00:00 -Et est-ce que ce ne serait pas un film qui aurait été écrit
00:03 pendant le confinement par Wes Anderson
00:05 et son camarade Roman Popola ?
00:07 Popola, évidemment.
00:08 Et donc, c'est à la fois les années 50,
00:11 raconter cette période-là, c'est un retour aux Etats-Unis,
00:15 et c'est évidemment un peu aujourd'hui.
00:18 Le film est très théorique.
00:19 On part d'une émission de télé en noir et blanc
00:22 dans les années 50
00:23 qui raconte la création d'une pièce de théâtre
00:26 sur la côte Est, très acteur studio,
00:29 très cérébrale, etc.,
00:30 pour qui va raconter la création de cette pièce de théâtre,
00:33 qui va être filmée en couleur
00:35 et qui se passe dans un désert américain.
00:38 La photo, je vous laisse admirer, c'est Robert Yeoman,
00:41 le collaborateur, le directeur de la photo de Wes Anderson
00:44 depuis son tout premier film.
00:46 A chaque fois, l'univers est différent.
00:48 Là, ils sont partis sur des teintes pastelles sublimes.
00:51 On est entre le rêve éveillé et le bonbon.
00:53 C'est d'une beauté renversante.
00:55 -Claire, vous avez eu envie de reprendre de ce bonbon ?
00:58 -Reprendre de ce bonbon ?
01:00 Un peu mitigé, un peu entre les deux.
01:02 -Un peu amer ? -Oui.
01:04 Je vois toute la beauté, le casting incroyable,
01:07 mais c'est toujours la spécificité de Wes Anderson.
01:11 Mais le début m'a un peu endormie,
01:13 parce que beaucoup de dialogue,
01:15 et j'avais envie d'aération.
01:17 C'est venu au fur et à mesure du film.
01:19 Il y a des moments jouissifs,
01:21 beaucoup de séquences intéressantes,
01:23 mais je suis dans cet entre-deux d'un peu trop de bavardage.
01:27 -Il a radicalisé un peu son style depuis quelques films.
01:30 Vous ne trouvez pas ?
01:31 -Non, moi, je trouve pas.
01:33 Je trouvais que "French Dispatch" n'allait pas,
01:36 parce que c'était des sketchs.
01:38 -Vous allez fâcher, Frédéric. -Je sais,
01:40 mais on est là pour se fâcher.
01:42 C'est ce qui va se passer.
01:44 Mais tant pis.
01:45 Non, on n'avait pas le temps.
01:47 On passait d'un truc à l'autre.
01:49 Alors que là, on retrouve,
01:50 comme dans "Grand Budapest Hotel",
01:52 on a tout d'un coup un univers,
01:54 on a déployé cet univers avec des micro-événements.
01:57 C'est toujours un plaisir de passer d'un personnage à l'autre,
02:01 d'une situation à l'autre, et sans cesse des situations.
02:04 Regardez cette image à sa fenêtre.
02:06 Cet échange entre Scarlett Johansson
02:09 et Jonathan Sharpsman d'une...
02:11 -Une fenêtre à l'autre. -Une fenêtre à l'autre.
02:14 C'est magnifique.
02:15 C'est à la fois un dispositif de cinéma et c'est...
02:19 -C'est aussi une romance improbable.
02:21 Claire, tu parlais du casting.
02:23 Depuis "The Faminten Enbomb",
02:24 il y a toujours 13 événementiels.
02:27 Et là, il y a des nouveaux venus.
02:29 -C'est un événement. -Complètement.
02:31 Il y a des nouveaux venus, comme Margot Robbie ou Maya Oakes,
02:34 qui sont un peu défigurantes.
02:36 On a vu Tom Hanks à l'écran.
02:38 On découvre aussi une bande de jeunes acteurs
02:41 qui jouent les petits génies,
02:42 les jeunes scientifiques que la ville va honorer.
02:45 Il y a une idée très belle, c'est qu'ils se rassemblent en cercle
02:49 pour jouer à des jeux auxquels personne d'autre ne peut jouer
02:53 et dire des phrases du style "La loi de la gravité,
02:55 "c'est la loi que je préfère".
02:57 Après, là où je te rejoins aussi,
02:59 "French Dispatch" était vraiment un film à sketch.
03:02 Là, c'est plutôt un film à tiroir.
03:04 Ce qui est très beau, c'est qu'il y a plein de personnages,
03:07 mais à force de les multiplier, ils finissent par devenir des détails.
03:11 On perd quelque chose du rapport empathique,
03:14 contrairement à "The Faminten Enbomb", "Moonrise Kingdom"
03:17 ou "La vie aquatique". -Elle a bien raison.
03:20 -C'est vrai. -Ca commence comme ça.
03:22 -Au début, vous aviez des sketchs,
03:24 mais vous aviez le temps, à ce moment-là,
03:26 de rencontrer à l'intérieur d'une petite forme
03:29 les personnages et d'avoir une émotion à la fin de chaque sketch.
03:32 Ce qui est magnifique chez Anderson, il faut le répéter,
03:36 parce que j'aime pas ce film, mais c'est un très grand cinéaste.
03:39 -C'est une bombe atomique.
03:41 -C'est un très grand cinéaste, il faut le dire.
03:44 Il y a la splendeur d'Anderson, de chaque plan, de chaque cadre,
03:48 de l'univers qu'il crée, et là, il invente un univers
03:51 qu'on n'avait jamais vu chez lui.
03:53 Mais il faut raconter que c'est un immense écrivain,
03:56 un immense scénariste,
03:58 qui sait agencer son écriture comme il agence son cadre.
04:02 Et il se trouve que dans "French Dispatch",
04:04 il y avait une corrélation miraculeuse
04:07 entre le texte et l'image.
04:08 C'est quand même un hommage à un magazine, au "New Yorker".
04:12 Ici, il y a un problème, c'est qu'à un moment donné,
04:15 il y a trop de place par rapport à l'image.
04:19 -Alors, j'ai la preuve du contraire.
04:21 -La Marine a quelque chose dans son sac.
04:23 -Ouais, mon gars, mais j'ai la preuve du contraire !
04:26 -Je te l'avais donnée, mon argument.
04:28 -Je vous ai choisi un extrait qui se passe au début.
04:31 C'est la rencontre du personnage que joue Scarlett Johansson,
04:35 qui joue une actrice en noir et blanc,
04:37 qui joue une actrice en couleur,
04:39 qui se prépare à jouer une actrice...
04:41 Il y a une sorte de poupée russe,
04:43 trois fois, tu disais, les tiroirs, c'est une sorte de vertige.
04:47 Elle rencontre un photographe, veuf, avec ses quatre enfants.
04:50 Ils se rencontrent où ? Dans le lieu typique américain,
04:53 un diner. Je vous ai choisi cet extrait, pourquoi ?
04:56 Parce que, regardez, on est dans un champ contre champ
05:00 de cette rencontre. Elle, c'est une star, elle est loin.
05:03 C'est une star de cinéma. Il la photographie,
05:06 il lui vole son image. Et regardez
05:08 comment on est près des garçons, l'homme et son fils,
05:11 et comment on est loin des filles. Et tout à coup,
05:14 pourquoi j'ai choisi cet extrait, dans ce champ contre champ,
05:17 pour un mouvement de caméra ? Vous allez voir ce mouvement.
05:21 Regardez, tout à coup...
05:22 La drôlerie dialoguée, un peu absurde...
05:30 de la naissance.
05:33 On est partis sur le garçon, c'est ça que j'attendais.
05:36 Et regardez comme on est près, tout à coup.
05:38 Et il vous raconte, sans dialogue, un autre coup de foudre,
05:41 une autre histoire d'amour qui vient se greffer à ça,
05:44 avec une délicatesse, avec une élégance.
05:47 Mais il est là, le cinéaste de Moonrise Kingdom.
05:50 Il est en train de vous raconter, comme c'est simple,
05:53 chez ces jeunes gens, un seul coup d'œil.
05:55 Il a mis le nez dans son milkshake
05:57 et on sait qu'il va se nouer quelque chose de merveilleux.
06:01 (...)
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