54 - On a fait un super boulot, là, je vois cette photo qui a été prise par Yohann Delamarre,
03:59 le directeur, qui a vraiment une très belle photo.
04:01 Voilà, ces grandes vitres, aujourd'hui, elles sont pliées.
04:04 Oui, on a eu de l'argent public, on a beaucoup bossé.
04:07 Moi, pardon, je voulais terminer un truc tout à l'heure.
04:10 Je pense que la vraie tristesse, c'est de voir que ces enfants,
04:13 ils sont prêts à faire tout ça juste pour des chips et des pop-corn.
04:17 Et moi, c'est plus ça qui m'a révolté.
04:19 On les a vus de temps en temps.
04:21 On les voit à la caisse avoir du mal à sortir, à avoir la pointe ou le compte pour prendre des chips.
04:25 Et donc là, je pense qu'ils se sont dit, ça y est, c'est gratos, on va enfin pouvoir en avoir.
04:30 Moi, c'est plus ça qui m'a détruit.
04:33 - Le directeur du cinéma que j'ai rencontré m'a expliqué qu'il ne savait pas
04:38 quelle serait sa réaction lorsque ces jeunes reviendraient dans le cinéma.
04:42 - Ah, parce qu'ils peuvent avoir le culot d'aller de nouveau dans le cinéma.
04:44 - Il s'y attend de toute façon.
04:46 Il sait que pertinemment, à un moment ou à un autre, ces jeunes vont revenir dans son cinéma
04:49 pour acheter une séance à 4 euros.
04:54 Et il ne sait pas quelle sera sa réaction.
04:56 Et justement, ce qui est assez intéressant, c'est par exemple, dans la même ville d'Arpajon,
05:00 il y a Dominos Pizza, pour ne pas la citer, qui a exactement la même chose que vous,
05:04 des caméras de surveillance.
05:06 Et sur ces caméras de surveillance, il a reconnu ses employés parmi les pilleurs.
05:12 - Les petits frères de ses employés.
05:15 - Voilà. Donc... - Mais, pardon.
05:18 - Et en plus, cette personne-là, c'est Abdelkala, qui est le patron de l'association
05:21 des commerçants d'Arpajon. Donc, il connaît tout le monde.
05:23 Il sait où tous les enfants et tous les grands sont embauchés.
05:26 - C'est pas une très grande ville.
05:27 - Charles Vintrou, c'est-à-dire que quand ils vont revenir, vous allez les accueillir ?
05:32 - Bien sûr, oui. Bien sûr.
05:34 - Vous leur direz rien ?
05:36 - J'en sais rien. Je ne sais pas. C'est encore ce qui reste de la boule au ventre.
05:40 En revanche, ce que j'aimerais bien, c'est qu'on organise à un moment donné,
05:44 je ne sais pas si vous avez vu ce film, j'en parle depuis quelques jours,
05:47 je verrai toujours vos visages, Jeanne Hery, qui parlait de la justice restaurative.
05:52 - Où les victimes viennent parler à leurs agresseurs.
05:56 - Et moi, j'aimerais beaucoup que quelqu'un, j'imagine que ça doit être
05:59 sous l'autorité de l'État ou d'associations spécialisées, mais...
06:01 - Organise ça.
06:02 - Organise ça, parce que quand je vous dis que j'arrive encore à être ému quand même
06:06 par ces gosses qui prennent des chips, qui ne réalisent pas que c'est du vol,
06:09 parce qu'ils n'en ont pas accès quand ils viennent à des horaires normaux.
06:14 Voilà, nous on peut faire... 4 euros, je ne peux pas faire moins.
06:18 - Vous avez porté plainte ?
06:20 - Bien sûr. Non, je suis quand même en colère.
06:22 - Il faut qu'ils vont être poursuivis. Si vous les avez reconnus, tout le monde les reconnaît.
06:25 - Oui, mais à un moment donné, il faut quand même restaurer l'autorité.
06:28 Il y a un moment, il faut qu'ils comprennent.
06:30 - Il faut une sanction.
06:31 - Mais il faut évidemment une sanction. Mais je pense que ça ne peut pas ne pas s'accompagner
06:35 d'essayer de comprendre la situation.
06:36 - D'accord, mais est-ce que vous en voulez un peu aussi aux parents,
06:38 parce que ces gamins, à la limite, ne doivent pas être là à ceux-ci ?
06:41 - Oui, j'en veux aux parents, bien sûr. J'ai eu une éducation avec ce qu'il fallait
06:46 de sévérité, d'autorité au moment où c'était nécessaire,
06:49 qui venait souvent en complément de l'autorité, de la sévérité des écoles
06:54 ou des clubs sportifs dans lesquels je pouvais aller.
06:56 Donc évidemment que j'en veux aux parents.
06:58 Ou en tout cas, voilà, mais il faut reprendre tout depuis le début, je crois.
07:02 - Alors, Tugdwaldeni, qui est resté avec nous, vous écoutez attentivement,
07:05 ainsi que Lounès Hajrud, le porte-parole du PS.
07:08 C'est quand même assez navrant, cette histoire de ce cinéma d'Arpajon,
07:12 qui est plutôt fait pour cette jeunesse, avec des séances à 4 euros.
07:15 C'est plutôt imbattable, un magnifique cinéma,
07:17 et qui se retrouve en quelques minutes saccagé, vandalisé.
07:21 - Bien sûr, bien sûr. C'est une bêtise, c'est de la bêtise absolue.
07:28 Ils ont, en tout cas ceux qui ont participé aux émeutes, d'abord fracturés
07:33 et pillés pour parfois des équipements qu'ils utilisent eux-mêmes.
07:38 Sur les villes où je suis élu, sur le territoire où je suis élu,
07:44 ils ont attaqué le McDo, ils ont attaqué des équipements qu'ils utilisent.
07:49 - C'est des lieux qu'ils fréquentent, en fait.
07:50 - Exactement, des lieux qu'ils fréquentent pour la plupart.
07:54 - Mais est-ce que vous leur trouvez des circonstances atténuantes ?
07:56 On entend certains dire, en même temps, la pauvreté.
08:00 Il faut aussi comprendre.
08:03 - Il y a deux débats que je n'élute pas.
08:05 Le premier, c'est évidemment, et au Parti socialiste,
08:09 on l'a fait tout de suite, condamner les violences et ce mode d'expression
08:15 qui n'est pas un mode d'expression normal en démocratie.
08:18 On ne s'attaque pas à des commerces, on ne s'attaque pas à des biens privés.
08:22 En démocratie, il y a suffisamment de moyens d'expression
08:26 pour ne pas arriver à la violence.
08:28 Ensuite, il y a un second débat.
08:30 Et je dis bien que ce sont deux débats parce que je n'ai pas envie
08:33 qu'on enterre le second débat qui est celui de la question
08:36 de la situation des quartiers populaires, des banlieues,
08:39 de la situation économique de certaines familles,
08:44 de la précarité qui peut exister dans nos quartiers,
08:47 qui génère de la colère et potentiellement de la révolte,
08:53 et le débat des violences.
08:54 Je pense que les deux doivent se traiter indépendamment.
08:58 On condamne d'abord sans problématique aucune.
09:05 Et ensuite, inévitablement, il ne faudra pas remettre la poussière sous le tapis.
09:10 Il y a un autre débat qu'il faut tout de suite reprendre.
09:12 – Il y a une explication sociale quand on vandalise un cinéma ?
09:14 Est-ce que vraiment on est obligé d'apporter une explication sociale ?
09:16 – Je crois que vous ne m'avez pas écouté.
09:18 – Non mais je pose la question parce que vous dites qu'il faut répondre.
09:20 – Je pense que vous ne m'avez pas écouté parce que justement,
09:22 j'ai dit, il y a le débat de la violence,
09:24 il y a un autre débat qui fait qu'on arrive à ce niveau de violence,
09:27 à cette réponse un peu systématisée qui est de répondre par la violence
09:32 à des problématiques sociales, à des problématiques économiques,
09:35 ou lorsqu'il y a un drame comme il y a eu avec le jeune Nael.
09:42 Ce sont deux choses et autant il faut condamner fermement les violences.
09:47 – D'accord, mais je vais comprendre.
09:49 Est-ce que ce pillage a à voir avec la pauvreté ?
09:51 M. Nourousso dit que les pillages ont à voir avec la pauvreté.
09:54 – Il y a des situations de tension qui existent dans ces quartiers-là.
09:57 – Mais quand on pille un cinéma…
09:59 – Oui mais c'est pour ça que je vous dis, ce mode d'expression est une bêtise.
10:03 – Non mais vous dites que c'est un mode d'expression, mais je veux comprendre.
10:05 – Rien ne… – Quelle est l'explication pour vous ?
10:07 – Je crois que je suis suffisamment clair.
10:09 – Non, c'est pour ça que je vous pose la question.
10:11 Quelle est l'explication pour vous ?
10:12 – L'explication c'est qu'il n'y a pas d'explication quand on va piller un cinéma
10:16 ou quand on va casser le McDo dans lequel on va.
10:18 Après qu'il y ait des tensions dans ces quartiers,
10:21 un sentiment de révolte, d'injustice, d'inégalité, c'est une chose.
10:26 Leur réponse ne peut pas être la violence.
10:29 – Ils ont un beau cinéma que beaucoup de communes rurales rêveraient d'avoir par exemple.
10:34 – Ce que je dis, ce que je dis, enfin c'est pas que…
10:36 le cinéma il est pour tout le monde.
10:38 – Non mais des cinémas comme ça, vous n'en trouvez pas beaucoup
10:41 lorsque vous sortez de la région parisienne ou ailleurs.
10:44 – Non, non, non, mais ce que je dis c'est que par contre,
10:47 il ne faudra pas, les jours passant, parce que les émeutes auront cessé,
10:52 ne pas prendre à bras le corps le débat de ce qui se passe dans nos quartiers populaires
10:56 et ne pas leur apporter des réponses efficientes.
11:00 – Je vous laisse Denis.
11:01 – La première chose c'est par rapport à votre témoignage monsieur
11:04 que je trouve absolument poignant et remarquable
11:06 et qui va une fois de plus faire mentir ceux qui pensent
11:09 que la France est un pays insensible, raciste, absolument pas empathique
11:15 avec la situation de jeunes issus de quartiers défavorisés.
11:20 Je vous trouve d'un calme et d'une philosophie absolument admirables.
11:25 Je ne sais pas si moi j'étais dans votre situation,
11:27 si je serais emprunt de sentiments aussi rationnels et de nuances
11:32 et donc ça c'est vraiment à saluer.
11:35 La deuxième chose c'est, on voit des jeunes qui volent des chips
11:38 mais on voit aussi des jeunes qui shootent dans des écrans d'ordinateur,
11:41 qui donnent des coups de pied, qui reviennent pour casser un écran.
11:45 Donc c'est pas juste "tiens pour une fois on peut se payer un paquet de bonbons",
11:49 c'est cette espèce de révolution absolument nihiliste et absurde à laquelle on assiste.
11:55 – C'est aussi de semer un peu le chaos en fait.
11:57 – Exactement, c'est-à-dire que c'est ça qui est aussi dramatique dans ces émeutes.
12:01 Certains disent "il n'y a pas de projet politique" mais c'est presque plus grave,
12:06 parce que c'est absolument…
12:08 – Il n'y a pas de revendication.
12:09 – Ça veut dire qu'on va vivre pour des années dans une espèce de cocotte minute
12:13 sans savoir quand est-ce que le couvercle explose, puisque rien n'est prévisible,
12:16 puisqu'il n'y a pas d'idéologie sous-jacente…
12:18 – Il n'y a pas de leader, il n'y a pas de…
12:20 – Si ce n'est celle de s'attaquer au modèle social en tant que code social,
12:25 qui est le nôtre, c'est-à-dire les codes sociaux évidents de la politesse,
12:28 de la courtoisie, du respect de la propriété privée que vous avez évoqué monsieur
12:33 et qu'on a des gens incontrôlables,
12:36 donc c'est un travail de fond absolument incroyable qu'il faut mener
12:40 mais aussi réaliser que ce n'est pas juste un mal-être,
12:44 c'est un dérapage incroyable d'une partie de notre population.
12:48 – Vous avez un fils, je ne travaille pas un secret,
12:50 qui a l'âge finalement de ceux qui ont participé à ce pillage, vous y avez pensé ?
12:55 – Oui mais moi je pense que mon fils, il y a peu de chance qu'un jour
12:59 qu'il se retrouve dans ces émeutes, c'est sûr qu'on est à la maison le soir,
13:03 même si je travaille dans un cinéma, j'ai une autorité, je pense,
13:09 qui est saine mais qui est là.
13:10 – Si vous avez dit "papa je veux sortir à 22h pour voir ce qu'il se passe dans la rue" ?
13:13 – Oui, il ne serait pas sorti, c'est certain.
13:16 Et voilà, oui, non, non, je pense que la chance que j'ai,
13:20 c'est que moi j'étais dans un environnement où j'avais peu de chance aussi
13:23 de faire ce genre de bêtises, mon fils, je pense que ça ne lui passera pas
13:26 non plus par la tête, c'est comme ça, on va dire que je suis bien né
13:30 mais c'est vrai que j'ai beaucoup de chance, donc à priori moi ça ne m'arrivera pas.
13:33 – Gabriel Allégret est avec nous, c'est un jeune engagé,
13:36 membre de l'Observatoire de la violence éducative ordinaire.
13:38 Bonsoir, ce qui s'est passé à Arpajon et ailleurs, c'est une question d'éducation ?
13:42 – Bonsoir, alors tout d'abord je tiens à préciser que je n'interviendrai pas ce soir
13:46 en tant que membre de l'OVO mais simplement en tant que jeune engagé
13:49 et je voulais vous remercier parce que pour moi c'est essentiel de rappeler
13:51 que les jeunes ne sont pas entendus, ce à quoi on assiste c'est une crise de la jeunesse
13:54 mais les adultes sur tous les plateaux sont les seuls à s'exprimer
13:56 et je trouve que c'est extrêmement dangereux de s'exprimer à la place des jeunes
13:59 et surtout à la place des jeunes de banlieue.
14:01 Justement, je suis bien désolé d'être l'exception à la règle
14:03 puisque sur aucun plateau de ce que je suis lié ces derniers jours
14:05 on n'a jamais vu un jeune de banlieue s'exprimer
14:07 et je partage ce qui a été dit par le directeur du cinéma aujourd'hui…
14:09 – Alors pardon M. Allégret, mais je pense que vous ne regardez pas BFM TV,
14:13 c'est normal, mais on avait un jeune émeutier hier soir
14:16 sur le plateau d'Aurélie Cass et de Maxime Swittek
14:19 donc on a donné même la parole à ceux qui ont participé à ces pillages.
14:23 – Je ferme la parenthèse, allez-y.
14:25 – Et malgré ça, le problème aujourd'hui c'est que cette crise sociale de la jeunesse
14:28 ne pourra pas être réglée sans les jeunes et surtout sans les écouter.
14:31 – Mais en quoi c'est une crise sociale de la jeunesse ?
14:33 – C'est une crise sociale parce qu'on le voit dans les rues
14:35 et ce sont des mouvements qui deviendront et qui s'aggraveront en tant que crise sociale
14:40 justement parce que les jeunes aujourd'hui ne sont pas considérés
14:42 comme des partenaires politiques.
14:43 On assiste à une infantilisation où ces expressions de colère
14:46 sont dites incompréhensibles comme l'a dit le ministre de l'Intérieur
14:50 et je trouve ça extrêmement grave finalement que cette parole qui est politique
14:54 à Naren disait justement que la politique c'est faire en commun
14:56 elle ne soit pas entendue à si juste valeur et on aura besoin d'apaisement
14:59 dans les prochains mois.
15:00 – Mais est-ce qu'ils sont dans une démarche politique ces jeunes ?
15:02 – Oui bien sûr, le problème c'est qu'on n'a pas donné à ces jeunes
15:05 les outils de s'exprimer…
15:06 – Ce ne sont pas des délinquants ?
15:07 – … sur un plateau.
15:08 Mais le problème c'est qu'ils n'ont ni les moyens de s'exprimer,
15:10 ils savent qu'ils ne seront pas écoutés.
15:11 – Il y a plein de moyens de s'exprimer, on peut voter,
15:13 alors c'est vrai que les jeunes votent moins que leurs parents,
15:16 c'est peut-être un problème.
15:17 – Non mais les jeunes n'ont pas l'autorité…
15:18 – Mais il y a les moyens de s'engager dans des associations,
15:20 on peut s'engager dans des associations, on peut manifester aussi pacifiquement.
15:24 Là pardon, mais ce n'est pas des manifestations,
15:26 il n'y a pas de mots d'ordre, il n'y a pas de leader,
15:28 il n'y a pas de revendication politique,
15:29 ou alors vous êtes le seul à les avoir entendus,
15:31 c'est quoi la revendication politique ?
15:33 – Mais les jeunes ils protestent contre la violence qu'ils subissent depuis des années
15:36 et excusez-moi si en tant que jeune vous entendez la classe politique
15:38 qui s'exprime de violence…
15:39 – En étant violent !
15:40 – Mais les jeunes subissent cette violence depuis des années
15:43 donc nécessairement quand on subit cette violence, on en subit après.
15:46 Et excusez-moi j'aimerais revenir un instant sur l'intervention du préfet de l'Euro il y a quelques jours,
15:49 le message des adultes aujourd'hui aux jeunes c'est "de claque et au lit"
15:52 donc laissez-moi vous dire qu'en tant que jeune,
15:53 quand on entend que la solution à nos angoisses, à nos colères,
15:55 c'est d'être claqué et puis d'être mis au lit,
15:57 bien sûr que ça ne met pas en place des conditions saines d'une expression politique,
16:00 mais bien sûr que la jeunesse doit participer à la démocratie et c'est…
16:03 – C'est un préfet qui a dit ça, je ne crois pas qu'il a été soutenu d'ailleurs
16:06 par l'État et par le gouvernement.
16:08 Tu veux que je te le denie, est-ce qu'il y a vraiment une revendication politique,
16:10 un message politique dans ce qui s'est passé ?
16:12 – Il n'y a absolument pas de message politique structuré dans les émeutes,
16:16 en revanche ces émeutes nous envoient un message politique,
16:19 ces émeutes nous envoient un message politique qui est l'abandon total de l'autorité,
16:23 le laxisme judiciaire, le relativisme absolu dans lequel on vit,
16:29 le nivellement par le bas, la culture de l'excuse,
16:33 la culture du tout est dû, tout tout de suite,
16:36 et c'est de ça dont on pâtit aujourd'hui.
16:38 – Je ne pense pas que ce n'est pas la même conclusion que vous tirez,
16:41 Gabriel Élégaré.
16:42 – Non, absolument pas, il me semble que sur certains métiers,
16:47 on peut banaliser ça, mais on a un préfet qui incite les parents
16:50 à frapper leurs enfants, ce qui va à l'encontre de la loi
16:52 contre les violences éducatives ordinaires de 2019.
16:54 – Preuve d'autorité sur leurs enfants, ça a marché pendant des siècles
16:57 et des siècles monsieur, que les enfants aient la crainte
17:01 de l'autorité parentale, que les parents soient là pour dire
17:03 ce que tu ne peux pas faire, ce que tu ne dois pas faire.
17:05 – Je ne crois pas que "deux claques et au lit" soit une expression acceptable.
17:09 – Je souscris totalement aux propos du préfet Hugues Goutoux,
17:13 les jeunes qui saccagent le cinéma d'Arpageon, je suis désolé,
17:17 ils méritent d'aller de prendre deux claques et au lit, évidemment.
17:20 – Mais ce n'est pas le monde dans lequel je crois globalement…
17:22 – Continuez à vivre dans un monde où les écoles se font incendier,
17:26 où les filles se font violer dans la rue,
17:28 où les quartiers sont des zones de non-droit, bien sûr.
17:31 Moi ce n'est pas le modèle auquel je souscris.
17:34 – Vous faites partie des briquets, quand la mèche est des broches,
17:37 vous êtes un des briquets.
17:39 Non, simplement, c'est pour ça que je vois comment le débat tourne.
17:43 Condamner les violences n'empêche pas de se poser les questions.
17:46 C'est peut-être la différence, c'est pour ça que je ne vous jette pas la pierre
17:48 ni à l'un ni à l'autre, entre les commentateurs et journalistes que vous êtes
17:52 et les responsables politiques que nous devons être.
17:55 Que vous commentiez, que vous analysiez, c'est votre droit
17:59 et c'est votre devoir journalistique.
18:01 Nous ensuite, en tant que responsables politiques et élus,
18:04 nous avons un devoir qui est d'analyser politiquement les situations
18:08 et de voir quelle réponse nous devons apporter.
18:10 – Alors quelle réponse ? C'est un 15e plan banlier ?
18:12 – Justement, peut-être que les 15 premiers ont échoué,
18:15 ça n'empêche pas de continuer à se poser les vôtres questions.
18:17 – Faut pas faire la même chose.
18:18 – Non, faut pas faire la même chose.
18:19 Si ça a échoué, c'est qu'il ne faut pas faire la même chose.
18:21 – Mais c'est pas vrai que ça a échoué non.
18:23 – Il faut se poser la question.
18:25 – Quand je vois certains quartiers qui ont été reçus à neuf,
18:27 on ne peut pas dire que ça a échoué.
18:29 Vous n'avez pas une politique qui accompagne…
18:31 – Ça peut n'être pas suffisant mais…
18:33 – Ça ne suffit pas de juste remettre…
18:35 – Surtout que c'est la gauche qui a plutôt supprimé les crédits
18:37 à la politique de la ville en 2014.
18:39 Donc j'essaie de comprendre…
18:40 – C'est Nicolas Sarkozy qui a supprimé les crédits de la police ?
18:42 – Non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, pardon.
18:45 C'est bien en 2014 François Hollande qui a réduit les crédits
18:48 de la politique de la ville.
18:50 – Peut-être il y a eu des réductions de crédits, effectivement.
18:52 – Donc c'est difficile de…
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