00:00 L'instant que je suis derrière mon chalumeau, être derrière ma flamme, j'adore.
00:04 C'est génial en fait.
00:05 Beaucoup de gens sont surpris de notre métier parce qu'ils ne connaissent plus ce souffleur de verre à la canne.
00:09 Mais c'est vrai que le souffleur de verre en verre et scientifique, ça ils ne connaissent pas.
00:12 Ils pensent toujours au bécher, au tube à essai, le truc classique qu'on trouve dans les lycées, dans les écoles.
00:18 Beaucoup de gens pensent que les pièces sont faites par des machines et non par des personnes derrière un chalumeau.
00:24 Je suis Thierry Pain, je suis souffleur de verre en verre et scientifique.
00:28 Je travaille au CNRS depuis 30 ans.
00:31 J'ai les chercheurs et les étudiants qui passent me voir me demander pour soit des réparations ou pour fabriquer des pièces.
00:36 Donc ils viennent avec des plans et je vois avec eux si ça réalise à bout pas.
00:40 Et ensuite je fabrique leurs pièces une fois que tout a été établi ensemble.
00:44 Il y a beaucoup de pièces uniques.
00:45 Il y a des pièces en fait que je fabrique ici, on ne va pas trouver ailleurs.
00:49 Parce que c'est une pièce bien spécifique par rapport à la recherche que l'étudiant ou le chercheur faisait.
00:57 Donc là je vais préparer une boule anti-retour.
00:59 Je vais former un autre tube qui va venir s'introduire dans une boule.
01:03 Donc là je suis toujours en rotation, tant que mon verre n'est pas figé, il faut que je reste toujours à tourner.
01:08 Donc ça c'est les premières choses qu'on apprend au lycée, c'est à tourner le verre.
01:11 Dès l'instant que je suis derrière mon chalumeau, derrière ma flamme, j'adore, c'est génial en fait.
01:17 Mais là c'est vrai, je me suis trouvé vraiment une grande passion en fait.
01:21 Et puis ouais, c'est de la matière qu'on transforme, c'est ça qui est génial.
01:25 Et puis après c'est des pièces en plus qui servent par la suite.
01:29 Il y a de la recherche qui est faite derrière, c'est quelque chose d'utile en fait.
01:32 Il y a un but en même temps.
01:34 Mes appareils après vont servir pour fabriquer par exemple de la fibre optique,
01:38 pour pouvoir détecter la pollution dans le sol, détecter des maladies, enfin sur plein plein de choses en fait.
01:46 La pièce en verre c'est pratiquement, je ne vais pas dire le début d'une recherche, mais presque en fait.
01:51 Là j'ai soudé ma pièce sur le ballon.
01:55 Et là je vais simplement faire une petite recuisson en flamme,
02:00 qui va permettre d'abaisser un peu sa température tranquillement.
02:03 Une petite boule, une boule anti-retour.
02:06 J'adore travailler cette matière.
02:08 Il faut vraiment lui apporter de la délicatesse et tout pour la travailler.
02:11 Et on ne peut pas l'obliger à aller dans un endroit où elle ne veut pas.
02:14 Il ne faut pas du tout forcer dessus, ni rien du tout.
02:16 Sinon le verre ne va pas du tout aimer et à un moment donné il va casser.
02:20 Alors moi je l'ai connu ce métier en allant voir un fileur de verre à Vinant.
02:25 Donc lui c'est quelqu'un qui ne souffle jamais dans le verre.
02:27 Mais à partir de baguettes en fait, il fait des personnages, des oiseaux, il fait plein de choses.
02:31 Donc il m'a fait connaître l'école de Dorian, lycée technique de Dorian à Paris.
02:34 Parce qu'il faut savoir qu'il y a une seule école en France.
02:36 Et donc j'ai appris la vérité scientifique.
02:38 Et après j'ai eu la chance de trouver un poste dans ma région, parce que je suis de la région de Bretagne.
02:43 Et donc ça va faire 30 ans que je travaille au CNRS.
02:46 Alors on va passer à côté.
02:49 Donc là je vais travailler sur le tour.
02:52 Donc là je vais travailler une pièce en silice d'un plus gros diamètre.
02:56 L'ancien souffleur de verre en fait qui était en poste,
03:03 lui au moment qu'il est parti en retraite, le poste était supprimé.
03:07 Et ce sont les chercheurs ici, en fait les directeurs, qui ont fait le nécessaire
03:11 pour que le CNRS en fait réouvre le poste du souffleur.
03:15 Mon poste ou les deux de mes collègues, oui oui c'est indispensable.
03:18 Là quand je vois le nombre de pièces que je fais par jour, que je fais pour les laboratoires,
03:23 sans mentir je ne sais pas comment ils auraient fait pour pouvoir faire leur manip.
03:27 Là par exemple pour des délais en fonction de ce qu'on nous demande,
03:30 ça peut varier quoi, ça peut mettre deux jours, jusqu'à une semaine pour qu'ils aient leurs pièces.
03:36 Que s'ils passaient par l'extérieur, ce serait un mois, un mois et demi d'attente.
03:40 On est 10 souffleurs de verre au CNRS sur toute la France.
03:43 Et à l'université, je pense qu'ils sont une trentaine.
03:46 Donc ça a beaucoup diminué du fait qu'en fait ils suppriment les postes pas mal.
03:51 Il y a de moins en moins de souffleurs de verre au milieu universitaire.
03:55 Là c'est une ampoule en verre et ça, ça va servir de moule pour pouvoir réaliser un verre à l'intérieur.
04:01 On essaye de recycler au maximum les pièces par au coup en fait.
04:07 Pour justement que ça coûte le moins cher possible au labo.
04:10 Et surtout en même temps pour éviter de gaspiller du verre.
04:12 Même des pièces qu'on va modifier. Avec deux pièces, on va en faire une.
04:16 Par exemple, je peux vous montrer.
04:19 Là ce qu'on fait par exemple sur une bouteille comme ça.
04:23 Donc je vais la couper. En fait ici je vais en faire un bécher.
04:26 Et là le haut, je vais faire un entonnoir.
04:28 Et ça va repartir dans les laboratoires.
04:30 On ne s'amuse pas à faire du neuf automatiquement. Dès qu'on peut réparer, on répare.
04:33 Depuis 2019, il y a une convention qui a été signée.
04:37 Et donc je travaille avec les étudiants des Beaux-Arts pour leur projet.
04:40 Il y a des choses un peu farfelues.
04:43 Faut... Voilà.
04:45 Je vais me permettre de le montrer. Même je ne vais pas demander son accord.
04:48 Donc voilà pour faire le son de la pluie.
04:51 Donc c'est plusieurs pièces qu'elle va mettre l'une derrière l'autre.
04:53 On va mettre des billes en verre à l'intérieur.
04:55 Et elles vont tomber. Et ça va faire comme si la pluie tombait en fait.
04:58 Donc c'est ça qui est super en fait aussi.
05:00 De travailler avec eux parce que ça change complètement du laboratoire.
05:02 Et ça permet aussi de, je dirais, de redonner de la valeur au verre.
05:06 Ah j'adore.
05:09 Donc j'ai eu le prix Cristal en fait par le CNRS en 2020.
05:13 Une récompense par rapport à tout ce que j'ai pu faire en fait pour le CNRS depuis 30 ans déjà.
05:18 Sur 90 ans, je suis le troisième souffleur de verre à avoir le prix Cristal.
05:22 Bon on n'en parle pas beaucoup en fait de ce métier là.
05:24 Et le fait d'avoir eu un prix, ça a permis de nous faire connaître.
05:28 Puis c'est vrai que c'est une belle reconnaissance quand même par rapport à tout le travail qu'on fait et tout.
05:32 Donc c'est vrai que ça fait plaisir.
05:34 Ça fait plaisir.
05:36 [Musique]
05:40 [Générique de fin]