00:00 La télé-réalité française se tue toute seule si elle se recycle pas.
00:05 C'était Aurélie.
00:06 La télé-réalité s'est très vite imposée comme un incontournable
00:11 du paysage audiovisuel français.
00:12 Mais depuis quelques mois, les programmes de télé-réalité
00:15 enregistrent des audiences historiquement basses.
00:17 Prédisant, des programmes comme "La Ville a des Coeurs Brisées"
00:19 ou "Les Marseillais" sont déprogrammés.
00:20 Trop peu d'audimats, donc des annonceurs qui se retirent.
00:22 Alors on a essayé de comprendre pourquoi la cible principale
00:25 de ces programmes, les ados et les 18-30 ans, sont des intérêts.
00:29 On ne consomme plus la télé de la même manière.
00:32 C'est-à-dire que nous, enfin moi j'ai une trentaine d'années,
00:35 donc je regardais la télé, ensuite on s'est mis à regarder
00:40 le replay il y a dix ans, c'est-à-dire je regardais pas à 18h,
00:43 je sortais des cours donc ça fonctionnait pas.
00:45 Et aujourd'hui, qui est-ce qu'on cible en fait ?
00:46 Les télé-réalités ciblent qui ?
00:48 Est-ce que ça cible des gens de 30 ans qui ont "grandi"
00:50 avec ces candidats, entre guillemets ?
00:52 Ou est-ce qu'on cible les 12-13 ans qui en fait ne regardent pas ce...
00:57 Ils ne consomment pas la télé.
00:59 C'est vrai qu'il y a les plateformes et qu'on nous propose aujourd'hui,
01:01 ben voilà, on peut regarder ce qu'on veut avec Netflix, Amazon, etc.
01:06 Et en même temps, on a facilement plus accès aux télé-réalités étrangères
01:11 et à la qualité qui est différente, et aussi à ce que peuvent faire
01:14 les étrangers. En France, on a le CSA, etc.,
01:16 ce qui nous restreint à beaucoup de choses.
01:18 Il ne faut pas se voler la face, ce qui fonctionne c'est un peu tout ce qui est...
01:22 Ouais, un peu trash.
01:24 Peut-être pas le trash, mais ce qui ressemble à la vie,
01:28 la vie réelle en fait.
01:30 Des histoires de tous les jours, avec des gens de tous les jours.
01:32 Aux Etats-Unis ou à l'étranger, ils sont beaucoup plus jeunes,
01:35 ils ont des coups d'avance, clairement.
01:37 Et ce qui fonctionne aujourd'hui en télé, par exemple les 50 ou d'autres programmes,
01:41 c'est parce que le producteur il est jeune.
01:43 Et lui il sait qui il vise, mais lui il vise des 18-60 ans.
01:46 Les productions françaises ne se renouvellent pas,
01:48 et pour certains candidats emblématiques, c'est pareil.
01:50 On recycle jusqu'à produire des émissions sur leur mariage,
01:52 la naissance de leurs enfants ou tout simplement leur quotidien.
01:55 Ces candidats prennent toute la place et en laissent peu pour les nouveaux participants.
01:58 Ça fait quoi, 5-6 ans à peu près qu'on voit tout le temps systématiquement les mêmes personnes,
02:02 et puis aussi tout le temps les mêmes mécaniques qui sont mises en route,
02:05 c'est-à-dire les histoires de tromperies.
02:07 Aujourd'hui le public arrive déjà à voir où veut nous amener la production,
02:13 où vous nous amenez les candidats.
02:14 Il y a une forme de lassitude, c'est un peu comme le film "Un jour sans fin".
02:19 On a un candidat, on le voit commencer dans une émission,
02:22 puis il va continuer son histoire sur les réseaux.
02:25 Très longtemps, ça a été quelque chose qui a suscité l'engagement du téléspectateur
02:31 parce que ça a joué un rôle dans la familiarité.
02:33 Mais des gens qui arrivent sur les formats ont du mal à les distinguer.
02:37 C'est-à-dire de dire "mais attends, mais finalement, c'est un tel ou c'est un tel ?"
02:42 Quand on n'arrive plus à les distinguer,
02:44 quand on a l'impression qu'on a toujours les mêmes personnes,
02:50 y compris physiquement, qu'on n'arrive plus à les distinguer,
02:53 toujours les mêmes histoires,
02:55 il y a un moment où on n'a plus envie de regarder parce que c'est toujours pareil.
02:58 En fait, c'est une question d'envie.
02:59 C'est les filles qui traînent dans ce milieu.
03:02 Elles voient la nana qui arrive avec une poitrine,
03:04 elles se disent "moi aussi, pourquoi pas ?"
03:06 L'autre arrive avec des fesses alors qu'elle n'en a pas.
03:08 Elle se dit "pourquoi pas, moi aussi je voudrais".
03:10 Au final, c'est un engrenage.
03:11 Ça se fait avec le temps.
03:13 Ou alors avant d'arriver en télé, elles veulent être au top du top,
03:15 donc elles se transforment.
03:16 Par exemple, Love Island, je le regarde parce que j'ai une amie qui est à l'intérieur.
03:20 Et je trouve qu'elles sont bien différentes et qu'elles sont la plupart très naturelles.
03:24 On voit enfin des personnes de couleur,
03:27 une palette de gens complètement différente,
03:29 ça représente vraiment la France.
03:30 Ça, c'est vraiment nous en fait.
03:31 Beaucoup se lancent en téléréalité pour devenir influenceurs.
03:34 Une journée de tournage est payée entre 200 et 900 euros,
03:36 tandis qu'un placement de produits Instagram avoisine les 5000 euros.
03:39 Mais depuis quelques années, une nuée de scandales engloutit sa grande famille
03:43 et pourrit d'emblée l'aura des nouveaux participants.
03:46 Placement de produits douteux, dérives liées à la chirurgie esthétique,
03:49 violences sexistes et sexuelles,
03:50 cagnottes humanitaires opaques,
03:52 bref, la liste est longue.
03:54 Pourtant, la téléréalité a toujours su se nourrir de ces scandales.
03:57 Il y a quelques années, un scandale, c'était de la communication.
03:59 Quoi qu'il arrive, c'est de la visibilité pour une personnalité, pour un programme.
04:03 Donc le scandale peut avoir du bon.
04:05 En revanche, quand on est un candidat,
04:09 qu'on a déjà une communauté, qu'on a une image, qu'on porte,
04:12 on peut porter des programmes et qu'on a,
04:14 non pas un, non pas deux, non pas trois,
04:16 mais genre une espèce de caravane de scandales,
04:21 là c'est un autre délire.
04:22 Et derrière, il y a la responsabilité des productions.
04:25 Ça peut porter préjudice à une émission.
04:30 Surtout quand on sait que la personne a plusieurs casseroles depuis quelques années
04:35 et qu'il y a des warnings.
04:37 Là, tout le monde a sa responsabilité.
04:39 Les scandales peuvent aller jusqu'à éteindre un programme.
04:43 Les anges de la téléréalité, ça s'est terminé pourquoi ?
04:46 Parce qu'en fait, il y a eu de plus en plus de harcèlement qui a été validé.
04:52 Et en même temps, si le public réagit, les gens se disent
04:54 "on va garder, on va laisser ça".
04:56 C'est-à-dire qu'à un moment, il n'y a même plus de recul sur ce qui est bien ou mal.
04:59 On pense programme, on pense chiffre, on pense audience, etc.
05:03 Et du coup, on arrive à dépasser certaines limites qui sont imbuvables.
05:08 Ce n'est pas possible.
05:09 Vrai ou pas vrai, peu importe, mais il y a franchement un abus de pouvoir.
05:12 Et donc du coup, des scandales à la clé.
05:15 La façon de le gérer, c'est de faire comme si le scandale n'existait pas.
05:19 En téléréalité, longtemps, on va dire, on a eu une double dynamique.
05:25 C'est-à-dire, on joue sur le scandale, on l'allume, et d'un autre côté, on l'éteint.
05:29 En sachant que le scandale va ramener justement des téléspectateurs.
05:33 Ce sont des choses qui sont tellement sensibles
05:37 qu'on ne peut pas utiliser le mécanisme de gestion du scandale
05:43 qui jusque-là a fonctionné en téléréalité.
05:46 Là, ça me semble compliqué.
05:47 Pour moi, ces scandales-là n'attirent pas des téléspectateurs.
05:54 Ils vont plutôt les faire fuir.
05:57 Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org
06:00 [Musique]
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